Publié le 2 Septembre 2016

Lignes d'elleS

Dans Ligne d'eau, le superbe film de Tomasz Wasilewski (sorti en 2013 et disponible en DVD) et L'effet aquatique en salle actuellement (le dernier film de Solveig Anspach, décédée prématurément il y a un an), il est question d'eau, de natation, d'amour – qu'il soit homo ou hétérosexuel – d'humour et de liberté... Ingrédients qui manquent cruellement au monde actuel !

C'est peut-être d'avoir passé de délicieux et revigorants moments à nager en liberté dans la Manche ces dernières semaines qui m'a rendue plus particulièrement sensible à ces deux œuvres qui se font écho en nous proposant une réflexion sur les relations femmes/hommes et sur l'amour.

D'une construction souvent très fonctionnelle à la géométrie plutôt triste, les piscines offrent des espaces de vestiaires exigus à l'éclairage glauque et des bassins plus ou moins vastes qui ne sont pas sans poser des problèmes techniques pour en exploiter tout le potentiel esthétique, aussi sont-elles assez rarement utilisées comme décors de films. Pourtant, elles fournissent des lieux privilégiés à la mise en scène des corps et des émotions et questionnements sur la sensualité, la pudeur, la séduction, la puissance physique ou l'exploit sportif...

Le XIXe siècle ayant découvert les bienfaits hygiénistes de la natation et thérapeutiques des bains de mer, le XXe siècle a multiplié la construction de piscines et d'établissements thermaux dont la fréquentation peut nous paraître aujourd'hui anodine et banale. Si leur fréquentation n'a au départ concerné qu'une petite minorité aisée et cosmopolite qui se faisait construire de magnifiques villas sur les côtes ensoleillées de par le monde, l'obtention et le développement des congés payés en France en 1936 en ont démocratisé l'accès. Tout le monde (ou presque) pouvait jouir des bienfaits et des plaisirs marins !
Le camping s'est alors développé pour les plus modestes, ouvrant la voie à des modes de vies estivaux plus sportifs et plus près de la nature et bousculant les normes sociales liées aux corps et à l'organisation de la ségrégation des sexes – normes encore dictées par une morale chrétienne ou bourgeoise plutôt stricte et conservatrice en matière de mixité et de liberté sexuelles – surtout pour les femmes. Ces nouveaux loisirs vont voir apparaître de nouveaux outils pour le camping et pour la natation (outils dont la diversité fait aujourd'hui la fortune des grandes enseignes spécialisées).

La ruée estivale vers les plages qui s'est amorcée après la seconde guerre mondiale s'est doublée de la construction de piscines municipales où il semblait important d'emmener les enfants pour leur apprendre à nager, tant pour les vertus physiques de la natation pour la santé que pour éviter les trop nombreuses noyades des baigneuses et baigneurs en vacances. Bien sûr le monde de la compétition s'est aussi largement développé depuis un siècle, d'abord pour les hommes qui ont connu peu de résistance à l'exposition publique de leurs corps de moins en moins vêtus. Les femmes y ont conquis leur place depuis, en même temps que – pour les plus émancipées de la domination masculine - la reconnaissance du droit à disposer de leur corps et de ses apparences – vêtu ou dévêtu. Je ne ferai pas ici l'histoire du maillot de bain qui ne manque pourtant pas d'intérêt sociologique tant ils nous raconte l'évolution des mœurs mondiales et celle du marché qui ne cesse d'utiliser le corps féminin toujours plus déshabillé pour créer des pulsions consuméristes.

Nos 2 réalisateurs construisent deux esthétiques assez différentes dans cet univers aquatique où ils mettent en scène deux histoires d'amour à mille lieux des romances hollywoodiennes.

L'Amour, celui qui bouleverse les corps et les vies, celui que rien semble arrêter et qui fait appel à nos ressources les plus enfouies pour éclore et nous donner la force de changer nos vies pour le voir grandir. Encore faut-il que l'Autre y soit réceptif et que la société en accueille les manifestations – sinon avec enthousiasme au moins avec tolérance.

Ces deux films campent des personnages à la vie ordinaire, voire difficile. Dans Ligne d'eau, Tomasz Wasilewski met en scène un jeune homme sportif qui s'entraîne à la compétition dans une piscine polonaise à l'esthétique presque carcérale, et dans L'effet aquatique, Solveig Anspach nous fait partager le quotidien d'une jeune maîtresse nageuse à la piscine de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
L'esthétique de Wasilewski reste épurée d'un bout à l'autre du film dans ses cadrages et dans son éclairage - la lumière froide et verdâtre des parkings faisant écho à celle de la piscine comme lieu d'entraînement et de compétition, il y a peu d'espaces lumineux chaleureux et ils sont le plus souvent parasités par l'expression de sentiments conflictuels ou malheureux. Anspach quant à elle joue à la fois sur différents registres lumineux et colorés mais également sur une poétique visuelle de l'eau souvent étonnante et joyeuse dans une piscine où l'on vient nager en liberté et pour le plaisir des sensations aquatiques.

Kuba, un jeune polonais « ordinaire » est tiraillé entre son amie avec laquelle il vit chez sa mère inquisitrice et Michal dont l'amour le poussera à assumer son homosexualité qu'il n'avait jusqu'alors éprouvée que furtivement et honteusement dans les vestiaires de la piscine. Entre culpabilité et liberté de vivre ses pulsions amoureuses,le film nous brosse le portrait d'une jeunesse polonaise que l'alcool et la drogue aident à affronter les normes sociales et à dépasser ses inhibitions pour faire triompher le sentiment amoureux qui transcendent les deux protagonistes masculins. Si le film nous montre quelques beaux moments d'une complicité ludique pleine d'innocence entre Kuba et Michal, il nous confronte aussi à de dramatiques scènes d'homophobie « ordinaire » encore très souvent tolérées sinon encouragées un peu partout dans le monde par une forme de virilisme agressif qui, borné par une vision sommaire et manichéenne de la sexualité, ne supporte pas la liberté sexuelle de l'Autre, et surtout pas sa différence.

