Publié le 24 Novembre 2010

En ce 25 novembre, je voudrais vous inviter à nourrir des échanges avec votre entourage professionnel, amical ou familial autour de ces questions afin de faire reculer ces violences. Je constate trop souvent que les débats liés au féminisme, aux droits ou aux problèmes des femmes sont presque exclusivement féminins, il est important pourtant d'y impliquer les hommes qui sont généralement partie prenante dans ces questions - ne serait-ce qu'indirectement ou par le simple fait qu'ils sont majoritaires chez les législateurs...

 

Vous trouverez différentes pistes de réflexion dans le livre :

"Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes

Souvenirs, Monologues, Pamphlets et Prières"

sous la direction d'Eve Ensler et Mollie Doyle paru aux éditions des femmes en 2009.

 

Des textes souvent poignants pour ne pas oublier que nous faisons globalement partie des "chanceuses" qui ont accès à l'éducation et à la liberté de construire sa vie, et qu'il reste un immense travail à faire pour que nous soyons chaque jour plus nombreuses à y avoir accès.

 

La respect de l'autre et la non-violence se construisent dès l'enfance, et s'entretiennent tout au long de la vie.

Les jeux, les livres, les films, les activités culturelles ou de loisirs auxquels sont confrontés les enfants jour après jour - et les idées qu'ils véhiculent - contribuent à dessiner leur vision du monde et des autres et leurs comportements d'adultes...

Penser et bâtir leur éducation est le rôle des adultes. Ne le prenons pas à la légère et donnons leur chaque jour les mots qui tiennent les maux à distance ! Trop souvent ils réglent les conflits par la bagarre, déjà au détriment des petites filles et des plus faibles... mais cela leur semble souvent être aussi le modèle des adultes.

 

Nous vivons dans une société schizophrène qui par tous ses médias diffuse - voire même exalte -  violence et pornographie dans le cadre de l'information, des "loisirs" et de la publicité mais les réprime plus ou moins fortement dans la réalité.  

 

A chacun de penser et partager ce qui fonde sa propre humanité, de poser ses limites en la matière, mais n'oublions pas que les premières victimes des violences (physiques ou sexuelles) sont le plus souvent les femmes et les enfants et que notre liberté ne nous autorise pas à contraindre le corps de l'autre.

 

Mais cessons de nous poser en victimes, agissons pour que cela change au quotidien !

Par exemple, exigeons de la publicité et des médias en général qu'ils modifient leurs usages des corps féminins de plus en plus réifiés et malmenés, et toujours offerts en patûre aux regards masculins. On attise constamment leur désir de manière virtuelle, pour mieux leur reprocher ensuite de ne pas savoir le maîtriser ou de se laisser déborder par ces pulsions avec  lesquelles on a joué. Le désir et les pulsions sont les ressorts de la publicité (comme de la sexualité) qui en joue habilement pour provoquer des pulsions d'achats. Et au final elle génère aussi beaucoup de frustration...consumériste ou sexuelle. Frustration que certains n'apprennent pas non plus à gérer.

Pas si simple de construire une société à la fois émancipée, libre et respectueuse, surtout quand tout, même le corps de l'autre (surtout celui de la femme) est un enjeu de pouvoir ou de lucre. J'y reviendrai en abordant les débats actuels autour de la prostitution et du combat des abolitionnistes, mais en attendant je vous invite à visiter le site

http://www.contreleviol.fr/

qui vient de mettre une pétition en ligne pour faire reculer ce fléau et changer le regard que la société porte dessus.

 

Et je vous laisse méditer avec Gandhi :

" La non-violence est la loi de notre espèce comme la violence est la loi de la brute."   

 

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Rédigé par opium

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Publié le 11 Novembre 2010

Cette question posée par l'Antigone d'Henry Bauchau me semble terriblement d'actualité. J'avais envie de continuer avec Antigone car son histoire a tissé un filigrane aux rencontres faites ces dernières semaines, et aux questionnements qu'elles ont déployés.
Anna, qui vient d'Iran et connaît bien les violences qui sont faites aux femmes là-bas, m'a rappelé que derrière Sakineh ce sont des dizaines de femmes et parfois même de petites filles qui attendent d'être lapidées... Il faut donc éviter de se focaliser uniquement sur le sort de Sakineh,(même s'il reste exemplaire) mais bien lutter contre tous les châtiments corporels infligés aux femmes en Iran et ailleurs sous couvert de religion, de traditions ou de domination masculine, les premières servant bien souvent de couverture plus ou moins acceptable et légale à cette dernière.

