Qui sème la haine récolte la violence...

Publié le 24 Avril 2017

Alors que les parieurs anglais spéculaient sur le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle en France - leur quatre favoris seront classés dans le même ordre à l'issue du dépouillement - près de 80% des français sont allés voter ce dimanche. Un score important qui nous démontre que la démocratie française n'est pas tout à fait morte, et que peut-être elle viendra à bout de la bête immonde qui rôde (surtout) dans nos campagnes. Cet optimiste peut toutefois être tempéré par le score très important réalisé par un candidat dont la probité n'est pas la première des qualités, alors qu'elle paraît essentielle pour que le personnel politique soit au service du bien commun et non de ses intérêts ou de ceux de ses amis - et qu'il puisse travailler avec la confiance de celles et ceux qui l'ont élu. Nous voyons-là à quel point la rationalité et l'analyse des faits sont biaisés par la croyance et l'adhésion sans faille à un parti ou à une idéologie - quelles qu'en soient les dérives ou celles de ses leaders. Le recul devient difficile à prendre et ses représentant-e-s sont absous de leurs exactions tant qu'ils continuent de propager un discours conforme aux attentes de leur soutiens, le plus souvent dans la haine de leurs adversaires et de leurs idées.

 

Paris - une ville pourtant durement éprouvée par le terrorisme ces dernières années - n'a pas cédé aux sirènes sécuritaires, la droite-extrême y atteignant à peine 5%. Plus riches et plus éduqué-e-s que la moyenne des français-e-s, les parisien-ne-s se laissent peu séduire par un parti qui maquille ses idées comme une voiture volée afin de les rendre tellement acceptables que les médias n'ont cessé ces dernières années de parler de sa "dédiabolisation". Comment reprocher alors leurs votes pour ce parti à celles et ceux qui disposent de moins d'outils d'analyse, de peu de connaissances historiques (nombre de leurs électeurs n'étaient pas nés lorsque le père déposait la marque de sa haine nationale) et de davantage de motifs de ressentiment ?

Les chiffres nous montrent que si lien il y a bien entre le discours raciste et l'engraissement de la bête, c'est surtout à Dunkerque et Calais où se concentrent des flux migratoires qui y sont bloqués - provoquant par un effet de loupe le rejet et l'incompréhension.

Sur le reste du territoire, on pourrait plutôt faire un parallèle entre les scores du front avec le taux d’échec scolaire. Il est le plus élevé dans les zones qui cumulent un fort taux de chômage, une grande proportion de familles nombreuses et monoparentales, une concentration de logements sociaux et des parents pour la plupart sans diplôme. ( http://www.education.gouv.fr/cid106032/atlas-academique-des-risques-sociaux-d-echec-scolaire-l-exemple-du-decrochage.html)

Ces zones "à risques sociaux" qui rassemblent des populations ayant peu de prises réelles sur leur avenir - et qui dépendent beaucoup des prestations sociales et des services publics qui ont tendance à déserter ces mêmes territoires - se situent surtout dans le nord du pays, sur le pourtour méditerranéen et en Seine-Saint-Denis. Si le Pas-de-Calais (historiquement lié une gauche ouvrière, mais qui a sombré par endroit dans le clientélisme sous prétexte d'éloigner le front de la haine - et dont les électeurs ont fini par préférer l'original à la copie) et la moitié Est du pourtour méditerranéen (ancien fief d'une droite dure à tendance maffieuse et/ou clientéliste) sont conquis par un discours de rejet, d'intolérance et de haine de l'autre concentrés dans l'idée même de "préférence nationale", c'est peut-être unis d'abord par le dépit et le ressentiment devant des difficultés économiques et sociales qui perdurent depuis des décennies et que le front leur promet d'éradiquer.
Par contre la Seine-Saint-Denis, qui concentre aussi ces risques sociaux sur l'ensemble de son territoire, n'a pas répondu aux appels de la Marine (c'est Jean-Luc Mélenchon qui y arrive en tête - 34,03 % - suivi d'Emmanuel Macron -  24,04 %. La candidate dont la rhétorique habile porte haut les idées autoritaristes et nauséabondes de son père n'y arrive qu'en 3e position avec 13,58% des voix.