Entre Agathe la nageuse et Samir le grutier à la douce innocence lunaire, la fable amoureuse se construit avec beaucoup de délicatesse autour de ce si fragile moment qu'est l'éclosion d'un sentiment amoureux, de sa reconnaissance et de son acceptation sans réserve par les deux parties dans un lâcher-prise ludique et joyeux... Pour approcher Agathe (Florence Loiret-Caille), Samir (Samir Guesmi) va prendre des cours de natation avec elle, mais un mensonge de sa part semble tout compromettre. Pour se faire pardonner, Samir s'envole pour l'Islande et s'invite au congrès des maîtres-nageurs auquel Agathe participe. Les situations les plus déjantées vont s'y enchaîner – du projet israélo-palestinien « Together » à l'amnésie accidentelle de Samir - pour qu'Agathe prenne la mesure de l'amour de Samir pour elle … et du sien à l'égard de Samir ! Avec un humour décalé, Anspach nous raconte une relation joyeuse et libre dans un petit pays rude que les femmes et les hommes construisent ensemble. En sortant du cinéma on partirait bien découvrir l'Islande !

Allez donc voir ce film qui détonne au milieu de l'océan de bêtise, de violence et d'hypocrisie qui a submergé notre été.

J'espère que vous aussi ressentirez les bienfaits de L'effet aquatique !

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Rédigé par Olympe

Publié le 22 Février 2016

Impertinente et combattive !

Thérèse Clerc avait un appétit pour la vie et pour l'amour qu'elle communiquait à tous ses publics avec générosité. Elle aimait raconter qu'elle avait jeté "son bonnet par dessus les moulins" dans la quarantaine en investissant vigoureusement les combats qui lui paraissaient essentiels et qu'elle n'a plus jamais lâchés. Après avoir élevé quatre enfants, elle s'est autorisée enfin à vivre en liberté et en sororité. Encore maintenues sous l'autorité d'un père ou d'un mari aux yeux des administrations et de la société, les femmes des années 60 se confrontaient à des injustices insupportables pour celles qui aspiraient juste à être des femmes libres. Si les droits des femmes ont autant évolué en France depuis, c'est en grande partie grâce aux combats de Thérèse et de ses compagnes de l'époque qui sont allées arracher ces droits à un patriarcat encore très virulent. A commencer par le premier d'entre eux, celui de disposer librement de son corps - de ses maternités et de sa sexualité. Contraception, IVG, sexualité, Thérèse était une amoureuse qui allait encore, jusqu'à très récemment, en débattre avec des publics d'adolescent-e-s - ou avec ceux de la Maison des femmes de Montreuil. Elle parlait d'amour avec liberté et gourmandise, avec une liberté de ton et d'action qui en étonnait plus d'un-e. Ils/elles sont peu habitués à entendre des personnes "âgées" - qu'ils/elles ont tendance à considérer comme "asexuées" ou hors jeu - leur parler crument de sexe, de plaisir et d'amour.

N'oublions pas que si les Françaises sont parmi les femmes les plus émancipées au monde, soutenues par un droit et des politiques sociales que beaucoup leur envient concernant l'éducation (mixte), la santé, la prise en charge des plus jeunes et des anciens, c'est le fruit de toutes les luttes de Thérèse et de plusieurs générations de féministes. C'est un fruit encore défendu pour la grande majorité des femmes sur la planète, un fruit que nous devons à Thérèse de continuer à défendre pour ne pas en être privées dans les années qui viennent ! Car comme aime à le répéter Geneviève Fraisse, "Tout ce qui a été fait peut être défait" - que ce soit par un gouvernement liberticide ou sous prétexte de réduire la dette du pays comme les Grecques en font actuellement la douloureuse expérience.

Un matin de juillet 2010, Thérèse est venue avec curiosité et bonne humeur dans mon atelier afin d'unir sa voix et son visage aux portraits sonores de celles qui composent le chœur des femmes de mon projet "On ne naît pas femme, on le devient..." Aux 193 participantes de 9 à 90 ans et de toutes origines, je demandais de lire un texte important pour elles, un texte qu'elles avaient envie de partager pour questionner l'état de l'émancipation des femmes dans le monde. Je voulais faire entendre les voix des femmes, encore si peu associées aux affaires du monde et à la rédaction des lois qui les régissent. Thérèse avait choisi un court extrait de George Sand qui n'a pas pris une ride :

En méditant Montaigne dans le jardin d'Ormesson, je m'étais souvent sentie humiliée d'être femme, et j'avoue que dans toute lecture d'enseignement philosophique, même dans les livres les plus saints, cette infériorité morale attribuée à la femme a révolté mon jeune orgueil. " Mais cela est faux ! " m'écriais-je ; cette ineptie et cette frivolité que vous nous jetez à la figure, c'est le résultat de la mauvaise éducation à laquelle vous nous avez condamnées..."

Histoire de ma vie, textes autobiographiques, 1854-1855, George Sand

Espérons que les plus jeunes sauront l'entendre pour poursuivre ces luttes avec la même joie et la même conviction. Nous allons en avoir besoin, et elle va nous manquer, notre infatigable Babayaga !

