Publié le 30 Avril 2013

En cette veille de premier mai, c'est avec ces mots d'Olympe de Gouges que j'avais envie de réagir devant l'avalanche de mauvaises nouvelles concernant les femmes, un peu partout sur la planète et à différents titres, mais toujours au mépris de leurs droits et du respect de leur intégrité physique et/ou morale.

Que ce soit le libéralisme tout puissant - surtout dans les pays dits "émergents" , qui cause régulièrement des catastrophes comme dans la banlieue de Dacca au Bangladesh où 380 morts et des centaines de disparus viennent de payer de leurs vies l'insatiable goût du lucre de multinationales qui travaillent pour leurs actionnaires et souvent contre leurs fournisseurs voire même leurs clients. Des marchands de fringues occidentaux étaient clients de cette sweat-shop et promettent de dédommager "les victimes" (comme à Bopal ?) afin de se refaire une virginité devant leurs clientes.

Notre première responsabilité est là, celles qui ont la liberté et le pouvoir d'achat, cesser de consommer ce qui est produit "ailleurs" par l'exploitation sauvage de femmes pauvres (et d'hommes) nées sous d'autres latitudes... Dès qu'une marque voit son chiffre d'affaires baisser de façon significative (seuil de 15%), elle modifie ses comportements mis en cause (pour mieux connaître les pratiques sociales, managériales, financières ou autres de vos marques préférées, rv sur http://fr.transnationale.org , vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas qu'elles se comportaient comme des voyous).

Souvent aussi les ONG demandent notre soutien pour faire bouger les choses, comme Peuples solidaires avec cette pétition pour pousser Samsung à améliorer les conditions de travail des ouvrier(e)s dans ses usines chinoises...

Vous êtes ravis de votre androïd ? faites un geste pour soutenir ceux qui les fabriquent !

Je signe l’Appel Urgent

Transnationales.org dispose de peu d'informations sur la famille Miuccia qui possède la marque Prada sur laquelle je voudrais revenir maintenant. Si les femmes les plus démunies sont soumises à des travaux sous payés au mépris du respect de leurs droits les plus élémentaires (les portes des usines mal ventilées et mal sécurisées sont souvent bouclées ou gardées par des hommes armés, contrôles abusifs qui multiplient les morts en cas d'accidents), les femmes des pays "développés" sont soumises par le matraquage publicitaire omniprésent. Elles doivent à tous prix cultiver le consumérisme et l'obsession de leur apparence qui les conduira à multiplier les achats de vêtements, "accessoires", cosmétiques, chirurgies esthétiques ou magazines en faisant la promotion... Manipulé à l'infini leurs corps reste, encore et toujours, le nerf de la guerre. Et à ces injonctions plastiques, celles qui dérogent sont punies, dévalorisées ou mises à l'écart. Comme au Japon où cette employée de Prada a été licenciée par la marque en question. L'affaire est résumée sur le site de change.org qui héberge la pétition pour défendre Rina

Rina était responsable des ventes de Prada au Japon. Lorsque son patron lui a ordonné de licencier plusieurs employées parce qu'elles étaient "vieilles, grosses, laides, répugnantes" ou qu'elles "n'avaient pas le look Prada", Rina a protesté et a été congédiée. Prada la poursuit maintenant en justice et lui demande plus de 500.000 euros pour avoir nui à l'image de la marque.

Cliquez ici pour signez la pétition d'Ayako demandant à Prada de retirer sa plainte contre Rina Bovrisse.

Suite aux cas de discriminations qu'elles ont observés au sein de l'entreprise, Rina et d'autres employées ont décidé de déposer une plainte contre Prada pour "discrimination basée sur l'apparence" et "harcèlement" des employées de sexe féminin. Mais en 2012, un juge de Tokyo a déclaré que ces discriminations étaient "acceptables pour une marque de mode de luxe", et qu'une employée avec un salaire élevé devait pouvoir supporter un certain niveau de harcèlement.

Prada demande maintenant à Rina plus d'un demi-million d'euros pour avoir dénoncé ces discriminations.

Ayako, une citoyenne japonaise a lancé une pétition pour aider Rina, car pour elle, cette situation est inacceptable. Elle pense que si nous permettons à une société comme Prada de harceler des personnes comme Rina, beaucoup d'autres femmes auront peur de signaler les discriminations dont elles sont victimes.