Le différentialisme semble faire tâche d'huile aujourd'hui dans les milieux intellectuels et politiques occidentaux et fissurer gravement la digue que la déclaration des droits de l'homme de 1948 voulait opposer aux barbaries que des hommes sont toujours prêts à faire renaître pour défendre leurs soit-disant valeurs, leurs idéologies ou leurs prétentions territoriales ou religieuses. (qui dissimulent souvent à peine des intérêts économiques en incitant à ou justifiant des meurtres "justes")

"D’entrée de jeu, il est ainsi précisé que les trois principes fondamentaux dans une société démocratique que sont l’égalité entre citoyens, la lutte contre le racisme et la xénophobie, et l’égalité de l’homme et de la femme, « ne sont effectivement pas absolus, ils coexistent avec d’autres principes, ce qui parfois entraîne la nécessité d’une mise en balance. ». in Les assises de l’interculturalité (ou la négation de l’universalisme laïque au profit du différentialisme culturel)

ça se passe en Belgique qui flirte avec les accommodements dits " raisonnables " déjà mis en oeuvre au Québec , pour en savoir plus consultez le site :

 http://www.le-rappel.be/FR/spip.php?page=article&id_article=173

 

Ne nous trompons pas, cette pensée différentialiste ne nous conduira pas à une plus grande liberté ni à une plus grande égalité universelles, mais à la justification de discrimination de certains - et surtout de certaines sous différents prétextes qui nous conduisent en premier lieu petit à petit à la caducité de la notion d'universalité des droits de l'homme - en nous renvoyant vers un certain obscurantisme intellectuel.

Depuis Platon, la pensée humaine a tendu, non sans soubresauts, vers une conscience autonome douée d’esprit critique. Condorcet en faisait déjà une très belle analyse dans son " Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain ". Sa pensée a nourri près de 3 siècles de combats vers une émancipation des humains qui se voulait universelle. Lui même a payé de sa vie la force de ses engagements, il était un des seuls hommes de son époque à prôner l'égalité des hommes et des femmes dans la citoyenneté.

Le différentialisme autorise les tenants de pouvoirs ou d'idéologies coercitives à faire entendre et imposer leurs points de vues en dehors de leurs propres frontières ou zones d'influence et à les faire entrer dans les législations nationales des pays qui se veulent démocrates et "tolérants". Mais cette tolérance ne devient-elle pas schizophrène lorsqu'elle autorise l'émergence des facteurs de sa propre destruction ?

 

Le socle commun qui a permis à l'Europe de vivre en paix depuis 60 ans, et aujourd'hui ayons une pensée pour les 10 millions de morts de la guerre 14 - est aujourd'hui sérieusement attaqué. Partout les religions font pression sur les gouvernements... L'exemple de l'allégeance obligée de Dilma Rousseff à l'église catholique au Brésil récemment met un bémol à son pouvoir réel. Je vous rappelle que l'avortement est toujours interdit au Brésil et apparemment pas près d'être légalisé !

La science aussi est attaquée de partout, le créationnisme a aujourd'hui voix au chapitre dans certaines écoles européennes qui ne savent plus faire la part de la science de celle de la croyance. Le monde se débat toujours entre l'obscurantisme et les lumières...Et aujourd'hui on a tendance à confondre la modernité avec le modernisme. Ce modernisme qui, en fournissant des objets techniques sophistiqués à tous, a permis à ces hommes qui lapidaient une fillette dans la rue de filmer sa mise à mort d'une main avec leurs téléphones portables pendant qu'ils lui jetaient des pierres avec l'autre...

Ce film insoutenable m'a été transmis récemment par courriel. Il est trop affreux pour circuler sur internet sans médiation. Sa source n'est pas non plus identifiable, mais les images enregistrées ne laissent pas de doute sur la barbarie de l'acte même si les causes, lieux et conséquences nous restent inconnus.

Devant ces images terribles, j'ai à nouveau envie de crier avec Antigone. Et avec elle "Je me mets à haïr tous ces mâles, avec leurs corps et leurs pensées sauvagement tendues vers le meurtre"

 

Cet article est un peu sombre, mais je voulais aussi vous parler pourtant de "Nino's place", le documentaire de Léa Rapin et Adrien Selbert que j'ai vu récemment.

( visible ce soir à 20h au Nouveau latina.)

Ces deux jeunes auteurs ont appris le bosniaque avant de tourner ce documentaire sur les mères qui continuent à chercher les restes des corps de leurs hommes disparus après la chute de Srebrenica. Quinze mille hommes, parfois encore de jeunes garçons ou des hommes déjà âgés, sont partis en colonnes vers les territoires libres, ils sont nombreux à avoir été attaqués et massacrés sur leur route. L'association des femmes de Srebrenica, fondée par Harja Catic, poursuit ses recherches pour, telles des Antigone modernes, donner une sépulture aux restes souvent disséminés de leurs fils, maris, pères ou frères disparus...

"Je ne puis supporter l'idée de ces corps abandonnés sans sépulture, dont les âmes vont demeurer errantes parmi nous."

On revient au courage des mères dont la barbarie des hommes mutilent indéfiniment la vie et à laquelle elles savent si peu s'opposer.

 

La prochaine fois je vous parlerais de Pénélope, des femmes qui  attendent et de  celles qui aiment les hommes...

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Rédigé par opium

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