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Rédigé par Olympe

Publié le 12 Février 2016

La Marcheuse

Le jour où l’Assemblée Nationale adoptait la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel - en rétablissant notamment les mesures sanctionnant l’achat d’acte sexuel et responsabilisant les clients - le très beau film de Naël Marandin "La marcheuse" sortait sur nos écrans. Ce drame, aux allures parfois de documentaire, met en scène avec finesse et subtilité le quotidien des chinoises de Belleville qui en arpentent les trottoirs à la recherche de clients. Elles sont quelques centaines à Paris, le plus souvent des Dongbei issues du nord de la Chine d'où la misère les a chassées. Si des passeurs leur ont fait miroiter une vie moins dure en France et l'accès facile à des emplois dans le commerce par exemple, elles sont le plus souvent exploitées d'abord comme nounous par leurs compatriotes Wenzhou - venus du sud de la Chine et installés de longue date en France, souvent comme commerçants.
Sans papiers ni existence légale, à la merci des proxénètes et des descentes de police, la peur au ventre elles prennent généralement le chemin de la prostitution pour tenter d'assurer leur survie - et souvent pour soutenir une partie de leurs familles auxquelles elles envoient de l'argent en Chine. C'est ce cercle infernal de la clandestinité, de la pauvreté et de la violence à l'égard des femmes que Noël Marandin nous expose au travers du lumineux personnage de Lin Aiyu joué par l'actrice Qiu Lan, très convaincante dans son rôle de femme courage qui fait face, avec les armes qu'elle peut trouver, à la désintégration de sa vie qu'elle espère reprendre en mains.

Pendant sept ans, Marandin a accompagné les bénévoles de Médecins du monde auprès des prostituées chinoises de Belleville avant de faire ce film et tant le scénario que la mise en scène et le travail de l'image y ont puisé force et crédibilité. Les femmes y sont parfois malmenées mais ses images ne sont jamais complaisantes et il ne les posent pas en victimes mais en femmes courageuses et résolues à s'en sortir, si possible par le mariage - qui reste l'horizon imposé de la majorité des femmes dans le monde. Si les contacts avec les clients sont souvent rudes et parfois brutaux, ces femmes ont de très beaux et joyeux moments d'intimité et d'affection entre elles, à l'occasion d'un anniversaire, d'une fête ou d'une pose. Encore mises au ban de la société à laquelle elles ne se mélangent guère, elles se soutiennent face à la réprobation populaire et à l'adversité quotidienne que sont les violences des clients ou de la police qui les harcèle souvent.

Le film dépeint à la fois les rapports de domination liés à la classe sociale - comme ceux avec Kieffer, un vieil homme dépendant qui emploie clandestinement Lin pour s'occuper de lui et qui l'héberge avec sa fille Cerise âgée de 14 ans, sans que sa rétribution ne leur permette de vivre décemment -, et ceux liés à la domination masculine au travers des personnages brutaux comme le client qui la jette hors de sa voiture, le patron qui expulse le groupe de prostituées hors de son restaurant en refusant de les servir, ou de Daniel - un voisin qui entre dans l'appartement par la force en faisant basculer le récit vers le drame. Même la désinvolture du fils de Kieffer est condescendante lorsqu'il pose quelques billets sur la table de la cuisine devant Lin, "pour mettre du beurre dans les épinards".

Lin va tenter d'inverser le rapport de force avec ces hommes en imposant à Daniel - pour prix de sa dette qu'elle se propose de payer et de son hébergement clandestin - un mariage de convenance qui lui permettrait d'obtenir un statut légal et de quitter les trottoirs de Belleville. L'irruption de Daniel qui se cache de ses créanciers violents va bouleverser la vie du trio dans cet appartement où une partie de l'action se déroule à huis-clos. De la chambre du vieil homme à celle de l'adolescente en passant par la cuisine ou le réduit où se cache Daniel, tout une gamme de lumières et d'actions se répondent, avec des moments de grâce comme lorsque Lin choisit de passer la nuit avec Daniel et où le désir trouve à s'exprimer entre eux avec la même intensité. Marandin crée une texture propre à son film - par le choix de la caméra, des objectifs, des couleurs et des matières des lieux et des corps tout autant que par les cadrages. Il filme les corps avec puissance et délicatesse. Les corps des femmes ont la même importance à l'image que ceux des hommes. Il ne surjoue pas la nudité des femmes comme le font de nombreux films dans le but de titiller le voyeurisme des spectateurs. L'intimité et la pudeur des personnages sont manifestes, même lorsqu'elles sont malmenées. La scène dans le commissariat est très brutale pour Lin qui subit l'humiliation policière avec autant de violence que celle que lui infligent certains clients. Entre Lin et Daniel, Cerise, une adolescente qui, testant son pouvoir de séduction sur Daniel qu'elle voit avec inquiétude s'immiscer entre elle et sa mère, va précipiter la tragédie. L'intimité entre la mère et la fille est une alchimie complexe car leur situation précaire et dramatique les fait osciller en permanence entre la tendresse, l'exaspération ou la colère.

Ce film dépeint le quotidien des prostituées de Belleville avec beaucoup d'humanité et de réalisme tant le quartier et ses habitants sont des acteurs à part entière du film. Sans complaisance ni voyeurisme il nous confronte avec des femmes comme les autres qui doivent faire face à des situations très difficiles. L'auteur s'est particulièrement interrogé sur "la façon dont les rapports de domination dans la sphère sociale interféraient sur le désir, comment les deux s’entremêlaient. Le rapport au corps et au sexe était aussi déterminé par leur place dans la société. Le sexe peut devenir l’expression d’une révolte ou le lieu de la domination. Les sentiments aussi ne sont pas indépendants de la sphère sociale. On peut aimer quelqu’un parce qu’il représente une porte de sortie, une issue à un quotidien sans perspective. C’est l’une des clés du rapport qui s’instaure entre Lin et Daniel."