Ayako veut montrer à Rina qu'elle n'est pas seule. Cliquez ici pour signer sa pétition demandant à Prada de ne plus harceler Rina et d'abandonner les poursuites à son encontre.

Après les désastres d'un monde qui ne pense la valeur qu'en terme financier, je termine avec le très inquiétant rapport du groupe genre du Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme sur le sort des femmes et fillettes syriennes, victimes d'abus et de violences insoutenables au coeur d'un conflit qui s'éternise.

27 avril 2013

Le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme (REMDH) suit avec beaucoup d’inquiétude et de préoccupation les violations graves des droits des femmes et des filles en Syrie, en particulier celles qui ont été déplacées à l’intérieur du pays, et les réfugiées dans les pays limitrophes.

D’après les témoignages recueillis auprès de militantes de défense des droits humains, les Syriennes que ce soit en Syrie ou dans les camps de réfugiés subissent viols, mariages forcés ou de « plaisir » y compris de mineures, crimes d’honneur suite à des violences sexuelles après des incarcérations et des tortures dans les geôles syriennes. Ces crimes se passent dans le silence le plus total que ce soit de la part de l’Etat syrien, des pays voisins et des institutions internationales. Ils sont perpétrés par l’armée ou les services de renseignement syriens, par des milices armées mais aussi par des ressortissants de différents pays, qui viennent acheter des mineures dans les camps de réfugiés. Les petites filles et les femmes de tout âge sont victimes de toute forme de sévices, de l’assassinat au kidnapping à la répudiation. Les défenseuses des droits humains sont particulièrement visées.

A ces atrocités s’ajoutent les conditions extrêmement précaires des femmes qui assument très souvent seules la responsabilité de leurs enfants (les maris, les pères, les frères sont soit détenus, soit disparus, soit décédés). Elles manquent de tout : de soins médicaux, de médicaments, de nourriture, d’eau, d’électricité, ne bénéficient d’aucun traitement pour éviter des grossesses non désirées ou d’éventuelles maladies transmises suite aux violences sexuelles.

Face à cette situation très alarmante, le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme condamne les violences contre les femmes dans toutes les circonstances. Le REMDH appelle à cesser les violences et les abus sexuels à l’encontre des femmes et des enfants, en particulier des filles, lors du conflit armé et dans les camps de réfugiés.

Le REMDH exige de la Syrie mais aussi des pays accueillant les réfugiées syriennes, l’application de leurs engagements internationaux concernant les droits humains. Il demande à la communauté internationale de faire respecter les résolutions des Nations Unies en particulier la déclaration des Nations Unies sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes du 20 décembre 1993, la convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes (CEDEF/ CEDAW) du 18 décembre 1979 et son protocole facultatif et la convention des Nations Unies sur les droits de l‘enfant du 20 novembre 1989[1].

Le REMDH incite la Syrie et les Etats concernés ainsi que la communauté internationale à prendre toutes les dispositions nécessaires pour mettre fin au conflit syrien et à prendre des mesures pour:

- mettre fin aux violations graves et répétées des femmes et des filles syriennes;

- agir d’urgence afin d’améliorer de façon durable la situation des femmes et des enfants réfugiés ou déplacés, sur le plan humanitaire et économique ;

Le REMDH souligne la responsabilité de tous les Etats afin que soient menées les enquêtes indispensables sur ces violations et pour mettre fin à l’impunité. Les auteurs responsables de ces crimes relatifs aux violences sexuelles contre les femmes et les filles comme le viol, les abus sexuels les mariages forcés doivent être poursuivis.

Le REMDH demande à ce que les femmes qui sont ou ont été victimes de violences puissent porter plainte devant les tribunaux ou la cour pénale internationale dans des conditions compatibles avec leur dignité et que leur protection soit assurée.

Enfin, le Réseau Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme demande à ce que des moyens soient mis en œuvre pour la mise en place de programmes permettant la reconstruction, la réinsertion économique, sociale et psychologique des survivantes de ces violences, en particulier les petites filles.

[1] Ainsi que la convention des Nations Unies sur la torture et autres traitements inhumains et dégradants du 10 décembre 1984, la déclaration des Nations Unies sur la protection des femmes et des enfants en situation d’urgence et dans les conflits armés du 14 décembre 1974, en particulier son paragraphe 4, la résolution du Parlement Européen du 1er juin 2006, les textes établissant la cour pénale internationale adoptés en juillet 1998 et particulièrement les articles 7 et 8 et suivants, qui définissent le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée ou toute autre forme de violence sexuelle comme des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre si ces actes sont systématiquement perpétrés ou pas durant des conflits internationaux ou nationaux.

