Publié le 15 Avril 2010

La dernière fois je terminais en mentionnant un article où il est question de l'obscurantisme sexiste encore très présent dans notre 21ème siècle, j'y reviens parce que cette question a traversé en filigrane cette journée riche d'échanges. Dans tous les cas il impose ou tente d'imposer sa loi aux femmes par la force ou la coercition, et il est encore plus violent quand il se drape dans une religion qui se prétend outragée...

 

Le sourire éclatant de Darina al-Joundi n'est pas le sourire convenu des femmes qui remplissent les magazines pour nous vanter tel ou tel bien de consommation sans lequel nous ne saurions être heureux. Le sourire de Darina irradie d'une énergie intérieure qui alimente son bonheur d'être une femme libre et vivante. Elle a payé au prix fort et avec intérêts sa liberté de penser et de dire les choses telles qu'elle les pense, sa liberté de vivre sa vie telle qu'elle l'entend et de ne laisser personne choisir à sa place. Parce qu'elle a dit "non" à un système qui broie les femmes et les consciences, elle a été embastillée. Pour s'être opposée à une tradition patriarcale écrasante, elle a manqué perdre sa vie. Mais Darina est une femme de paroles, de tous ses maux mis en mots elle a tiré un livre bouleversant qui est devenu un spectacle. Spectacle que son talent et sa longue expérience de comédienne lui permettent de jouer avec bonheur. Jouer le rôle de sa propre histoire l'autorise sans doute à prendre de la  distance et à faire surgir, entre le rire et les larmes, des émotions et des interrogations qui nous concernent tous et toutes.

 

Le livre, écrit avec Mohamed Kacimi, est publié chez Actes Sud, et les dates du spectacle sont sur le site http://www..lejourouninasimoneacessedechanter.com

 

S'entretenir de la liberté de paroles des femmes avec Darina nous a amené à évoquer une autre femme libre qui paie aussi fort cher sa liberté, il s'agit de Taslima Nasreen qui vient de publier "Libres de le dire" avec Caroline Fourest. Elles étaient invitées des matins de France Culture la semaine dernière pour mettre en lumière, trop brièvement, les violences morales et physiques qui s'exercent quotidiennement sur des millions de femmes, sous couvert de traditions culturelles ou pour des motifs religieux.

Récemment plusieurs centaines de milliers de fanatiques se sont rassemblés pour protester violemment contre les prises de position de Taslima sur la burqa. Ils voulaient sa tête. Comment et pourquoi les paroles d'une femme seule peuvent provoquer une telle cristallisation de violence ? Qui a intérêt à l'attiser ? Comment peut-on encore brûler les livres (et leurs auteurs) à cause des mots qu'ils contiennent ? L'inquisition religieuse et le fascisme ne quitteront-ils donc jamais l'antichambre de notre humanité ? Ces pays qui se veulent pourtant démocratiques ont bien du mal à enseigner la tolérance à leurs citoyens. Le libre arbitre et la liberté de conscience n'y sont pas assez fortement posés comme la pierre angulaire d'un système toujours perfectible. Mais ne nous y trompons pas, en Europe nous ne sommes pas non plus des modèles du genre puisque nous avons tendance à oublier de faire usage d'un droit que nos aïeux ont conquis avec difficulté, celui de voter pour contribuer à l'amélioration du vivre ensemble sur nos territoires. Notre indifférence apathique diffuse un venin mortel dans ce que nous pensons encore être des modèles républicains. Pour qui au fait ?

Aujourd'hui Taslima connaît l'exil sans savoir où il la mènera, si peu nombreux sont les pays à lui offrir refuge.

(écouter son interview sur France24 ici :

 www.france24.com/en/20100409-narine-author-free )

 

Ce serait l'honneur de la France qui s'enorgueillit si souvent d'être la patrie des droits de l'Homme de devenir réellement celle des droits des femmes et de l'accueillir avec force aux yeux du monde. (L'actuel président n'a-t-il pas fait une déclaration en ce sens au début de son mandat ?) Je préfèrerai que mes impôts servent à assurer sa protection plutôt que celle des villas de la cité Montmorency à Paris où vivent quelques (très) riches privilégiés sous la surveillance aussi pourtant de nombreuses caméras et de plusieurs gardiens. Je ne sache pourtant qu'ils soient sous la menace d'une fatwa...(quoique ?) mais peut-être de quelques paparazzi à l'affût de leur vie privée...