Ces rapports de domination principalement à l'œuvre dans la prostitution minent toute possibilité d'égalité entre les femmes et les hommes et nous invitent à penser une société plus juste. Une société qui ne permet pas que les corps deviennent des marchandises - en particulier ceux des femmes que les hommes sont perpétuellement invités à considérer et à consommer comme des objets sur lesquels ils auraient des droits "naturels" que la loi du plus fort (ou du plus riche) leur permet encore d'actualiser.

Cela passe par une prise de conscience collective et une attention à l'éducation affective et sexuelle des plus jeunes afin qu'ils apprennent à construire des relations affectives et sexuelles basées sur le respect et le désir réciproques et non sur la prédation, la domination et le rapport de force. La responsabilisation des clients à l'œuvre dans la loi invitera les adultes à penser des rapports humains et sociaux différents, enracinés dans le respect et l'égalité et non sur le sacrifice de ses membres les plus vulnérables aux pulsions dominatrices d'un petit nombre d'hommes qui paient pour soumettre le corps de l'autre à leur bon plaisir.

Le texte voté reconnait donc la prostitution comme une violence, responsabilisant les clients qui alimentent financièrement le système prostitutionnel afin de faire reculer la demande. Il prévoit également de proposer aux personnes prostituées qui le souhaitent un parcours de sortie de la prostitution.

« Nous accomplissons aujourd’hui une avancée vers des progrès importants : pour les personnes prostituées, pour notre société toute entière, pour les droits humains, et pour l’égalité entre les femmes et les hommes » a déclaré Pascale Boistard. Face à des réseaux internationaux de traite des êtres humains, la France doit pouvoir se doter des outils législatifs qui lui permettront de protéger les personnes prostituées et de faire reculer les réseaux, dans un cadre qui garantira leur accompagnement.

C'est parce que l'égalité entre les femmes et les hommes passe par l'éradication du système prostitutionnel que l'association Zéro macho avait organisé un débat à l'issue de la projection de La Marcheuse et qu'elle a publié un manifeste que nous invitons tous nos lecteurs à signer sur :

https://zeromacho.wordpress.com/le-manifeste_fr/

Et bien sûr nos lectrices sont invitées à le relayer auprès de leurs amis !

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Rédigé par Olympe

Publié le 18 Janvier 2015

Bougez pour l'IVG

40 ans ! La loi légalisant l'IVG en France a 40 ans aujourd'hui et plusieurs manifestations s'en faisaient l'écho en France ce samedi, dont la rencontre "Bougez pour l'IVG" à la mairie du 4e à Paris, organisée par les FEM (féministes en mouvements) qui rassemblent une quarantaine d'associations.

Afin de défendre le droit à l'IVG en Europe, attaqué par plus d'un million de conservateurs européens pétitionnaires, pensez à signer la "contre" pétition sur :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/gouvernements_dEurope_Nous_voulons_le_droit_a_lavortement_pour_toutes_les_femmes_dEurope

Lors de l'ouverture de la journée, en présence d'Hélène Bidard (en charge des droits des femmes à la ville de Paris), Anne Hidalgo puis Pascale Boistard ont rappelé leur attachement et leur engagement pour une loi qui, en permettant aux femmes de disposer de leurs corps en maîtrisant leur fécondité, leur a donné des outils pour cultiver leur liberté et fait advenir la possibilité d'une plus grande égalité entre les hommes et les femmes. Toutes les femmes nées après 1960 ont pu (théoriquement) en bénéficier, contrairement à leurs aînées qui devaient subir des grossesses non désirées ou mettre leurs vies en péril pour les interrompre, tout en se mettant hors la loi. En gardant à distance les injonctions des religions, c 'est l'espace de la laïcité qui permet aux femmes de revendiquer pleinement l'universalité de leurs droits fondamentaux, toujours entravés par les pouvoirs religieux qui freinent encore trop souvent les projets de lois à l'échelle internationale, afin de conserver leur emprise sur le corps des femmes - et par la même de contrôler leurs vies en même temps que leurs esprits.La journée sera dédiée aux journalistes de Charlie assassinés, Charlie Hebdo qui avait soutenu les femmes dans le combat pour l'avortement à l'époque.

Ce n'est que lorsqu'elles prennent pleinement conscience que le privé est politique et qu'elles seules peuvent être les actrices de leur libération, que les femmes, dans tous les pays du monde, se mettent en mouvements pour conquérir leurs droits, face à des résistances masculines plus ou moins féroces.

Concernant le droit à l'IVG, le déroulement de la journée en fera un état des lieux en demies-teintes.

Conduits par Françoise Picq, quatre duos d'échanges entre deux générations de militant-e-s nous rappelleront l'historique du droit à l'avortement en France, un droit encore tout neuf qu'il convient de préserver afin de ne pas le voir régresser ou même disparaître.

Le premier rassemblait deux militantes du MPF et d'OLF (Osez le féminisme)

C'est avec un certain retard sur les pays anglo-saxons que la France va commencer à permettre aux femmes de planifier la naissance de leurs enfants. Dans la France d'après guerre qui voulait remplacer ses forces vives décimées par 6 années de conflit, il était encore interdit de parler de contraception et d'avortement. N'oublions pas que Marie-Louise Giraud, une des dernières femmes condamnées à mort et exécutées en France, le fut sous le régime de Vichy pour avoir été une "avorteuse". Dans un grand nombre de pays aujourd'hui - sinon toujours en droit du moins en fait - contraception et avortement restent matériellement inaccessibles au plus grand nombre.