Plus que jamais, notre monde a besoin de femmes solidaires, rebelles et debout pour défendre l'universalité des droits humains - et ceux des femmes en particulier, plus souvent bafoués.

Aussi je vous invite à rejoindre les manifestations du 1er mai qui rassembleront demain partout en France, autour des différentes questions évoquées ci-dessus...

Manifestation du 1er mai à Paris

Départ 15h Place de la Bastille en direction de Nation
Bastille > rue du Faubourg-Saint-Antoine > Nation

Les syndicats seront suivis des associations (Femmes Solidaires, LDH...) puis des partis politiques

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Rédigé par Olympe

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Publié le 17 Avril 2013

Ce n'est pas parce que de mémoire d'homme elle a toujours existé que la prostitution ne devrait pas être abolie dans les sociétés modernes qui défendent l'égalité femme/homme et le respect de l'altérité et de la dignité humaine.

C'est pour vous proposer de réfléchir à cette question avec les associations abolitionnistes, que j'ai écrit ce billet

A l'origine (encore pour la plupart d'entre nous) de nos existences, ombre et lumière de nos errances, de nos bonheurs et/ou de nos tourments le sexe est un sujet sensible et central dans presque toutes les civilisations. Encadré et codifié par les croyances, les tabous et les lois qui ont depuis des siècles élaborés différents types de rapports à l'autre et entre les sexes, son commerce est devenu, avec l'essor de la mondialisation, un enjeu financier considérable. L'accès à des marchés légitimes dans lesquels le commerce du sexe pourrait se prévaloir des lois favorisant une concurrence "libre et non faussée" fait entrevoir des profits encore bien plus grands en élargissant l'offre et décomplexant la demande. Pour ceux-là, vendre le corps des femmes ne pose aucun problème d'éthique, il est si facile d'instrumentaliser un pseudo consentement. La coercition ou la misère sont depuis longtemps les principaux outils d'un système prostitueur qui n'est pas décidé à se laisser abattre par le mouvement abolitionniste qui se développe en France et dans d'autres pays d'Europe. La bioéthique a eu en France la sagesse d'interdire le commerce du sang ou des organes (on peut constater les conséquences de la misère ou de l'avidité du "marché" dans les pays où ils se pratiquent), on espère qu'une même réflexion sur la dignité humaine irrigue les débats sur l'abolition de la prostitution. Elle est réclamée par un collectif d'associations qui se sont réunies samedi dernier à Paris, soutenues par des intellectuel(le)s et des femmes et des hommes politiques. Tous sont décidés à défendre ces sans-voix - et souvent sans visage, que sont les prostituées, à 95% des femmes, qui vendent l'accès à leur sexe à des clients que certains défendent au prétexte de "misère sexuelle" ou de "plus vieux métier du monde"...

cf le rapport publié par le mouvement du nid en 2010 :

"La prostitution une violence sans nom",
et le site très richement documenté de son magazine :

http://www.prostitutionetsociete.fr/


Si pour tous ceux-là il ne fait pas l'ombre d'un doute que la prostitution est bien une immense violence faite aux femmes depuis des siècles, ils ont fort à faire pour sensibiliser une opinion publique à laquelle les réalités de ce monde marginal échappent totalement et qui se donne bonne conscience en posant la prostitution comme l'exutoire incontournable d'une sexualité masculine. Sexualité qui aurait ses impératifs auxquels un petit groupe de femmes devrait être sacrifié pour "protéger les autres" de ces assauts intempestifs et incontrôlables ! (les hommes qui prétendent encore un peu partout dominer la marche du monde ainsi que le sort des femmes seraient donc incapables de se contrôler eux-mêmes ?)

