Publié le 11 Novembre 2014

La première conférence du réseau international féministe et laïque vient de se tenir à Paris, rassemblant des féministes de dix pays et les associations qui les ont rejointes. Ce réseau vise à construire des solidarités concrètes et actives pour défendre et promouvoir les droits des femmes partout dans le monde.

Venues du monde entier, elles nous ont permis d'entendre de nombreuses analyses et témoignages de féministes Indienne (Kuljit Kaur, vice-présidente de l'association All India women's conference), Iraniennes (Chahla Chafiq, Mariam Nazamie), Somalienne, Colombienne, Afghane (Shoukria Haidar de l'association Negar), Algérienne (Djemila Benhabib), Tunisienne, Congolaise, Kurdes (Conan Polat, Nursel Kilic de la Fondation internationale de Femmes libres du Kurdistan), Péruvienne, Mauritanienne, Marocaine, Polonaise, Suédoise (Maria Hagberg) ...
Dans de nombreux pays la fréquence et la barbarie des exactions commises à l'encontre des femmes sont très alarmantes et la mobilisation internationale indispensable pour les faire reculer...

Les premières tables rondes étaient consacrées à la nécessité de faire reconnaitre le crime de féminicide par les instances internationales et les ONG - de plus en plus de femmes étant tuées à cause de leur sexe - et dans certains pays comme l'Inde ou la Chine par des avortement sélectifs dès avant leur naissance - avortements qui conduisent déjà à de graves déséquilibres femmes/hommes dans certaines régions et provoquent ensuite des enlèvements ou des achats de fillettes dans les régions voisines...

La seconde série d'interventions démontrait la nécessité absolue de la laïcité comme préalable à la liberté des femmes, laïcité sans laquelle elles ne peuvent guère espérer voir reconnue l'universalité de leur droit à l'émancipation. L'émancipation des individus passe par le droit et la liberté à disposer de son corps en matière de sexualité, de mariage, de contraception et d'avortement, ainsi que par l'accès à une éducation scientifique rigoureuse qui ne soit pas inféodée aux dogmes religieux. L'enseignement doit viser le développement de l'esprit critique que seule la laïcité peut garantir en séparant clairement le pouvoir politique du pouvoir spirituel.
Si la France a légiféré précocement sur la séparation des églises et de l'État, elle n'a nullement le monopole de la laïcité. De nombreux pays visent la sécularisation ou la neutralité de l'état qui permet à chacun d'avoir ou pas une religion ou une autre, tout en bénéficiant des mêmes droits et devoirs fondamentaux qu'aucun dogme religieux ne peut oblitérer ou entraver. C'est le respect de la vie qui partout devrait être sacré et non les idées et croyances religieuses qui partout sont amenées à être mises en question et à évoluer dans un monde constamment en mouvement où les connaissances scientifiques repoussent toujours plus loin les limites du savoir en ouvrant de nouveaux champs de questionnement.

Quand le religieux s'immisce dans la constitution ou les lois d'un pays, c'est toujours au détriment de la liberté des femmes - comme dans les nombreux pays où un lobbying (inter)religieux de plus en plus actif au niveau mondial, depuis la conférence du Caire en 1990, combat le droit à l'avortement par exemple, ou dans les pays où les codes de la famille font des femmes des mineures à vie ou des "sous-hommes" puisqu'elles disposent de droits restreints en matière d'héritage, de liberté de circuler, de mariage, de divorce ou de garde des enfants par exemple...

La démocratie ne peut se développer qu'en parallèle avec une laïcité qui pose le socle des droits humains universels au-dessus de tous les particularismes qui visent à les réduire pour certaines catégories de population - que ce soit les femmes, suivies souvent par les plus pauvres et les analphabètes dont elles forment de toutes façons la majeure partie.

Si le monde s'enrichit des cultures différentes de ses habitants, il s'appauvrit des communautarismes qui divisent et enferment dans des groupes visant à interdire à ses membres de s'émanciper et de construire leur identité en liberté en fonction de goûts, de savoirs et d'expériences particuliers... Il s'appauvrit des agissements de ceux qui enseignent ou diffusent la haine de l'autre et prônent sa destruction ou son asservissement en vertu de son sexe, de sa couleur, de sa nationalité ou de son origine ethnique, de sa classe sociale ou de sa religion...