C'est d'abord sous le nom de "Maternité heureuse" que les femmes se sont associées en 1956 pour prendre leur destin procréatif en mains, après les premières expériences d'accouchement prophylactique - dit "sans douleur" - par le docteur Lamaze en 1952 à la clinique des Bluets (Métallos). En refusant "d'enfanter dans la douleur" comme les y enjoignait la Bible (et les hommes, médecins compris) depuis des siècles, les femmes françaises (et certains médecins éclairés qui les y aideront) ouvriront une brèche dans le pouvoir de l'église qui leur dictait une soumission totale aux dogmes religieux sur ces questions. En 1960, l'association deviendra la mouvement pour le planning familial (MPF) et en 1961, les lieux d'accueil recevant les femmes et les couples ont permis à leurs "hôtesses" de mesurer l'immense ignorance d'un grand nombre d'individus concernant le fonctionnement de leur propre corps - en matière de sexualité et de reproduction.

Alors que l'IVG est autorisée dès 1967 au Royaume-Uni, il faudra attendre 1971 pour qu'ait lieu la première manifestation le réclamant en France, où d'ailleurs la contraception ne sera autorisée qu'à partir de 1972 (date des premiers décrets d'application de la loi Neuwirth votée en 1967). Ce n'est qu'en 1973 que le MPF entrera dans la lutte pour le droit à l'avortement que pratiquaient alors de plus en plus de médecins de façon clandestine, afin de lutter contre les avortements "sauvages" qui coutaient la vie ou mutilaient des milliers de femmes chaque année. Dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir donne l'estimation de 500 000 avortements pratiqués de toutes sortes de façons en France en 1938.

Le manifeste des 343 femmes ayant déclaré publiquement avoir avorté - dans le nouvel observateur en 1971- et le procès de Bobigny en 1972 (d'une adolescente et de sa mère qui l'avait aidée à avorter suite à un viol) vont avoir un énorme retentissement dans la société française qui, depuis mai 68, multipliait les revendications pour plus d'égalité de classes et de libertés individuelles. Suite à la mort de Pompidou, la question de l'avortement va passer du ressort de la justice à celui de la santé.

Les revendications des femmes (et des hommes) qui manifestent et militent inlassablement deviennent incontournables et Valéry Giscard d'Estaing confiera le dossier à sa ministre de la santé, Simone Veil, afin qu'elle conduise un projet de loi qui rencontrera l'opposition de la droite (catholique) la plus conservatrice. Et si elle emportera finalement le vote des députés le 17 janvier 1975, ce ne sera pas sans avoir essuyé quolibets, insultes et campagnes de diffamation. La loi est d'ailleurs adoptée "à l'essai" pour 5 ans, ce qui est tout à fait inédit, et il faudra la vigilance des féministes pour qu'elle soit adoptée définitivement par la suite. Dans les années 80, apparaitront d'ailleurs des commandos "anti-IVG" très ancrés à droite et plus ou moins violents (prières de rue à proximité des centres d'IVG, pressions sur les candidates à l'IVG, enchaînement à des grilles d'hôpitaux...) La loi a été régulièrement attaquée par les fractions les plus conservatrices de l'assemblée nationale (Marine Le Pen a parlé "d'avortement de confort" dont elle prônait le déremboursement par la sécu), il aura fallu attendre 2014 pour que la notion de détresse soit ôtée du texte de loi et que l'on reconnaisse enfin aux femmes françaises le droit absolu à décider d'avoir un enfant si elles veulent, et quand elles veulent - sans avoir à se justifier.

Droit qui leur est encore contesté par certains, et rendu souvent difficile d'accès par des politiques publique de plus en plus austères en matière de santé, qui conduiront à la fermeture d'un grand nombre de centre pratiquant l'IVG en France ces dix dernières années et à l'affaiblissement du MPF et de sa mission d'éducation à la sexualité, de prévention et d'information - en particulier auprès des jeunes.

Trois autres duos se succéderont : MLAC (mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception)/ Femen, puis 2 médecins pratiquant des IVG aujourd'hui, et enfin deux représentants de mutuelles, nous permettront de mesurer à la fois la stigmatisation encore fréquente des candidates à l'IVG, les difficultés rencontrées dans le parcours médical, les obstacles matériels à l'IVG en France et l'importance des politiques mutualistes en matière de santé publique.
Nous mesurerons aussi avec les Femen à quel point le corps des femmes reste un enjeu politique et combien l'exhibition de sa nudité dérange encore lorsqu'elle sert des revendications libertaires et plus des intérêts mercantiles. Si les Femen sont régulièrement poursuivies en justice, les prières de rue des intégristes et autres activisme anti-ivg restent souvent tolérés et rarement poursuivis malgré que nul ne peut obliger une femme à poursuivre une grossesse (délit d’entrave loi n°93-121 du 27/01/1993 dite "loi Neiertz").

Avant de passer aux échanges de deux jeunes militantes d'OLF et du MPF avec Marisol Touraine, Chloé Ponce-Voiron continuera avec talent à nous faire rire des pérégrinations d'une candidate à l'avortement. Il faut dire que dans un pays où c'est légal et pris en charge médicalement, l'avortement n'est plus un drame - contrairement à ce que vivent encore des millions de femmes dans le monde comme nous le verrons par la suite.

C'est d'ailleurs bien ce qui est demandé à la ministre, de veiller à ce que soit assurée cette mission de service public qui doit permettre à toutes les femmes d'avorter gratuitement et sereinement sur tout le territoire français. Deux questions sont soulevées : la sécurité et la protection de l'anonymat pour les mineures, et la demande de suppression du délai de carence de 7 jours encore en vigueur.

Après la pause déjeuner, les 3 jeunes femmes de "Sois belle et Tais Toi pas" nous offriront un moment de Slam-Chanson-Stand up autour de l'IVG et du droit à disposer de son corps. Un sujet difficile qu'elles traitent avec talent, humour et poésie...

Animée par Monique Dental (du réseau Rupture), la table ronde " Qui a peur de la liberté des femmes ? " verra Fiametta Venner nous rappeler les méthodes mises en œuvre par les responsables religieux pour s'opposer aux droits des femmes, en particulier à l'avortement et à la contraception : lobbying, alliances inter-religieuses à l'Onu, discours accusateurs ou moralisateurs, violence, désinformation, détournement du vocabulaire "des justes" de la dernière guerre mondiale au profit des opposants à l'IVG.