 

Il est urgent aussi de nous rappeler que la démocratie ne peut croître et embellir que dans des états où le fait politique et le fait religieux sont clairement séparés et où le droit de tous et les croyances de certains ne sont pas mêlés. Un état qui garantit la liberté de conscience met toutes les religions à égalité dans le domaine de la vie privée et permet à tous (et à toutes) d'en avoir une ou pas à condition que ses convictions personnelles ne portent pas entrave à celles des autres et à leur liberté des les vivre au quotidien.  

Il est grand temps que la société française et même européenne se positionne clairement sur ces questions et cesse de tergiverser avec les adversaires de la laïcité, leur donnant aujourd'hui les armes qui lui permettront de la battre demain.

 

Pour finir plus sereinement je vous recommande d'aller voir le travail de Gisèle Didi à la galerie Nicy, 40 rue de la Tour Maubourg à Paris (9) (jusqu'au 18 mai du lundi au vendredi de 13h30 à 19h30)

 

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Dans cette série intitulée "J'aime, J'aime pas", Gisèle brandit sa liberté de femme de paroles et d'images pour composer un ensemble graphique très sensible à partir de ses coups de gueule et de ses coups de coeur. Elle s'interroge sans tabou sur ce qui la fait vibrer aimer bouger avancer... mais aussi sur ce qui l'inquiète, l'empêche et l'effraie dans ce monde (é)mouvant magnifique mais trop souvent barbare qui nous accueille notre vie durant. C'est plein de légèreté, mais aussi de profondeur, et je rêve d'un monde où toutes les femmes auraient la possibilité de se livrer en toute liberté et avec bonheur à ce jeu du "J'aime, J'aime pas"... sans mettre leur vie en danger.

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Publié le 7 Avril 2010

C'est la question du portrait photographique que je voulais aborder aujourd'hui, mais l'actualité des ces derniers jours a bousculé mes projets. J'y reviendrai plus tard.

 

Si j'ai mis un point d'interrogation à mon titre, c'est suite à deux rencontres faites hier et avant-hier. La première est celle d'Adrienne Yabouza qui est venue à l'atelier pour participer à mon projet.

 

 

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Adrienne vit à Bangui, en République Centrafricaine. Sa rencontre avec Yves Pinguilly il y a quelques années dans les rues de Bangui a changé sa vie. Enfant, son avenir lui a été en grande partie volé lorsque son père ne l'a pas laissée aller à l'école au delà du CE2. Elle a du alors s'occuper de ses plus jeunes frères et soeurs qui n'avaient plus de mère. Plus tard, son père l'a mariée, lui dessinant un destin sans choix, ponctué de souffrances et de difficultés quotidiennes. Adrienne a eu 5 filles avant de perdre son mari. Et là-bas, quand une femme perd son mari, elle perd tout. La belle-famille vient récupérer tout ce qu'elle peut dans la maison, vidant souvent le compte en banque du défunt s'il en a un.  Pratiquant la coiffure, Adrienne s'est battue jour après jour pour nourrir ses filles et les envoyer à l'école, échappant de justesse à la mort lors des mutineries qui ont ensanglanté le pays au début du millénaire. Si Adrienne vous dit que sa plus jeune fille de 15 ans "fréquente", ne vous y trompez pas, ce n'est pas qu'elle a un galant mais qu'elle va à l'école. Même si elle a été pour sa part privée d'école, Adrienne parle plusieurs langues africaines en plus du français qui est la langue officielle de son pays. Et les langues d'Adrienne ont trouvé à se délier bellement et justement en compagnie d'Yves, avec lequel elle vient de terminer l'écriture d'un troisième roman qui sera prochainement publié. Ses histoires puisent dans la sienne, celles de ses amies et connaissances, dans le quotidien de son pays et dans les relations parfois troubles entre la France et l'Afrique. Je ne peux que vous recommander de commencer par la lecture de " La défaite des mères ", édité par Oslo (distribué par Pollen). Vous y découvrirez des vies de femmes souvent difficiles, mais contées avec beaucoup d'humour et sans misérabilisme. Ce qu'Adrienne voudrait voir se développer aujourd'hui, c'est davantage la solidarité entre les femmes, surtout les plus pauvres et illettrées qui manquent d'occasion de se regrouper pour contribuer à chasser la misère de leur pays. Car d'idées elles ne manquent pas pour cela, et elles comptent bien s'en mêler, n'attendant pas "qu'on vienne les sauver". Hier, Adrienne portrait une robe taillée dans "un pagne du 8 mars". C'est une tradition dans quelques pays d'Afrique centrale d'imprimer des tissus chaque année pour cette journée des femmes. Les hommes sont requis de l'offrir à leurs femmes ce jour-là ! L'imprimé est couvert de belles déclarations d'intentions que l'on aimerait voir mises en pratique ou respectées...