D'autre part se dessinent aujourd'hui les contours de groupes de pression qui prônent la légitimation d'un travail "comme les autres" afin de pouvoir jouir sans entrave d'un buiseness extrêmement lucratif. Ils espèrent des profits bien plus grands encore lorsqu'il aura été adoubé par une doxa ultra libérale qui cautionne la marchandisation de tout, y compris du corps des femmes. Cette légitimation aurait en plus l'avantage d'officialiser la prise en charge de ses "dommages collatéraux" par la société qui se trouverait dans l'obligation de faciliter l'exercice de cette profession dans le respect du droit du travail et de la libre concurrence... ( cf le cas de la ville de Dortmund qui, en voulant interdire la prostitution dans un quartier précédemment autorisé, s'est vue attaquée en justice par une femme qui se disait privée de son lieu de travail - et qui a gagné son procès...) Le Strass aussi milite pour une règlementation pour les travailleurs du sexe. Composé d'une majorité d'hommes, on peut s'interroger sur la légitimité de ce syndicat qui vise une reconnaissance professionnelle à parler au nom de milliers de femmes. Victimes de la traite est/ouest ou sud/nord, la majorité des prostituées est sans visage, sans parole, et souvent sans papier...
Les abolitionnistes luttent contre les réseaux maffieux et le proxénétisme mais prônent en même temps la défense et l'assistance aux victimes de la prostitution.


cf l'article sur Christine le Doaré, ex présidente féministe du Centre LGBT,
conspuée par une minorité de ses troupes en désaccord avec elle sur la question de l'abolition  

http://www.prostitutionetsociete.fr/eclairage/mouvement-lgbt-prostitution-la
 

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C'est pour unir leur force contre ce lobbying prostitueur que 54 associations - dont le Mouvement du nid, la fondation Scelles, Femmes Solidaires, la Clef, Osez le féminisme, Sos sexisme, Zéromacho et bien d'autres... ont formé le collectif "abolition 2012"  et organisé une rencontre le 13 avril dernier à la Machine du Moulin Rouge, salle de spectacles parisienne située justement au coeur du quartier "chaud" de la capitale.

Le collectif a invité élus et parlementaires à venir échanger points de vues et expériences pour faire progresser une prise de conscience citoyenne et humaniste qui permettra de faire voter un projet de loi visant l'abolition de la prostitution et la pénalisation du client. Loi courageusement adoptée par la Suède en 1999 alors que l'Allemagne et les Pays-Bas ont voté une légalisation qui visait l'encadrement de la prostitution mais a entraîné son explosion.


La valeur et l'honneur d'une démocratie se mesurent à sa capacité à faire respecter les droits humains de tous, y compris des plus fragiles et des plus démunis. Aussi nous devons nous mobiliser pour que ne soient pas occultés ceux qui vivent dans les marges de nos sociétés - sans-domicile, sans-papier, détenus, prostituées, handicapés et toutes personnes vivant dans des situations de précarité ou d'invisibilité sociale. Si la discrimination positive tente d'en valoriser certains et de faire tomber barrières et préjugés, elle ne s'est jamais intéressée vraiment au sort des prostituées qui est peu pris en compte dans les luttes contre les violences faites aux femmes.  

Et pourtant c'en est bien une, même si elle semble "compensée" par une rétribution financière. Dans son intervention, Françoise Héritier s'opposait à ce que la prostitution soit considérée comme un travail. Elle semble bien antérieure à l'invention même de la notion de métier, mais relève plutôt de la tradition patriarcale de domination masculine. Tradition qui a fait que pendant des siècles les corps des femmes ont généralement été placés sous la responsabilité d'un homme de leur clan (père, mari, frère, oncle ...). L'accès aux corps des femmes était strictement contrôlé dans la plupart des civilisations archaïques et traditionnelles et une agression sexuelle représentait donc un dommage pour son ayant-droit. Ce dol ouvrait droit à une compensation matérielle ou financière. Dans certains pays il est encore aujourd'hui proposé par le juge au violeur d'épouser sa victime en réparation de son acte - acte qui porte atteinte à l'honneur des hommes du clan. Le point de vue de la femme important peu, elle est sommée d'accepter sans mot dire - considérée comme souillée et déshonorée, elle ne représente plus qu'une charge pour les siens. Récemment des jeunes femmes n'ont trouvé d'autre alternative que le suicide pour résister à cette coutume patriarcale barbare.

Pourtant le viol a de longtemps été considéré comme une ignominie de la part d'un homme civilisé. Déjà lorsque les Romains enlevèrent les Sabines que les Sabins leur avaient refusées en mariage, ils ne les épousèrent qu'avec leur consentement, les renvoyant - d'après Tite Live, à leurs pères en cas de refus.

