Du côté des petites filles...

Publié le 2 Mai 2010

Pour le moment, elles sont deux à participer à mon projet, deux petites filles gaies, vives et intelligentes, curieuses du monde qui les entoure et qui ont soif d’apprendre, de découvrir, d’expérimenter… En somme des enfants normales, et pourtant…

Des petites filles auxquelles le monde semble s’offrir sans barrière de genre et le savoir et la culture sans obstacles économiques, idéologiques ou religieux…

En les observant, je mesure la chance qu’elles ont d’être nées dans des familles qui ont à cœur d’en faire des êtres humains libres et heureux et non des copies de modèles féminins stéréotypés ou encore des petits soldats dociles et soumis à un carcan religieux ou idéologique.

On a vu avec Darina, Taslima et bien d’autres, que vivre en femmes libres était encore trop souvent difficile voire impossible pour de nombreuses femmes soumises aux violences masculines de toutes sortes. (Je reviendrai plus tard sur un texte bouleversant enregistré récemment, tiré des « Monologues du vagin » dans lequel il est question du viol des femmes pendant la guerre en Bosnie.)  On peut d’ailleurs s’interroger sur la valeur de la « liberté » de ces hommes conditionnés à soumettre les femmes, souvent par la violence, ou au moins à les tenir pour inférieures, proies potentielles de leurs plus bas instincts ou quantité « négligeable ». La liberté, pour prendre sens et valeur ne devrait-elle pas viser l’universalité ?

Depuis la révolution française, nombreuses sont les femmes qui ont pensé leur condition de femmes. En premier lieu dans les pays où elles étaient alphabétisées et instruites bien sûr. La circulation planétaire de la connaissance, des biens et des informations sur les modes de vie permet aujourd’hui à toutes les femmes de remettre en question les traditions locales à la lumière de l’évolution des mentalités opérée dans d’autres pays et du développement des droits de l’homme réputés « universaux ». On voit certains hommes essayer aujourd’hui de relativiser cette universalité de ces droits au regard de leurs cultures ancestrales – le plus souvent pour continuer à justifier la soumission des femmes et des petites filles à des traditions archaïques (cf article précédent sur Waris Dirie). En occident, les femmes se sont battues pendant plusieurs siècles pour faire évoluer ces mentalités souvent obscurantistes, qu’elles ne tombent pas dans le piège du particularisme culturel et continuent à soutenir l’émancipation des femmes partout sur la planète, même lorsqu’elle emprunte des voies différentes dans les pays où la vie sociale reste basée sur la collectivité et le travail des femmes.

Pour celles qui voudraient nourrir cette réflexion, je vous suggère quelques textes récents, dont les auteurs s’interrogent à la fois sur la condition féminine et sur les rapports hommes/femmes qui sont induits par l’éducation, la religion ou les stéréotypes véhiculés dans les différentes sociétés contemporaines.

Il y a un moment déjà que je voulais parler ici du beau livre de Belinda Cannone – « La tentation de Pénélope » (paru chez Stock) - dans lequel elle expose avec force l’importance de se penser d’abord en tant qu’être humain et de déjouer les pièges d’un différentialisme essentialiste.. Beaucoup de situation ne sont « sexuées » que pour entretenir des stéréotypes qui ont parfois la vie dure…parce qu’on continue à les colporter et à éduquer différemment les garçons et les filles !

C’est avec beaucoup d’humour qu’elle explore les relations hommes/femmes et leur évolution dans la société occidentale contemporaine. A aucun moment la liberté des femmes ne se transforme pour elle en guerre des sexes ou en lutte pour une prétendue « suprématie », elle vise plutôt l’harmonie et l’enrichissement d’une vie partagée plutôt que vécue séparés par des cloisons étanches, « côte à côte » ou en lutte l’un contre l’autre. Bélinda n’accable ni ne condamne les hommes, elle les aime et les encourage vivement à se débarrasser eux aussi des carcans d’une éducation stéréotypée, du machisme qui les privent d’une grande part de leur sensibilité et de leur émotivité. Viser une certaine indifférenciation dans la plupart des situations quotidiennes ne nous promet pas un monde insipide et asexué dans lequel le désir et la curiosité liés à l’autre sexe s’évanouiraient, mais un monde où la question du genre ne serait plus mise en avant pour justifier des inégalités de fait ou la sujétion des femmes par les hommes, un monde où les échanges économiques et sociaux se baseraient d’abord sur les compétences, la sensibilité et les goûts de chacun, un monde également ouvert à tous les êtres humains – hommes ou femmes. Un monde où toutes les petites filles verraient leur intelligence stimulée et nourrie par la complexité, la beauté et l’immensité du monde, comme elle l’est plus souvent pour les petits garçons. Un monde enfin où les petites filles ne seraient pas élevées pour devenir les objets sexuels de mâles dominateurs ou consommateurs ni les vestales de foyers prisons bornant tout leur horizon. Et l’avenir des petites filles est aussi entre les mains des femmes qui les éduquent, chaque nouvelle génération devrait avoir à cœur de mener la suivante un peu plus loin sur le chemin d’une liberté toujours à conquérir.

Cette liberté de vivre sa vie et de penser le monde ne concerne encore qu’une infime part des femmes (et dans une moindre mesure des hommes il faut bien le reconnaître). Aussi pour développer une réflexion sur certaines situations d’oppression, je vous renvoie au livre de Wassyla Tamzali « Une femme en colère » (nrf Gallimard), qui a la vertu de poser très clairement la question du contrôle du corps des femmes par les hommes, sous couvert de religion ou de tradition. Les trois grandes religions monothéistes se sont construites sur un postulat de domination masculine, étayée par une soumission féminine justifiée par une présupposée infériorité physique, psychique voire intellectuelle des femmes. Infériorité qu’elles infirment dès qu’elles ont accès au savoir et au pouvoir, s’autorisant aussi à repenser le fait religieux ou l’organisation sociale du point de vue des femmes…

On peut rêver d’un monde où le féminin et le masculin viserait l’harmonie et la complémentarité plutôt que la suprématie de l’un sur l’autre, d’un monde où chacun pourrait mettre le meilleur de lui-même au service d’un projet de société qui se baserait sur l’humanisme et non sur des traditions qui confinent parfois avec la barbarie. Cependant la liberté ne peut pas être offerte comme un cadeau à l’esclave par son maître, il lui faut la reconnaître comme son droit imprescriptible et la conquérir en visant l’abolition de l’esclavage pour tous. L’émancipation des femmes ne peut venir que du désir des femmes de vivre libres et d’aider celles dont le chemin est semé d’embûches à les surmonter. Le droit à l’éducation pour toutes est le premier pas sur ce chemin. Accepter que certaines soient opprimées sous un prétexte quelconque, c’est justifier la possibilité de sa propre oppression et du retour de la barbarie ou d’un obscurantisme toujours à combattre !

Rédigé par femmesenmouvement.over-blog.com

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