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BlogJIF-2-2010

 

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Quand à ma seconde rencontre... après avoir vu "Fleur du désert" hier soir au cin'hoche de Bagnolet, j'ai assisté au débat qui a suivi. Ce film de Sherry Hormann est tiré du roman de Waris Dirie. Waris n'était âgée que de 3 ans lorsqu'elle a été excisée et infibulée par une matrone dans le désert somalien. Pour elle, c'est ce jour-là qui a changé sa vie ! Cette pratique d'un autre âge est encore infligée à de nombreuses fillettes aujourd'hui. Malgré cette souffrance indicible avec laquelle elle devait vivre quotidiennement, Waris avait un caractère bien trempé et sans doute une soif de liberté peu commune puisqu'à 13 ans elle va s'enfuir seule dans le désert pour rejoindre une grand-mère inconnue à Mogadiscio, plutôt que d'épouser un "vieillard" attiré par sa grande beauté. Elle survit à ce dangereux périple et se retrouve un peu plus tard bonne à tout faire à Londres, dans la famille de l'ambassadeur de Somalie. Je vous laisse découvrir la suite, avec le livre ou le film - parfois glamour car Waris va devenir mannequin et mettra sa notoriété au service de la lutte contre l'excision en tant qu'ambassadrice de l'Onu, glamour mais aussi très poignant.

 

warisaube


Pour en savoir plus sur ces pratiques et sur la situation des femmes africaines, vous pouvez lire aussi  "La parole aux négresses" d'Awa Thiam, un livre qui m'avait bouleversée quand j'étais jeune fille, et qui a contribué à l'époque à me faire prendre plus largement conscience des différences dans la condition féminine à travers le monde.

Pour animer le débat, deux femmes de l'association "Femmes solidaires" (on y revient)...

"Femmes Solidaires est un mouvement féministe, reconnu mouvement d’Education Populaire et bénéficiant d’un statut consultatif spécial auprès des Nations Unies. L’association défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité pour les droits des femmes, de paix et de liberté. cf son magazine "Clara". Elle est née des comités féminins de la Résistance en 1945. Elle est aujourd’hui présidée par Sabine Salmon qui anime un collectif d’environ 70 femmes représentantes des lieux d’implantation." (source http://femmes-solidaires.org/)

 

Simone et Aïcha (qui a fondé une association contre l'excision à Djibouti il y a déjà longtemps) vont ensemble sur le terrain pour tenter de convaincre les parents de cesser ces pratiques barbares sur leurs fillettes. Cela demande du courage à ces parents, celui de s'ouvrir à la modernité en allant contre les traditions de leurs communautés - surtout dans les campagnes - et de faire de leurs enfants des êtres "à part", du moins pour le moment. Pour soutenir et accompagner ces fillettes et leurs parents, Femmes solidaires propose des marrainages financiers pour des enfants d'Ethiopie. Ils sont soumis à la condition qu'elles soient envoyées à l'école, ce qui non seulement leur ouvre des portes pour l'avenir, mais les reconsidère aux yeux de leurs pairs. N'hésitez pas à contacter Femmes solidaires  si vous souhaitez devenir marraine. Il y a sûrement quelque chose dont vous pouvez vous passer sans trop de peine pour financer l'école d'une de ces fillettes. (http://femmes-solidaires.org/spip.php?article61)

Pour conclure, ça devient long, j'ai envie d'écrire maintenant " Femmes solidaires ! " sur les chemins de la vie et de la liberté...

et j'ajoute un lien vers cet article publié par le journal Le Temps à Genève pour vous rappeler que l'obscurantisme sexiste est partout à combattre, il est toujours prêt à renaître...

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d7074bbc-40f2-11df-9212-43b8b8430160/La_police_religieuse_sévit_dans_les_bus

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