Dans certaines civilisations de la Haute-Antiquité, la prostitution était sacrée et se pratiquait dans les temples. Elle était considéré alors comme une offrande et non stigmatisée comme les religions du livre le feront par la suite en développant la notion de péché. Toujours selon Françoise Hériter, la prostitution tarifée se serait probablement développée avec l'urbanisation qui bouleversait les schémas traditionnels, rassemblait des populations hétérogènes et nombreuses en des lieux confinés et brisait parfois les jeux d'alliances ancestraux.


Du latin prostituo - "mettre en avant, mettre en vente", le terme ne fait pas de détour pour qualifier la vente du corps des femmes. C'est sans doute parce qu'il s'agit en leur très grande majorité de corps de femmes, que cette transaction financière dans le but d'un rapport sexuel est encore tolérée dans de nombreux pays alors que presque tous se sont mis d'accord pour abolir l'esclavage (du moins légalement). Pourtant la condition de la prostituée est bien proche de celle de l'esclave, mais en multipropriété et exclusivement  à des fins sexuelles. La vie d'une prostituée se résume le plus souvent à la mise à disposition de son corps à des "clients" qui en abusent sans vergogne, recourant souvent aux insultes, aux humiliations et aux violences physiques. Vivant dans le vase clos d'un milieu qui les contrôle et mises au ban d'une société qui préfère ne pas les voir, elles sont rarement parties prenantes de la vie sociale ou citoyenne. Car ce n'est vraiment pas un "travail comme les autres" que de consentir à se faire violer plusieurs fois par jour par des hommes qui payent pour cela et inspirent presque toujours dégoût et répulsion. Il faut la violence ou la pression d'un proxénète le plus souvent, puis souvent la prise de drogues diverses qui permettent de supporter une telle aliénation de son corps et de sa vie, pour exercer l'activité de prostituée.
Activité qui s'accompagne d'une dégradation de l'image de soi qui, si elle n'avait pas été élaborée pendant l'enfance (inceste, viol ou violence diverses..), sera martelée jour après jour par le milieu qui brise ces femmes afin de mieux les exploiter. Viols à répétition ou collectifs sont fréquemment utilisés pour les casser au départ. La traite des femmes est le trafic le plus lucratif exercé par les maffieux du monde entier et ils ne reculent devant rien pour le préserver. Chantage, humiliations, viol, torture ou meurtre sont leurs moyens de contrôler les femmes isolées et affaiblies qu'ils ont déplacées sur les lieux de la prostitution.

 

En Amérique, l'association Les Survivantes s'est constituée de femmes qui ont réussi à sortir de cet enfer et à se reconstruire. Logement, travail, soins - physiques et psychiques, sont difficiles d'accès, bloquant la réinsertion sociale de femmes brisées que le corps social n'encourage pas et que bien peu d'élus proposent de financer.

Guy Geoffroy (UMP) et Danielle Bousquet (PS), membres du conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, sont d'ailleurs les premiers parlementaires à avoir pris la parole pour manifester leur engagement en ce sens et leur volonté de voir aboutir un projet de loi qui prenne tous ces éléments en compte : abolition, pénalisation du client, reconnaissance de la violence faite à ces femmes et mise en place de structures d'aide et d'hébergement dotés de réels moyens...

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Pour que cette loi aboutisse puis déploie toute son efficacité sur le terrain, elle aura besoin du soutien d'une large part de l'opinion publique. Il faudra mener un large travail d'information car aujourd'hui les médias se montrent plutôt complaisants sur ce sujet (cf mon article précédent sur Taddéi et Dédé la saumure...) par peur de passer pour "moralisateurs", et sans doute par méconnaissance des réalités de la prostitution...
Le réalisateur Hubert Dubois a raconté combien les témoignages de celles qui vivent la prostitution sont toujours biaisés, par la peur ou par la nécessité psychique de justifier ses actes. Il faut un long travail d'enquête et d'écoute pour obtenir des paroles vraies sur le sujet. Emmanuel Zemmour, président de l'Unef, syndicat étudiants qui se déclare résolument abolitionniste parce que féministe, a aussi mis en garde les pouvoirs publics devant la précarisation des étudiants qui en poussent certain(e)s vers une prostitution que les médias justement banalisent et enjolivent.  Quand à Yves Charpenel, premier avocat général à la cour de cassation et président de la Fondation Scelles, il a rappelé qu' "Il faut passer des intentions aux actes et s'intéresser de manières coordonnées aux victimes, aux trafiquants, et décourager la demande pour agir sur l'offre" - justifiant ainsi la pénalisation du client demandée par le collectif abolitionniste. 