Annie Sugier (cofondatrice de la Ligue internationale du droit des femmes) développera ensuite le poids de ces alliances contre les libertés des femmes au niveau international. Alors qu'on estimait à plusieurs dizaines de millions les avortements clandestins pratiqués dans le monde chaque année, la CEDAW (The Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women) sera adoptée en 1979 à l'ONU, en intégrant les revendications des luttes des années 70.On peut se demander si elle pourrait encore être votée aujourd'hui ! Sa ratification et son respect restent à obtenir dans bon nombre de pays qui renâclent à sa mise en œuvre et se retranchent derrière traditions ou croyances locales pour réfuter l'universalité du droit des femmes à disposer de leur corps. L'église catholique s'est dès 1968 prononcée contre la contraception et l'IVG par la bouche de Paul VI, dans un texte écrit par un cardinal polonais qui deviendra par la suite le pape Jean-Paul II, et qui mobilisera dès 1994 les cardinaux dans la lutte contre l'IVG - à grand renfort d'articles dans la presse, de mensonges ou de menaces... L'église catholique n'hésitera devant aucune alliance avec certains pays musulmans comme l'Arabie saoudite ou l'Iran pour bloquer les conférences sur le droit des femmes. Ils réussiront à faire adopter un compromis historique d'où il ressort que l'IVG n'entre pas dans la planification des naissances et dépend donc des lois nationales et non des instances internationales. En Europe le RV a aussi été manqué en 1999, en ne faisant pas mention de l'IVG dans la charte des droits fondamentaux des européen-ne-s adoptée en 2000 et entrée en vigueur en 2007 dans le traité européen. Gageons que s'il avait concerné directement les hommes, il y serait !

Que ce soit au Caire, à Pékin, ou en Europe, l'alliance des conservatismes continue à freiner très sensiblement l'émancipation des femmes et la reconnaissance de l'universalité de leurs droits.

Martine Storti poursuivra cette table ronde par une analyse des « procès » faits aujourd'hui au féminisme, accusé par certains de tous les maux de la société ( fin de la différence des sexes, destruction de la famille, perte de repères des hommes, féminisation et donc avachissement de la France, triomphe du matriarcat etc.) Si Eric Zemmour est l’une des incarnations de ce discours caricatural, Martine Storti a insisté sur le fait que la mise en cause du féminisme n’était pas seulement le fait des anciens et habituels traditionalistes ou conservateurs. Elle peut émaner aussi d’intellectuels ou de courants se réclamant de la gauche ou en étant issus, ainsi d’ailleurs que l’a montré en 1974 la polémique autour des ABCD de l’égalité. Il convient donc d’être vigilant de riposter à ceux qui finissent par mettre en cause, voire à récuser l’émancipation des femmes, au prétexte qu’elle serait pour certains occidentale et néo-impérialiste, complice et actrice du néolibéralisme économique et financier pour d’autres. Riposte d’autant plus nécessaire dans ce moment historique où dans de très nombreux pays la soumission des femmes est un marquage identitaire et un enjeu politique.

Le collectif contre le masculinisme IDF conclura d'ailleurs ces interventions par une mise en lumière des actions de lobbying et de lutte contre le droit des femmes des groupes masculinistes à l'œuvre aujourd'hui, que ce soit contre l'IVG ou pour le droit d'intervenir sur la grossesse, pour les droits des pères, par la négation des violences masculines ou la critique des "paternités imposées" et la lutte contre la recherche en paternité.

Avec "Partout elles se bougent pour l'IVG", nous ferons un (rapide) état des lieux du droit à l'IVG dans différents pays.
Au Mali avec Maimouna Dioncounda Dembélé, où il est encore interdit sauf indications thérapeutiques. Si le nombre des femmes qui subissent des mutilations génitales est estimé à 85%, et à 100% celui de celles qui subissent au moins une des 20 violences faites aux femmes répertoriées au Mali (mariage précoce, viol, harcèlement etc), le droit à disposer de son corps sera encore un long combat pour les femmes dans un pays où les actions pour l'IVG ou la contraception (soutenues par Amnesty international) ne regroupent qu'un petit nombre de participant-e-s alors que les instances des pouvoirs traditionnels rassemblent les gens par milliers.

Ibtissame Betty est venue du Maroc pour nous parler de son mouvement "MALI" (mouvement alternatif pour les libertés individuelles) encore bien peu soutenu par une population conservatrice en matière de droit des femmes et d'émancipation des individus. L'IVG est interdit, l'éducation sexuelle inexistante et les libertés individuelles sont sévèrement encadrées par le pouvoir en place et soumises aux pressions religieuses.

Olga Gonzalez (association Aquelarre en Colombie) brossera ensuite le tableau du droit à l'IVG en Amérique centrale et latine où il n'y a que Cuba et l'Uruguay qui l'autorisent. Certains pays le pénalisent même très sévèrement comme le Salavador où l'emprisonnement peut dépasser 30 ans (même en cas de fausse-couche accidentelle si elle est suspectée d'être volontaire) Partout ailleurs les femmes luttent, manifestent et avortent clandestinement au prix de leur vie ou de leur santé, face à des gouvernements qui, même de gauche, restent soumis au lobbies religieux, et/ou aux opinions réactionnaires.