L'avocate cible donc bien les auditeurs de ses plaidoirie en fonction de leur moins grandes capacités à contrer sa rhétorique biaisée et à la relier à l'histoire de l'extrême-droite française. Bien sûr il y parmi ses soutiens de fervents admirateurs des grands fascistes du XXe siècle et des promoteurs de ce qu'ils appellent "le retour à l'ordre" - par la coercition, l'intimidation et/ou la délation si nécessaire - mais une partie de son électorat serait bien en peine d'en retracer les parcours. De la même façon, la ritournelle du parti vise à calomnier (ou ridiculiser) encore et encore ses adversaires pour les affaiblir. Quand à Hénin-Beaumont ils traitent Marine Tondelier, conseillère municipale écologiste de l'opposition, de "bobo parisienne" et de "cumularde", alors que c'est son seul mandat et que c'est une enfant d'Hénin-Beaumont grandie dans le pays minier, c'est pour mieux détourner l'attention du maire Steeve Briois (conseiller régional depuis 1998) qui cumule son mandat de maire avec celui de député européen depuis 2014 - ou encore de celle de son délégué aux finances Jean-Richard Sulzer qui habite Neuilly-sur-Seine. Le front a aussi intégré des jeunes recrues qui présentent mieux que les gros-bras de ses débuts, ils professent la même idéologie délétère mais manipulent la langue avec plus de subtilité pour la travestir. Certain-e-s sortent d'écoles de communication ou de marketing et n'ont aucun mal jeter une poudre aux yeux caustique aux gens simples qui (sur)vivent sur ces territoires. Malheureusement l'autodéfense intellectuelle contre le front a perdu de sa vigilance et de sa combattivité, Ras-le-front - créé en 1990 - a été dissout en 2008 et seuls quelques collectifs subsistent afin de diffuser des analyses et des informations fiables sur les agissements des activistes d'extrême-droite - tant sur leur territoire qu'au niveau national. (http://www.raslfrontrouen.com/).

C'est cette prise de conscience salutaire que le cinéaste Lucas Belvaux a voulu encourager chez les français qui préfèrent les écrans aux essais. Avec son film "Chez nous", il apporte un éclairage très sensible sur les agissements de ce parti et des éléments de réflexion accessibles au plus grand nombre qui voudra bien se donner la peine d'ouvrir les yeux et d'activer ses neurones.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=246368.html

D'autre part, l'accueil réservé ce week-end aux 6 femens qui sont allées protester contre Marine Le Pen à Hénin-Beaumont - et au reporter-photographe qui les accompagnait - montre bien que la répression d'une simple contestation pacifique passe par les coups (une femen a reçu un coup de poing au visage) et la détention arbitraire. Les six femens ont été interpellées et le photographe qui faisait son travail placé en garde à vue dans des conditions floues - sans que son agence puisse avoir de ses nouvelles. L'intimidation est l'apanage des pouvoirs totalitaires qui ne supportent pas d'être contestés. Déjà visée par deux femens la semaine dernière lors d'un meeting, Marine "marchande de haine" s'était déjà drapée dans sa dignité en se prétendant la seule candidate défendant les droits des femmes (qui occupent 3 lignes dans son programme, mais surtout pour stigmatiser les musulmans). Le principal droit qu'elle semble leur reconnaître est celui d'être soumises et de se taire...
Restons donc des femmes en résistance - vigilantes, actives, solidaires et informées ! Pour faire reculer le front, travaillons à faire reculer l'ignorance et à faire découvrir toutes les cultures. Remettons l'éducation pour toutes et tous au cœur de nos priorités sociales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/23/un-photographe-et-des-femen-interpelles-a-henin-beaumont_5115891_4854003.html

Rédigé par Olympe

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