 

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Les années soixante ont fait sauter de nombreux verrous d'une société petite bourgeoise étouffante et bien pensante. On a dénoncé le mariage comme un outil de domination masculine et les femmes ont revendiqué la liberté de disposer de leur corps, de leur esprit, de leur salaire, de leur vie... La pilule et l'avortement sont maintenant autorisés et disponibles - dans certains pays seulement. Ne nous y trompons pas, la domination masculine fourbit encore ses armes un peu partout pour conserver le contrôle du corps des femmes. Il y a quelques mois, l'Irlande a laissé mourir une femme que sa grossesse mettait en danger, et vite rappelée à l'ordre par la Vatican, n'a pas tenu sa promesse de modifier la loi pour autoriser l'avortement. La très catholique Pologne l'interdit également, ainsi que l'Allemagne qui autorise pourtant la prostitution...Pour avorter en Allemagne il faut avoir ce que l'état appelle "de bonnes raisons", et plaider sa cause devant différentes instances avec 2 avis médicaux favorables...

Parce qu'elle irrigue tous nos comportements conscients et inconscients, notre libido a été récupérée et instrumentalisée par la société de consommation qui en a fait un outil dérivé de promotion de son barnum. En manipulant nos désirs, nos fantasmes et nos frustrations, les marchands édifient des empires financiers qui s'effondreraient en grande partie si nous étions réellement des êtres libres et égaux - dans nos esprits comme dans nos corps. Femmes et hommes ! Toute un pan de ce que certains appellent le libertinage ou la liberté sexuelle s'édifie encore sur la liberté des hommes à disposer à leur gré du corps des femmes et à actualiser ou marchandiser leurs fantasmes et frustrations sociales et sexuelles. Une réelle liberté sexuelle ne peut exister qu'entre des êtres libres et désirants. Le sexe marchandisé est tarifé, exhibé, contraint... il permet la domination du client sur une femme qui ne s'y soumettrait pas sans y être obligée.


La prostitution n'a vraiment rien à voir avec la révolution sexuelle ou la liberté des femmes à disposer de leur corps. Elle est plutôt inféodée à un marché tout puissant qui en use à des fins très lucratives pour ceux qui détiennent les outils de production et qui vont fixer les conditions de travail de leurs employées dans les gigantesques bordels qui se sont ouverts en Allemagne ou à la frontière espagnole par exemple. Ces usines à sexe n'ont rien de commun avec les maisons closes où vécut Toulouse Lautrec au XIXème siècle, maisons "de tolérance" dont certains appellent la réouverture de leurs voeux. Le système marchand exploite une masse de femmes invisibles et sans droits, corps-véables à merci, un sous-prolétariat (elles n'ont même pas leurs enfants pour toute richesse contrairement aux prolétaires de la Rome Antique) que personne ou presque ne plaint ou ne défend. Ce ne sont pas leurs oppresseurs qui les libéreront de leurs chaînes, femmes, levez-vous, nombreuses, pour les aider à les briser et non à en réglementer la longueur comme certains voudraient le faire !

Au cours des débats, le témoignage des trois femmes rescapées qui ont parlé de leur expérience de la prostitution était accablant. Elles ont profondément touché un auditoire majoritairement féminin qui a ressenti intimement à quel point soumettre des femmes à la prostitution c'était à la fois s'accaparer leur corps et leur voler leur vie, les humilier de manière indélébile, fracasser leur humanité, leur esprit, leur sensibilité et toute promesse de bonheur...
(pour aller plus loin, vous pouvez lire "Putain" récit de la québecoise Nelly Arcand, ou le livre de Laurence Noël publié prochainement, dans lequel elle brise le silence où elle était murée depuis des années. Certain(e)s se souviennent peut-être aussi du très édifiant "Moi, Christianne F. 13 ans,droguée, prostituée" paru en 1979 et toujours disponible en librairie.)

 

A ceux qui pensent vraiment que la prostitution est un métier comme un autre je propose de faire un service civique de prostitution pendant 6 mois, payé au smic. S'ils sont assez nombreux, ils devraient suffire à éradiquer toute maffia prostitutionnelle. Je leur rappelle également que l'espérance de vie dans cette activité est d'environ 34 ans...


Enfin, à tous les hommes qui seraient pris de pulsions incontrôlables je prescris l'ingestion de bromure, et à ceux qui conjuguent leur sexualité  avec le respect de leurs partenaires je recommande de signer l'appel de l'association (masculine) Zéromacho contre la prostitution. En effet, en la matière aussi il serait temps que la honte change de camp et que les prostituées ne soient plus mises au ban de la société et leurs clients excusés avec bienveillance...