Ensuite Hazal Atay et Leticia Zenevich exposeront une initiative intéressante : "Women on waves", un bateau battant pavillon néerlandais qui peut effectuer des avortements dans les eaux internationales après avoir fait escale dans les ports de pays interdisant l'avortement, comme l'Irlande par exemple. Dans les faits cela se révèle parfois compliqué, mais cela permet au moins d'introduire le débat. Enfin Geneviève Garrigos nous exposera l'engagement d'Amnesty International pour le droit à l'IVG (pétitions en ligne dans le cadre des actions "Mon corps, mes droits")

https://campaigns.amnesty.org/fr/campaigns/my-body-my-rights

Suite à ces interventions, Isabelle Alonso reviendra avec humour et gravité sur les événements de ces 40 dernières années en France, où les femmes ont bénéficié du droit à l'avortement, un droit qu'il faudra défendre pied à pied pour que les générations à venir puissent encore l'exercer et avoir un enfant si elles veulent et quand elles veulent... Elle termine son intervention en nous chantant sa version de la Marseillaise qui devient une ode à la maternité choisie et ...heureuse !

Enfin la dernière table ronde animée par Françoise Morvan reviendra sur le droit à l'avortement en Europe. Entourée de Viviane Teitelbaum qui présente les activités du Lobby européen des femmes, d'Irène Donadio de la Fédération internationale du planning familial qui nous présentera la campagne "I decide" qui vise à rassembler 1 million de signature pour le droit au choix de la maternité :http://www.ippf.org/idecide

de Siobhan Sorgo qui exposera le cas des irlandaises que l'on laisse encore mourir en défendant la vie du foetus envers et contre tout - même en cas de viol, de Kata Kevehazi qui évoquera les reculs vécus par les hongroises en matière d'IVG depuis la chute du communisme, et de Pilar Aguilar (initiatrice du film : El tren de la libertad") qui reviendra sur les combats des femmes espagnoles pour préserver leur droit à l'IVG contre un gouvernement conservateur dont certains de ses membres sont issus du franquismes ou inféodés à l'Opus Dei. Droit que l'immense mobilisation des féministes françaises et européennes a contribué à sauvegarder !

En conclusion, le droit à l'avortement doit devenir un droit fondamental des Européennes et être reconnu partout ailleurs. Il ne peut exister de liberté ni d'égalité f/h sans liberté et droit à disposer de son corps. Dans leurs revendications pour desserrer l'étau de la domination masculine, les femmes du monde entier s'appuient sur les droits acquis par les femmes les plus avancées en matière de liberté et d'égalité f/h et la France reste un phare vers lequel se tournent leurs regards quand les vents se font mauvais dans leurs pays. Nous devons non seulement défendre et faire progresser le droit à l'IVG des européennes, mais soutenir tous les mouvements d'émancipation des femmes dans le monde. Tant que toutes les femmes ne seront pas libres nous devrons nous battre, tant que des femmes seront opprimées nous devrons craindre de possibles régressions des droits acquis là où ils semblent irréversibles ! Un droit qu'on n'utilise pas est un droit qui meurt... cela vaut aussi pour la démocratie.

Pour poursuivre cette réflexion, je vous invite à lire "L'événement" d'Annie Ernaux, qui donne une compréhension intime et sobre de la façon dont peut être vécue un avortement lorsqu'il doit être clandestin...mais aussi de découvrir "Le choix", la nouvelle BD des Frappier sur l'avortement.

Bougez pour l'IVG

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Rédigé par Olympe

Publié le 11 Novembre 2014

La première conférence du réseau international féministe et laïque vient de se tenir à Paris, rassemblant des féministes de dix pays et les associations qui les ont rejointes. Ce réseau vise à construire des solidarités concrètes et actives pour défendre et promouvoir les droits des femmes partout dans le monde.

Venues du monde entier, elles nous ont permis d'entendre de nombreuses analyses et témoignages de féministes Indienne (Kuljit Kaur, vice-présidente de l'association All India women's conference), Iraniennes (Chahla Chafiq, Mariam Nazamie), Somalienne, Colombienne, Afghane (Shoukria Haidar de l'association Negar), Algérienne (Djemila Benhabib), Tunisienne, Congolaise, Kurdes (Conan Polat, Nursel Kilic de la Fondation internationale de Femmes libres du Kurdistan), Péruvienne, Mauritanienne, Marocaine, Polonaise, Suédoise (Maria Hagberg) ...
Dans de nombreux pays la fréquence et la barbarie des exactions commises à l'encontre des femmes sont très alarmantes et la mobilisation internationale indispensable pour les faire reculer...

Les premières tables rondes étaient consacrées à la nécessité de faire reconnaitre le crime de féminicide par les instances internationales et les ONG - de plus en plus de femmes étant tuées à cause de leur sexe - et dans certains pays comme l'Inde ou la Chine par des avortement sélectifs dès avant leur naissance - avortements qui conduisent déjà à de graves déséquilibres femmes/hommes dans certaines régions et provoquent ensuite des enlèvements ou des achats de fillettes dans les régions voisines...

La seconde série d'interventions démontrait la nécessité absolue de la laïcité comme préalable à la liberté des femmes, laïcité sans laquelle elles ne peuvent guère espérer voir reconnue l'universalité de leur droit à l'émancipation. L'émancipation des individus passe par le droit et la liberté à disposer de son corps en matière de sexualité, de mariage, de contraception et d'avortement, ainsi que par l'accès à une éducation scientifique rigoureuse qui ne soit pas inféodée aux dogmes religieux. L'enseignement doit viser le développement de l'esprit critique que seule la laïcité peut garantir en séparant clairement le pouvoir politique du pouvoir spirituel.
Si la France a légiféré précocement sur la séparation des églises et de l'État, elle n'a nullement le monopole de la laïcité. De nombreux pays visent la sécularisation ou la neutralité de l'état qui permet à chacun d'avoir ou pas une religion ou une autre, tout en bénéficiant des mêmes droits et devoirs fondamentaux qu'aucun dogme religieux ne peut oblitérer ou entraver. C'est le respect de la vie qui partout devrait être sacré et non les idées et croyances religieuses qui partout sont amenées à être mises en question et à évoluer dans un monde constamment en mouvement où les connaissances scientifiques repoussent toujours plus loin les limites du savoir en ouvrant de nouveaux champs de questionnement.

