Des histoires de chiffons qui ne sont pas si frivoles qu'on pourrait le croire...

Publié le 11 Mai 2011

A ceux et celles qui ne l'ont pas vu et qui veulent approfondir les enjeux soulevés par la question posée, je rappelle qu'ils peuvent visionner encore 5 jours sur le web le documentaire diffusé hier par Arte " Sous les pavés, la jupe ", et le débat qui a suivi entre la très éclairante Güner Balci (journaliste et auteurs allemande) et Jeanette Bougrab.

Cet ostracisme parfois violent qui pèse aujourd'hui sur les jeunes filles qui portent la jupe dans les quartiers est le pendant de celui qui a frappé les premières femmes à avoir osé porté le pantalon il y a un siècle - et curieusement en partie pour les mêmes raisons. Elles sont taxées d'indécence et d'immoralité par ceux qui se targuent de dire le droit sur les codes vestimentaires imposés aux femmes. On ne peut que constater que le droit des femmes (de toutes les femmes) à disposer de leur corps est encore de l'ordre d'un idéal à faire advenir, et qui est même aujourd'hui en pleine régression. Comme le rappelle bien Anne Zelensky dans ce film, le droit des femmes à disposer de leur corps pour lequel les féministes se sont battues dans les années 70 - et dont la libération sexuelle faisait partie - a été "confondu" par certains hommes avec le droit pour eux de disposer plus librement du corps des femmes, comme certains tendraient à le laisser entendre en prétendant qu'une femme qui ne couche pas à la première invitation n'est pas une femme "libérée", et qui fait dire à certains aujourd'hui qu'une femme qui porte une jupe est une "pute" ou une "aguicheuse".

Rejet de la jupe ou promotion du voile ou de la burqa sont deux facteurs qui montrent bien la tentative de reprise en main (ou de conservation) du contrôle des corps des femmes et de leur visibilité dans la société par une volonté de domination masculine archaïque et brutale. (On voit aussi que cette situation est mondiale : interdiction de la minijupe dans une ville italienne, volonté d'un prélat ortodoxe russe d'imposer un code vestimentaire aux femmes, obligation depuis 2006 aux tchétchènes de porter des jupes longues et de se couvrir la tête pour sortir dans la rue, flagellation des soudanaises qui osent porter un pantalon..la liste est longue, trop longue...

Dans tous les cas il s'agit de faire pression sur les femmes pour leur imposer un code vestimentaire qui gomment leur féminité et donc leurs corps de l'espace public, et les oblige même à les dissimuler pour ne pas se faire agresser. Le documentaire s'arrête dans une classe d'un lycée professionnel de Rennes où l'on entend un tout jeune breton à peine sorti de l'enfance affirmer péremptoirement que les femmes qui portent des jupes se comportent comme des putes... C'est à pleurer !
Il est temps que nous nous interrogions sur l'usage du corps féminin que nous avons abandonné aux médias sans barguigner, et aux images de la sexualité que ces mêmes médias véhiculent, nous voyons que l'ampleur de la réaction est à la hauteur des désirs et fantasmes qu'ils bradent allègrement en déposant dans l'imaginaire masculin, jour après jour, l'idée que nous ne sommes que des marchandises à consommer, mais pas des êtres humains libres et égales en droits à ceux de sexe masculin. (cf à cet égard sur certaines émissions de skyrock dans lesquelles les animateurs ont des propos non seulement ultra sexistes mais encouragent les garçons à commettre des violences sur leurs copines...)
Sans respect de l'intimité et de l'intégrité physique nécessaires à tout individu et à une vie sociale sereine, les médias mettent sous tous les regards le corps de femmes de plus en plus dénudés et stéréotypés, sans réelle personnalité, humiliés et évalués comme des animaux de concours (cf le reportage "le corps des femmes", un documentaire sur l’usage du corps de la femme à la télévision italienne. http://www.ilcorpodelledonne.net/
Ce film de Lorella Zanardo et Marco Malfi Chidemi,  est visible sous-titré en français sur  :
http://tvbruits.org/spip.php?article1443

Ce documentaire italien permet de mettre tous les aspects de cette question de l'appropriation de l'image et des représentations du corps des femmes en perspective, mais il justifierait à lui seul un plus ample commentaire...

Je conclurai pour aujourd'hui avec le très beau film de l'artiste iranienne Shirin Neshat : "Women without men". Dans ce film onirique et subtil, elle met en scène les événements de 1953 à Téhéran, lorsqu'un coup d'état soutenu par les occidentaux a écarté le premier ministre Mohammad Mossadegh, démocratiquement élu, pour ramener le Shah au pouvoir. Elle suit quatre personnages de femmes, pris au coeur de la tourmente politique. Elle nous fait entrevoir comment une démocratie naissante et tournée vers la modernité a été écartée au profit d'intérêts financiers étrangers, avec toutes les conséquences que cela aura sur l'émancipation des femmes, qui a été remise en question avec la liberté démocratique des iraniens. Le sort des femmes reste un enjeu majeur du jeu géopolitique mondial, il permet aussi de mesurer l'avancée de l'adoption de l'universalité des droits humains dans les différentes parties du monde...


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Rédigé par Olympe

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