Conquête, mixité et sexisme "ordinaire"...

Publié le 12 Août 2011

Plus de 2 mois de silence, c'est un peu long je vous l'accorde...
Du coup la pub a fleuri sur le blog, j'espère qu'elle disparaîtra avec la reprise des billets.
Les sujets n'ont pas manqué ces dernières semaines, plutôt le temps de peaufiner les articles.
Donc faire bref en terminant le dernier en chantier.


A ceux et celles qui pensent que la parité en politique - comme à tous les niveaux de responsabilité de la vie sociale -  arrivera tout naturellement avec l'évolution des mentalités, je proposerai aujourd'hui plusieurs pistes de réflexion.

La première suit les traces d'une bête politique magistralement jouée par Denis Podalydès dans le film "La conquête" qui retrace l'accession au pouvoir suprême d'un homme prêt à tout pour l'atteindre. On voit comment il s'entoure d'une équipe de communicants, non pour faire connaître et partager ses convictions - il semble n'en avoir guère - mais pour sonder l'âme de son électorat potentiel afin de lui servir les discours qu'il aimerait à entendre. Encore une lessive qui lave plus blanc et plus mâle tant il évident que la place des femmes est circonscrite à celle de maman ou de putain. Objet de désir ou de convoitise, les femmes satisfont le besoin de représentation et les pulsions sexuelles... Rien de bien nouveau en la matière, les hommes de pouvoir les aiment généralement sous leurs ordres ou dans leur lit... Le macho de base, quelle que soit son orientation politique ou son niveau d'éducation, fait la part belle aux stéréotypes et aux lieux communs sur les femmes. Malheureusement ils n'ont guère changé depuis 50 ans.(Je ne reviendrai pas sur "l'affaire" DSK)  Si les années 70 ont bénéficié d'une embellie due aux combats des femmes et au mouvement hippie de la fin des années 60, les années 2000 ont été marquées par une résurgence de valeurs bourgeoises, individualistes et consuméristes au centre desquelles la compétition règne férocement - rarement à l'avantage des femmes. 

En politique comme ailleurs, les femmes n'obtiendront que les places qu'elles iront chercher. Ce qui introduit tout naturellement une seconde piste ouverte par l'élection d'Eva Joly aux primaires écologistes.

Des femmes candidates aux prochaines élections présidentielles en France, nous en aurons plusieurs, et en position d'être élues ou au moins de se faire entendre et de peser dans les alliances qui se noueront pour le second tour. Connue pour son intégrité et sa pugnacité à poursuivre les auteurs de délits financiers où qu'ils se cachent, Eva Joly fait un peu figure d'OPNI dans le paysage politique français. Ce qui fera sans doute sa force et sa faiblesse. Nouvellement entrée en politique, elle n'a aucun système à faire perdurer ni d'amis à ménager. Elle représente d'abord ceux qui l'ont élue aux primaires, pour défendre les valeurs d'un monde différent, plus respectueux à la fois de la vie humaine, de la planète qui nous héberge et des lois humaines trop souvent bafouées pour le plus grand profit d'un petit nombre. A ceux qui pensent encore que les écologistes sont de doux rêveurs, je conseille de voir ou revoir "Soleil vert" - le film de Richard Fleischer qui en 1973 mettait en scène ce qui pourrait être un monde pollué et corrompu à l'extrême, vers lequel nous avons depuis fait un grand pas. Dans ce film, une énorme firme multinationale (Soyelent) nourrit tout le monde et plus particulièrement - je vous laisse découvrir avec quoi, les masses pauvres et hagardes qui pullulent dans les villes où règne en permanence une chaleur extrême qui rend l'eau aussi rare que précieuse. Les campagnes sont interdites, et les derniers espaces agricoles non pollués et exploitables sous bonne garde, leur production réservée au petit nombre des plus riches qui peuvent se l'offrir. En flic incorruptible et pugnace, Charlton Heston porte ce film avec constance, presque en larme quand il goûte pour la première fois de la viande de boeuf ou des fraises dont il ignorait même l'existence. Dans ce monde qui fait froid dans le dos, les nantis louent de luxueux appartements gardés et surveillés, avec une jolie jeune femme qui fait officiellement partie du mobilier... Retour au sort des femmes.

Pour rebondir sur ces questions - le sort des femmes et l'appropriation violentes de certaines multinationales sur les richesses de la planète, je vous propose de découvrir le très beau roman du britannique Chris Cleave "Et les hommes sont venus". Dans ce livre poignant et prenant qu'on peine à lâcher avant de l'avoir terminé, une très jeune nigérianne doit fuir son pays, menacée de mort pour avoir vu des mercenaires exterminer son village et sa famille afin qu'une compagnie pétrolière puisse s'approprier les terres.

(Le delta du Niger est la troisième plus grande zone polluée de la planète, et ses habitants non seulement exclus de la manne  financière engendrée pour certains, mais victimes quotidiennement d'un environnement devenu extrêmement toxique.
L'ONU a estimé, jeudi 4 août, que la pollution pétrolière dans le sud du Nigeria était telle qu'elle pourrait nécessiter l'opération de nettoyage la plus vaste jamais réalisée. Cette opération pourrait prendre vingt-cinq à trente ans, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). ...  cf : http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/08/04/la-depollution-du-delta-du-niger-pourrait-prendre-trente-ans-selon-l-onu_1556341_3244.html )


Petite Abeille se retrouve donc passagère clandestine sur un cargo transportant du thé et elle arrive en Angleterre où elle passe 2 ans (!) dans un centre de rétention où elle met le temps à profit pour parfaire son anglais. Elle rejoint alors Sarah, une anglaise qui lui a sauvé la vie sur une plage africaine 2 ans auparavant. Deux très beaux portraits de femmes aux vies diamétralement opposées, rapprochées par le destin...

Pour terminer plus légèrement, une comédie à voir ou revoir en cet été humide qui favorise le cinéma, Erotissimo, un film de 1968 plutôt déjanté et foutraque dans lequel Annie (jouée par l'étonnante et pétulante Annie Girardot) s'interroge sur la meilleure manière de reconquérir un mari devenu indifférent dans une époque qui utilise partout l'érotisme comme idéologie marchande. Son mari Philippe (un Jean Yanne bourru et tonitruant à souhait) a sombré dans l'habitude et de plus il est aux prises avec un contrôleur des impôts (Francis Blanche) qui sonde obstinément et avec délectation les comptes de son entreprise de puériculture .

Quand au " Petit traité de sexisme ordinaire", de Brigitte Grésy, j'y reviendrai la prochaine fois....

Rédigé par Olympe

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