Publié le 25 Avril 2014

Quand je vous invitais à lire l'article de médiapart dans le précédent billet, la liste féministe pour les élections européennes n'avait pas encore vu le jour.

C'est la résistance diffuse des conservateurs européens de tous poils - politiques et religieux - devant l'exigence d'une égalité femme/homme dans tous les domaines, à mettre en oeuvre dès le plus jeune âge et à inscrire dans la loi, qui a conduit 160 féministes à se réunir début avril pour débattre de la possibilité de créer une liste féministe pour les élections européennes.

Dans un bel élan d'enthousiasme malgré le très court laps de temps restant avant les élections du 25 mai prochain, la majorité des présent-e-s a souhaité s'investir dans l'aventure. Venu-e-s pour la plupart du monde associatif et militant, elles ont décidé de conjuguer leurs efforts pour faire entendre qu'il n'y aurait pas d'Europe sociale et solidaire sans une égalité femme/homme sans compromissions économiques ou religieuses. Une égalité qui piétine en France depuis quelques décennies malgré un certain nombre d'avancées législatives - dont la parité qui permet de lever certains verrous et de contrer les résistances misogynes.

Si la France s'est dotée d'une première loi pour l'égalité des salaires dès 1972, celle-ci n'est toujours pas effective. Elle est souvent contournée par une sous-estimation symbolique de tout travail effectué par une femme. En conséquence, les métiers dits "féminins" (touchant essentiellement au soin à la personne, à l'éducation, à l'entretien et au secrétariat et effectués souvent à plus de 90% par des femmes) sont sous-payés par rapport aux emplois majoritairement "masculins" de niveau de qualification ou de compétence équivalent.(industrie, bâtiment etc). Parallèlement, quand les femmes investissent certains domaines jusque là majoritairement masculins, ils sont dépréciés - tant symboliquement que matériellement. (enseignement, santé, justice...)

On parle encore de qualités "naturelles" des femmes pour tous ces travaux absolument indispensables et souvent vitaux qu'elles font gratuitement dans la sphère privée, et non pas de compétences - dont on oublie qu'elles les ont souvent acquises par l'éducation différenciée donnée aux petites filles par rapport aux petits garçons (comportements appris grâce aux livres, aux jeux, aux films et aux modèles imposés aux enfants par les adultes et la propagande publicitaire qui les cible différemment pour segmenter les marchés de l'enfance et de l'adolescence, en renforçant les stéréotypes sexistes).

La patience, l'écoute, l'empathie, la modération, la délicatesse, l'attention aux besoins de l'autre sont des qualités humaines qui s'apprennent tout petit et qu'on attend généralement des filles alors que l'on tolère ou encourage davantage l'impatience, l'agitation, l'agressivité voire la violence ou la volonté de puissance chez les petits garçons.

C'est donc dès la crèche que l'égalité s'apprend, une égalité qui permette de développer le meilleur de chacun en lui laissant ouvertes toutes les options de jeux et d'apprentissages, puis de choix professionnels et sociaux, en fonction de ses goûts et aptitudes. Mais cette égalité remet tellement en question les vieux schémas de domination masculine qui imprègnent encore profondément l'ordre social qu'elle est contestée par une frange de population manipulée par quelques un-e-s qui prônent le retrait de l'école en guise de protestation envers l'Abcd de l'égalité récemment mis en place à la maternelle. Visiter leurs sites internet donne une idée de l'ampleur de la désinformation voire même de la calomnie mises en œuvre pour convaincre les parents.

Un des choix politiques urgent est donc d'assurer à tous les enfants un accès à des services de la petite enfance de grande qualité. Il faut donc ouvrir des crèches et former sérieusement toutes les personnes amenées à s'occuper des enfants. (et pas augmenter le nombre d'enfants par assistante maternelle pour gonfler le nombre de place en diminuant la qualité du service. Il serait bon aussi de changer le terme qui suggère qu'une femme assiste - presque naturellement - une autre femme et non pas qu'un-e professionnel-le effectue un service pour une famille. Pourquoi pas "Auxiliaire de la petite enfance" ? ).

Cet accueil des jeunes enfants est la condition sine qua non pour faire progresser l'emploi des femmes (surtout quand elles sont mères ou souhaitent le devenir) et l'égalité professionnelle - avec des progressions de carrière, des promotions, des responsabilités et des salaires équivalents. Enfin c'est par un aménagement et une réduction du temps de travail accessibles et partagés par les deux parents qu'on peut espérer voire progresser l'égalité dans le partage des tâches domestiques encore à 80% à la charge des femmes, et l'éducation des enfants. (partage des congés d'éducation, accès aux RTT etc).

Sans une volonté très forte de changement, les femmes continueront à être très majoritaires dans la population pauvre en France (70%), en Europe et dans le monde - surtout quand elles sont seules avec des enfants. Elles continueront à subir davantage le temps partiel, à toucher de plus petits salaires, des indemnités de chômage réduites et des pensions de retraite très inférieures à celles des hommes (aujourd'hui 42% de moins) tout en étant condamnées à la double voire la triple journée. En effet, les femmes représentent aujourd'hui 75% des 4,3 millions d'aidants familiaux qui assistent bénévolement un proche dépendant.

La question de la dépendance est un second chantier auquel l'état doit s'attaquer au plus vite afin de créer un service social qui ouvre un droit d'assistance aux personnes dépendantes, avec des solutions modulables sous conditions de ressources.

La volonté sociale de l'état après la seconde guerre mondiale a été pensée autour de la famille patriarcale et de la mère de famille dépendante d'un mari qui lui ouvrait des droits. Aujourd'hui un état qui a une volonté de justice sociale (et non de "providence" qui est bien une conception à consonance religieuse) se doit de mettre en place des services et des droits pour chacun, sans qu'ils dépendent d'un assujettissement à autrui. Ces droits et services doivent viser à compenser les inégalités sociales de fait - souvent liées à la naissance et à la fortune - et permettre une communauté d'intérêt qui rende possible un vivre ensemble plus harmonieux et pacifique.

C'est au niveau européen qu'il faut aujourd'hui construire la qualité du tissu social en harmonisant les droits par le haut. Les féministes pour une Europe Solidaire nous proposent de construire une Europe de l'égalité et de la solidarité qui passe par le partage et la collaboration entre les femmes et les hommes et s'efforce de ne laisser personne au bord du chemin, une Europe qui ne compte plus sur "les qualités naturelles" des femmes pour réparer ses injustices ou pallier à ses carences, une Europe qui ne les spolie pas du droit à disposer de leur corps et qui les protège de toutes les formes de violences. Une Europe qui reste à dessiner avec les hommes qui mettent l'équité, la liberté et la justice (sociale) au coeur de leurs préoccupations et de leurs combats !

Je vous invite à les découvrir, à les soutenir et même à les rejoindre sur

http://www.feministespouruneeuropesolidaire.eu/

et à les rencontrer lors des manifestations du 1er mai (consulter le site pour connaître les heures et lieux de RV)

Enfin celles et ceux qui veulent approfondir ces questions peuvent lire "Le féminisme pour changer la société", publié par Attac et la fondation Copernic, coordonné par Christiane Marty, un ouvrage concis qui vient de sortir aux éditions Syllepse.5€

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Rédigé par Olympe

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