Les participants ont conclu l'après-midi par une marche de protestation jusqu'à la place Pigalle, rebaptisée pour l'occasion "Place de l'Abolition" !

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Je conclurai ce long billet avec ces très beaux vers d'Omar Khayyam  :

"Si ton âme, ton visage ou ta fortune, n’éblouissent pas la femme que tu désires, va te coucher. Tu rêveras peut-être qu’elle t’aime. "

 

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Rédigé par Olympe

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Publié le 6 Avril 2013

Quand Hannah Arendt écrit dans le NewYorker qu'Eichmann - dont elle a suivi le procès à Jérusalem en 1961 - n'était pas le monstre exceptionnel que tous auraient voulu qu'elle décrive afin de personnifier le nazisme, mais un homme ordinaire, dénué de haine particulière, qu'une incapacité à penser à rendu docile et obéissant aux ordres de sa hiérarchie administrative, elle s'est attiré les foudres - voire la haine, de ses pairs, du public et de nombreux rescapés de l'holocauste. Malgré la violence des attaques qui la visaient, elle a tenu bon et n'a pas dévié d'une pensée rigoureuse qui l'amenait à théoriser la banalité du mal.

Barbara Sukowa interprète magnifiquement le personnage d'Hannah Arendt dans le nouveau film de Margarethe von Trotta qui sortira sur les écrans français le 24 avril prochain et que je vous recommande tout particulièrement. Ce n'est pas si fréquent que le cinéma nous offre le portrait d'une femme puissante et nous invite à suivre son cheminement intellectuel loin de la frivolité et du glamour trop souvent accolés aux personnages féminins. En présentant son film en clôture du festival international de films de femmes de Créteil samedi dernier, sa réalisatrice nous expliquait que malgré sa notoriété et son expérience, elle avait mis 10 ans à trouver le financement pour faire son film, et elle invitait les femmes présentes à ne jamais baisser les bras devant les obstacles à la réalisation de leurs projets artistiques - pour les femmes c'est (presque) toujours plus difficile et plus long de se faire entendre, voir ou publier nous rappelait-elle...

 

voir la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=WTQNWgZVctM

 

Bien qu'important dans sa dimension historique, c'est bien l'actualité de la pensée d'Arendt que nous devons (re)visiter afin d'y soumettre les rouages du monde contemporain et le traitement que ceux qui détiennent les pouvoirs (financiers, économiques, industriels, militaires, politiques ou religieux... dans leur presque totalité des hommes..) infligent aux plus pauvres qui sont à 80% des femmes...

Je vous invite d'ailleurs également à lire cet article sur le forum social mondial qui vient de se tenir à Tunis et qui nous dit que la révolution sera féministe ou ne sera pas... C'est ce qui ressort aussi du livre de Djemila Benhabib précédemment évoqué. Partie à la rencontre de ceux qui ont mis dehors leurs dictateurs et fait les révolutions en Egypte et en Tunisie - et qui risquent aujourd'hui de s'en voir déposséder - elle brosse le portrait de citoyennes et de citoyens épris de liberté et d'égalité dans des pays où l'intégrisme religieux cherche à contrôler la société et en premier lieu le corps des femmes, aujourd'hui par une intimidation souvent musclée et par un chantage qui s'appuie sur la crédulité et la superstition de la grande masse de ceux qui n'ont pas eu accès à l'instruction qui permet à un être humain de développer une pensée libre et autonome. Elle appelle à un soutien fort et inconditionnel des démocrates arabes par les démocrates occidentaux afin que ces révolutions ne sombrent pas dans de nouveaux totalitarismes.

 

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2013/04/01/la-revolution-sera-feministe-ou-ne-sera-pas-echos-de-lassemblee-des-femmes-du-fsm-de-tunis/

 

Cette émancipation des pouvoirs en place (religieux ou politiques mais encore et toujours solidement étayés par la domination masculine) qu'autorise le développement de la connaissance et l'apprentissage de la pensée reste encore trop souvent interdite ou difficile d'accès aux femmes - que ce soit par la loi, la coutume ou la pauvreté (dont il est bien démontré à quel point il est improbable de sortir sans un accès à cette école émancipatrice justement) voire par la violence comme ce nouveau crime perpétré au Pakistan vient douloureusement nous le rappeler.
C'est parce qu'elle enseignait aux filles que
Shahnaz Nazli a été assassinée sur le chemin de l'école par un tueur à moto. C'est en réaction à cet acte barbare que l'internationale des enseignants (IE) nous invite à signer la pétition initiée par Gordon Brown, l’envoyé spécial des Nations Unies pour l’éducation.