Quand le religieux s'immisce dans la constitution ou les lois d'un pays, c'est toujours au détriment de la liberté des femmes - comme dans les nombreux pays où un lobbying (inter)religieux de plus en plus actif au niveau mondial, depuis la conférence du Caire en 1990, combat le droit à l'avortement par exemple, ou dans les pays où les codes de la famille font des femmes des mineures à vie ou des "sous-hommes" puisqu'elles disposent de droits restreints en matière d'héritage, de liberté de circuler, de mariage, de divorce ou de garde des enfants par exemple...

La démocratie ne peut se développer qu'en parallèle avec une laïcité qui pose le socle des droits humains universels au-dessus de tous les particularismes qui visent à les réduire pour certaines catégories de population - que ce soit les femmes, suivies souvent par les plus pauvres et les analphabètes dont elles forment de toutes façons la majeure partie.

Si le monde s'enrichit des cultures différentes de ses habitants, il s'appauvrit des communautarismes qui divisent et enferment dans des groupes visant à interdire à ses membres de s'émanciper et de construire leur identité en liberté en fonction de goûts, de savoirs et d'expériences particuliers... Il s'appauvrit des agissements de ceux qui enseignent ou diffusent la haine de l'autre et prônent sa destruction ou son asservissement en vertu de son sexe, de sa couleur, de sa nationalité ou de son origine ethnique, de sa classe sociale ou de sa religion...

L'A,B,C de l'égalité passe par une culture de la mixité qui offre les mêmes perspectives aux filles et aux garçons sans instaurer une ségrégation genrée dès la naissance qui prédestine les hommes à la liberté et au pouvoir et les femmes à la soumission et à la sphère domestique.

Pour que l'égalité citoyenne soit réelle, les femmes doivent également être protégées des différentes formes de violences auxquelles elles sont trop souvent confrontées. Que ce soient les violences familiales ou conjugales qui ne sont pas toujours poursuivies et punies dans de nombreux pays dont les lois restent encore très tolérantes pour les exactions masculines - sous couvert parfois de "besoins", de traditions ou de coutumes... Tuer ou violenter n'est pas une coutume mais un crime ! Il ne peut y avoir d'honneur à assassiner une femme. Que ce soient les viols et actes de torture et de barbarie perpétrés lors les conflits armés - dont elles sont également victimes dans les camps de réfugiés, parfois même de la part des militaires chargés de leur protection ou du maintien de l'ordre. Que ce soient des différents trafics d'êtres humains organisés par les maffias qui exploitent la prostitution à grande échelle et certaines formes d'esclavage domestique.

Circonscrire la haine et le dénigrement du féminin dans tous les pays - où ils s'exercent à différents niveaux - est une bataille politique qui devrait mobiliser toutes les forces au niveau international, bataille qui restera difficile à gagner tant que les médias discréditeront ou ignoreront largement ceux et celles qui défendent les droits des femmes à travers le monde. La bataille de l'égalité se joue sur tous les terrains : le droit à la santé et à l'éducation (dont les filles restent privées en premier dans nombre de familles), les droits civiques, l'accès aux postes de pouvoir (politique et autres) et de décision, l'accès aux terres et aux richesses...

Les femmes sont souvent aux avant-gardes des combats pour le respect de la vie, des droits des plus pauvres et des plus faibles, et pour l'égalité, elles sont aussi les premières victimes de ceux qui s'y opposent avec des cultures de guerre et de mort. Pour démasquer tous les pouvoirs totalitaires, il faut privilégier partout un travail pédagogique autour de la laïcité, de la paix et des droits humains universaux, et organiser les groupes sociaux par le débat démocratique et non par la force ou la tradition.

Je terminerai par le communiqué d'une féministe colombienne qui nous a alertés sur un projet de loi qui vise à favoriser le système prostitutionnel et non à protéger les femmes les plus vulnérables qui y sont soumises par la force ou la misère :

En Colombie (46 millions d’habitants), un projet de loi réglementant la prostitution est en cours de discussion actuellement au Congrès. Prétextant soutenir les prostituées, stigmatisées et souvent molestées par la police, le projet de loi numéro 79 veut donner les droits afférents au travail aux « travailleuses du sexe », via la légalisation du proxénétisme.

Il est à craindre que ce projet de loi, qui s’inspire du modèle allemand, rendra encore plus puissants, économiquement et politiquement, les entrepreneurs du sexe, capitalistes, souvent étrangers, mais aussi seigneurs des mafias et de l’armée.

Il est à craindre qu’il entraînera l’augmentation de la prostitution dans ce pays terriblement inégalitaire.

Il est à craindre que sous couvert de promesses faciles et jamais tenues, il assujettira davantage les prostituées.

Le milieu féministe en Colombie s’est peu occupé de cette question. Cela se comprend : il est occupé par d’autres sujets, et notamment par l’attention des femmes dans ce pays en guerre.

Néanmoins, un important effort a été réalisé récemment par une poignée de féministes, de citoyennes et d’organisations travaillant avec des prostituées en vue faire connaître les enjeux de ce projet de loi.

Nous vous invitons à visiter le site http://abolicionprostitucion.wordpress.com/

(en espagnol) afin de connaître le projet de loi, lire des analyses critiques, consulter des témoignages de prostituées.

Nous vous invitons également à nous aider dans ce combat. Nous avons besoin de faire connaître la dangerosité de cette loi. Nous avons besoin de constituer des alliances.

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Rédigé par Olympe