L'éducation affective et sexuelle des jeunes et des enfants, un enjeu de société majeur pour l'égalité femmes/hommes !

Publié le 13 Janvier 2017

S'il était président (chronique "Moi Président!" du 10 janvier sur France-Info), le gynécologue-obstétricien Israël Nisand promulguerait une loi visant la protection des mineurs de l'accès aux images pornographiques pour lesquelles certains enfants de 9 à 11 ans ont déjà une addiction et en visionnent pendant 2 à 3 heures par jour.

Sa proposition est simple et de bon sens, la pornographie étant faite par des adultes pour des adultes, elle n'a rien à faire devant leurs yeux (sinon des dégâts) et en aucun cas à se substituer à l'éducation sexuelle des enfants et des jeunes. D'autant moins que celle-ci est défaillante en France puisque la loi de 2001 qui l'encadre n'est pas appliquée dans de nombreux établissements scolaires. Cette loi prévoit 3 heures d’information sur la vie affective et sexuelle à partir de l’âge de 4 ans (À 4 ans, on apprend à respecter son propre corps. À 6 ans, on apprend le respect de l’autre. À 8 ans, on apprend ce qu’est la vie amoureuse. Les enseignants du primaire doivent recevoir la formation nécessaire à ces apprentissages qui semblent fondamentaux dans la construction de l'individu. A partir de 11 ans il vaut mieux faire appel à des intervenants extérieurs qui seront plus à même d'apporter les éléments scientifiques sur le sujet et de répondre aux questions des jeunes). Israël Nisand a rencontré tous les ministres successifs de l’Éducation nationale pour leur demander d’appliquer la loi, sans grand succès malheureusement. Il propose donc que les contenus pornographiques sur internet soient rendus accessibles uniquement par le biais d'un numéro de carte bleue. C'est une mesure simple que les féministes et toutes celles et ceux qui luttent pour l'égalité femmes-hommes et contre les violences faites aux femmes par les hommes pourraient soumettre aux candidat-e-s à la présidentielle. Nisand nous précise qu'en venant à la rencontre des enfants et des jeunes, la pornographie impose ses images de transgression, de violences et d'humiliation des femmes à des esprits en devenir que l'on prive d'une construction personnelle de leur imaginaire et de leur sexualité - construction qui devrait se faire en lien avec leurs expériences cognitives, affectives et sexuelles, et avec leur maturation psychique.
Lutter contre cette invasion des images pornographique chez les enfants et les jeunes n'a rien de pudibond. Il faut savoir que nombre de jeunes garçons pensent découvrir dans la pornographie les comportements à avoir avec les femmes et leurs goûts en matière de sexualité. Ils y apprennent donc qu'une femme "ça se prend" - même si elle n'est pas consentante. A l'opposé d'un érotisme construit entre alter-ego, les images invasives de la pornographie colonisent l'imaginaire des enfants et des jeunes et contribuent à dégrader les relations filles/garçons et femmes/hommes depuis quelques années.
La pudibonderie vient plutôt des mouvements conservateurs - souvent religieux - qui s'opposent de plus en plus souvent à l'exécution des programmes d'éducation à la sexualité dans les écoles. Avec des collègues du monde médical, Israël Nisand lutte contre cette obstruction à la connaissance intime de son corps et du corps de l'autre en développant activement des programmes d'éveil à la sexualité dans la région de Strasbourg. A chaque âge ses savoirs et ses expériences corporelles, qui devraient toujours s'appuyer sur la curiosité et la maturité des enfants, et non sur la sidération provoquée par des images dont nous devrions toutes et tous avoir à cœur de les protéger si nous souhaitons en faire des adultes à l'aise avec leurs corps et respectueux de celui d'autrui... Un autre élément important est que cette ignorance de leur fonctionnement physiologique et psychique auquel nous condamnons tant de jeunes conduit à de nombreux IVG (et grossesses) précoces en France - environ 15 000 IVG chez les moins de 18 ans chaque année - bien davantage que dans les pays voisins. Sur la métropole de Strasbourg on constate qu'il y a beaucoup moins d’IVG chez les mineures que dans d’autres villes françaises. Parler de sexualité aux enfants et aux jeunes est bien une nécessité éducative (et humaine), pour aider les adultes à le faire, Israël Nisand, Brigitte Letombe et Sophie Marinopoulos ont d'ailleurs écrit "Et si on parlait de sexe à nos ados ?", publié chez Odile Jacob. Cette question est politique et n'a rien d'anecdotique. Elle contribue à dessiner les rapports femmes/hommes de la société de demain !

 


Rédigé par Olympe

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