L'A,B,C de l'égalité passe par une culture de la mixité qui offre les mêmes perspectives aux filles et aux garçons sans instaurer une ségrégation genrée dès la naissance qui prédestine les hommes à la liberté et au pouvoir et les femmes à la soumission et à la sphère domestique.

Pour que l'égalité citoyenne soit réelle, les femmes doivent également être protégées des différentes formes de violences auxquelles elles sont trop souvent confrontées. Que ce soient les violences familiales ou conjugales qui ne sont pas toujours poursuivies et punies dans de nombreux pays dont les lois restent encore très tolérantes pour les exactions masculines - sous couvert parfois de "besoins", de traditions ou de coutumes... Tuer ou violenter n'est pas une coutume mais un crime ! Il ne peut y avoir d'honneur à assassiner une femme. Que ce soient les viols et actes de torture et de barbarie perpétrés lors les conflits armés - dont elles sont également victimes dans les camps de réfugiés, parfois même de la part des militaires chargés de leur protection ou du maintien de l'ordre. Que ce soient des différents trafics d'êtres humains organisés par les maffias qui exploitent la prostitution à grande échelle et certaines formes d'esclavage domestique.

Circonscrire la haine et le dénigrement du féminin dans tous les pays - où ils s'exercent à différents niveaux - est une bataille politique qui devrait mobiliser toutes les forces au niveau international, bataille qui restera difficile à gagner tant que les médias discréditeront ou ignoreront largement ceux et celles qui défendent les droits des femmes à travers le monde. La bataille de l'égalité se joue sur tous les terrains : le droit à la santé et à l'éducation (dont les filles restent privées en premier dans nombre de familles), les droits civiques, l'accès aux postes de pouvoir (politique et autres) et de décision, l'accès aux terres et aux richesses...

Les femmes sont souvent aux avant-gardes des combats pour le respect de la vie, des droits des plus pauvres et des plus faibles, et pour l'égalité, elles sont aussi les premières victimes de ceux qui s'y opposent avec des cultures de guerre et de mort. Pour démasquer tous les pouvoirs totalitaires, il faut privilégier partout un travail pédagogique autour de la laïcité, de la paix et des droits humains universaux, et organiser les groupes sociaux par le débat démocratique et non par la force ou la tradition.

Je terminerai par le communiqué d'une féministe colombienne qui nous a alertés sur un projet de loi qui vise à favoriser le système prostitutionnel et non à protéger les femmes les plus vulnérables qui y sont soumises par la force ou la misère :

En Colombie (46 millions d’habitants), un projet de loi réglementant la prostitution est en cours de discussion actuellement au Congrès. Prétextant soutenir les prostituées, stigmatisées et souvent molestées par la police, le projet de loi numéro 79 veut donner les droits afférents au travail aux « travailleuses du sexe », via la légalisation du proxénétisme.

Il est à craindre que ce projet de loi, qui s’inspire du modèle allemand, rendra encore plus puissants, économiquement et politiquement, les entrepreneurs du sexe, capitalistes, souvent étrangers, mais aussi seigneurs des mafias et de l’armée.

Il est à craindre qu’il entraînera l’augmentation de la prostitution dans ce pays terriblement inégalitaire.

Il est à craindre que sous couvert de promesses faciles et jamais tenues, il assujettira davantage les prostituées.

Le milieu féministe en Colombie s’est peu occupé de cette question. Cela se comprend : il est occupé par d’autres sujets, et notamment par l’attention des femmes dans ce pays en guerre.

Néanmoins, un important effort a été réalisé récemment par une poignée de féministes, de citoyennes et d’organisations travaillant avec des prostituées en vue faire connaître les enjeux de ce projet de loi.

Nous vous invitons à visiter le site http://abolicionprostitucion.wordpress.com/

(en espagnol) afin de connaître le projet de loi, lire des analyses critiques, consulter des témoignages de prostituées.

Nous vous invitons également à nous aider dans ce combat. Nous avons besoin de faire connaître la dangerosité de cette loi. Nous avons besoin de constituer des alliances.

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Rédigé par Olympe

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