8 mars...

Publié le 8 Mars 2011

un " marronnier " pour les médias qui la mitonne à la sauce aigre-douce, cette journée des femmes a fêté son centième anniversaire sans prendre une ride ! malheureusement...

Si nous sommes nombreuses de par le monde à avoir acquis le droit de vote au cours du siècle écoulé, l'émancipation, l'éducation et la liberté de construire sa vie en fonction de goûts et d' aspirations qu'on apprend à cultiver et à développer restent l'apanage d'une infime minorité d'entre nous.

La majorité des femmes de la planète sont les bêtes de somme d'une agriculture de subsistance, les fourmis qui s'activent inlassablement dans les usines (ou sur les trottoirs) d'Asie ou d'ailleurs pour des salaires de misère et les plus grands profits d'un petit nombre, et les mères assignées à vie aux inachevables tâches domestiques dont on les accable dès l'enfance à l'écart des pulsations du monde. Esclave ou du moins servante, dans tous les cas reproductrice et soumise à une domination masculine plus ou moins violente et archaïque, l'avenir des femmes reste le plus souvent dessiné par des pinceaux masculins qui leur barrent le chemin du pouvoir ou du prestige social qu'ils continuent à accaparer très largement.

Surtout dans les pays occidentaux où elles avaient largement accès à l'éducation, des femmes ont lutté activement depuis plus de 40 ans maintenant pour faire évoluer leurs droits et leur accès à l'autonomie, au savoir et à la liberté. Etudier, travailler, aimer, enfanter ou pas, vivre tout simplement sans être soumise à une tutelle masculine, n'allait pas de soi avant 1968. La société de l'époque maintenait ses membres dans un carcan de traditions qu'une jeunesse étouffée et une classe ouvrière en colère ont fini par briser.

 

Une fois de plus je voudrais rappeler aux plus jeunes (et à celles et ceux qui ont la mémoire qui flanche...) de se plonger dans l'histoire des mouvements féministes de ces dernières décennies, d'une part pour mesurer le travail réalisé, d'autre part pour évaluer celui restant à faire et les conditions de possibilité de sa réalisation. Rien ne nous sera offert, il nous faudra tout conquérir.

Deux outils sont à votre disposition que je vous recommande vivement :

" Encore elles ", le documentaire de Josiane Szymanski et Constance Ryder, maintenant disponible en dvd - qui sera diffusé sur France Ô le mercredi 9 mars à 20h30,

et les vidéos du congrès international Le féminisme à l’épreuve des mutations géopolitiques qui s'est tenu les 3,4 et 5 décembre 2010, à Paris, et que vous pouvez découvrir sur :

http://re-belles.over-blog.com/pages/Le_Congres_International_Feministe_en_video-4688942.html

 

La société occidentale a connu de profondes mutations depuis 40 ans, mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'une bonne partie de l'impertinence, de la liberté matérielle et intellectuelle, et du pouvoir sur elles-mêmes conquis de hautes luttes par nos aînées a été rabotée par les injonctions de la propagande publicitaire qui après nous avoir encouragées à nous libérer des chaînes domestiques tente avec un certain succès de nous attacher avec celles d'une séduction obligatoire et obsessionnelle qu'on nous conseille vivement et par tous les moyens de cultiver dès l'enfance.

(cf " La sexualisation précoce des filles ", Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard & Isabelle Boily, éditions Sisyphe - Montréal 2006)

 

En instaurant un culte de l'apparence qui survalorise l'image de la femme séductrice au détriment du développement des qualités humaines ou intellectuelles de chacune, les (très) jeunes filles sont en permanence encouragées à se poser dans une situation de dépendance morale (et aussi matérielle) face aux hommes dont elles cherchent à s'attirer les regards et les faveurs à tous prix - quitte à en devenir les victimes !

Tous les accessoires et artifices possibles de la séductrice sont savamment mis en scène dans les magazines, jeux, films, publicités et émissions destinées aux fillettes... Il s'agit de capter un pouvoir d'achat de plus en plus important et de conditionner le plus tôt possible leur future consommation de femme. Et pour cela on a donc vu se développer ces dernières années une très inquiétante sexualisation précoce des petites filles. Non seulement on leur vole une part de leur enfance en les plongeant dans des  préoccupations pour lesquelles elles ne sont pas mûres et face auxquelles elles n'ont pas toujours la possibilité d'exercer un esprit critique qui leur permette de dire " Non " à certaines injonctions, mais on transforme les plus fragiles en objets sexuels soumis et plus ou moins consentants en masquant ou en dévalorisant à leurs yeux les chemins plus exigeants d'une véritable émancipation.

 

Bien sûr c'est aux parents et aux éducateurs d'être vigilants et de protéger les enfants des marchands du temple - ou des écrans - pour lesquels ils ne sont que des cibles - sinon des proies. Mais c'est aussi aux législateurs de freiner l'appétit de ces marchands en les tenant (un peu) éloignés des jeunes cerveaux disponibles...(et malléables). La société marchande est beaucoup plus intrusive aujourd'hui qu'il y a 40 ans, elle s'immisce dans chaque repli de notre vie privée avec tous les outils dont elle s'est dotée pour être plus efficace et auxquels elle fait en sorte que nous ne soyons jamais soustraits (tv, internet, téléphone et écrans divers...) N'hésitons pas à interpeller les femmes politiques sur ces questions cruciales puisque les hommes (politiques) en sont encore à se demander qui va garder les enfants...

 

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Ne nous endormons pas sous les lauriers de nos aînées, poursuivons un combat qui n'a rien perdu de son actualité et de son urgence, et soyons solidaires de toutes les femmes qui se lèvent pour réclamer leur liberté, sur l'autre rive de la Méditerranée ou ailleurs...

 


Rédigé par Olympe

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