 

http://educationenvoy.org/
 
Traduction du texte de la pétition : Endeuillé(e) par le meurtre de Shahnaz Nazli, une enseignante courageuse assassinée pour avoir voulu assurer le droit des filles à étudier, j’appelle le Président et le gouvernement du Pakistan à mettre fin aux meurtres et à la violence qui empêchent l'éducation des filles et à s'assurer que toutes les filles puissent aller à l'école et apprendre sans crainte. Nous demandons que toutes les filles et tous les enseignants et enseignantes  soient protégés et se sentent en sécurité pour jouir de leur droit fondamental à l’éducation. 

 

Nous devrions également faire pression sur nos gouvernements pour que l'argent des dépenses militaires pakistanaises soit transféré sur l'éducation des enfants (donc aussi l'émancipation des femmes), mais la vente d'armement leur est trop profitable pour qu'ils y renoncent sans que nous fassions nous aussi des révolutions dans nos pays afin de changer de modèle économique. (les marchés n'ont que les pouvoirs que nous voulons bien leur octroyer !). En effet si le FMI impose trop souvent des restrictions drastiques aux programmes sociaux (santé/éducation) des pays qu'il contrôle, les programmes militaires semblent trop rarement remis en question et la course aux armements loin de se ralentir...

 

Par ailleurs les sociétés capitalistes qui marchandisent tous les domaines de la vie humaine ont développé des stratégies de contournement de l'émancipation des femmes en en faisant des objets consentants à leur réification. L'hypersexualisation de la société qui s'est accrue depuis une vingtaine d'années y contribue à sa manière en dressant les petites filles de plus en plus jeunes à leur futur rôle d'objet sexuel pour lequel tous les ressorts de la séduction sont chargés d'occuper l'esprit et de vider le porte-monnaie en leur barrant l'accès à la pensée, au pouvoir et à la liberté.

Pour méditer sur cette question, vous pouvez aller au musée d'art moderne de la ville de Paris découvrir le travail de l'artiste anglaise Linder.

 

 

Jusqu'au 21 avril, cette première rétrospective française de son oeuvre nous en montre le caractère aussi subversif que toujours pertinent après 40 ans de réflexion sur la place et l'image des femmes dans la société. Ses collages des années 60 et 70 nous font parfois sourire avec leur petit côté suranné et un usage du corps féminin par la publicité qui nous semble aujourd'hui presque anodin tant nous nous sommes (malheureusement) habitués à voir le corps des femmes utilisé à tort et à travers pour manipuler l'énergie sexuelle des consommateurs et la transformer en pulsions d'achats. A ce qui apparait encore comme un érotisme discret et assez joyeux elle associe malicieusement toutes sortes d'appareils ménagers ou objets domestiques qui nous rappellent que la cible privilégiée de la publicité reste encore la ménagère de moins de cinquante ans, chargée de remplir la fonction de reproductrice et de gardienne/gestionnaire du foyer - pilier d'une société patriarcale et consumériste. Ce vent de liberté qui semble avoir soufflé sur le corps et la sexualité des femmes dans les années 70 - en les émancipant de la bien-pensance petite bourgeoise (patriarcale) et du contrôle de la religion catholique, cette brise érotique et libertaire s'est muée en raz-de-marée pornographique. Elle a été détournée par une marchandisation accélérée du corps féminin qui a trouvé un débouché très lucratif dans la banalisation et l'expansion de la pornographie ces dernières années. C'est à partir de magazines pornographiques que Linder travaille aujourd'hui, magazines qui banalisent l'humiliation et la réification des femmes qui n'y sont pas considérées comme des êtres doués des facultés de penser et de ressentir, mais bien comme des objets soumis au plaisir des hommes - un plaisir qui semble lié à leur humiliation et à leur soumission plutôt qu'à la rencontre avec une altérité libre et autonome. Pour ma part j'y vois aussi la banalité du mal...l'humiliation de notre commune humanité,  que nous soyons femmes ou hommes !

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Rédigé par Olympe

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