Féminin pluriel

Publié le 8 Août 2010

Enveloppée des douceurs de l'été qui virent parfois à l'orage voire même à la tempête, je poursuis toujours ce travail avec bonheur. Jour après jour, des inconnues viennent offrir leur image et leur voix au projet, entrant dans ce choeur de femmes pour créer une polyphonie que vous pourrez découvrir dans quelques mois. 

Et jour après jour la variété de leurs textes me touche infiniment. Que ce soient des témoignages personnels - réflexions sur la vie, le vieillissement, la mort - des chansons, des extraits d'essais ou de littérature, ou encore de la poésie, chaque texte contribue à dessiner cet espace mental dans lequel nous évoluons avec une conscience plus ou moins marquée et plus ou moins heureuse de notre sexe.

Des personnalités et des préoccupations politiques ou sociales différentes font résonner l'ensemble de tonalités variées mais jamais discordantes. Au contraire, elles enrichissent infiniment notre questionnement sur la vie, sur la liberté et sur notre place dans le monde d'aujourd'hui. Ces derniers temps, plusieurs femmes engagées depuis plusieurs décennies dans des luttes féministes sont venues nous rappeler combien ces combats sont toujours d'actualité et combien il est important de transmettre leur expérience aux jeunes générations. Ce que certaines font en écrivant leurs mémoires comme Anne Zelensky (Histoire de vivre - Mémoire d'une féministe, Editions Calmann Levy) dont je vous livre ici l'extrait qu'elle m'a lu et qui vous donnera peut-être l'envie d'en lire davantage ... ( vous pouvez aussi consulter son blog) :

 

Oui nous nous traitons mal.  Par la parole ou le geste, sans en avoir la moindre conscience. Nous sommes restés la plupart du temps dans la relation à l’autre, humain ou animal, au stade Cro-magnon. Impitoyablement inhumains dans notre désastreuse habitude de mesurer le mérite à l’aune de la compétition .

Comment s’étonner alors de notre résignation indifférente devant l’interminable cohorte des injustices que nous générons nous mêmes et notre conséquente inaptitude à la révolte ? Nous préférons la réserver inutilement à ce  refus crispé de la mort, cette panique devant l’inéluctable . Nous avons inventé diverses sornettes et contes à dormir debout, intitulés religions, pour nous rassurer et mieux nous empêcher de vivre ici et maintenant.

Et si l’effroi de la mort était une des clés pour expliquer nos turpitudes ?

 

Alors ? Ce qui a été fait peut être défait. L’espoir, le seul qui demeure, est dans notre volonté de les changer. Et de tenter de nous changer. L’un ne va pas sans l’autre. Le monde est constitué de la collection des atomes qui le forment. Nous sommes parmi ceux là. Doués d’une raison encore balbutiante qui nous fait accéder à la conscience. Nous sommes à la fois un passage et en passage. En passage vers une autre espèce ? Le processus d’hominisation ne s’arrête pas à nous. Le sapiens n’est qu’une étape. Une ébauche de ce que pourrait être un jour l’humain, avec un peu de chance…

            Je bénis ma révolte, cette aptitude qui m’a été donnée  de ne jamais m’incliner devant l’ordre  des choses. Je salue la mémoire de tous ceux et celles qui m’ont précédé sur ce chemin, qui ont innové et ont  rendu notre existence plus confortable  : ceux qui ont inventé le chauffage, l’électricité, l’anesthésie, ceux qui se sont battus pour ne pas travailler douze heures par jour, sept jours sur sept, ceux ont résisté aux occupants, ceux qui ont peint, écrit, composé et bien sûr celles qui ont bataillé pour que moi femme d’aujourd’hui, je choisisse ma vie .

 

Les jeunes sont plus rares à venir se poser devant mon objectif et faire entendre leur voix. Toutes occupées à donner forme à leurs jeunes vies ou à la croquer à belles dents, elles sont peu nombreuses à s'interroger sur leur condition humaine féminine et ce qu'elle peut impliquer dans leur destinée. Certaines ont l'impression confuse que l'égalité des sexes est acquise et elles ne prennent pas le temps d'en analyser les mécanismes, sûres qu'elles sauront vaincre tous les obstacles le moment venu.

Pour d'autres cette égalité n'existent même pas en rêve et elles rasent les murs en évitant de susciter l'opprobre des mâles qui se manifeste généralement par des insultes, des menaces ou des coups. Au sein des quartiers les plus violents ou les plus déshérités,  nombreuses sont les associations qui défendent les femmes, les informent sur leurs droits ou les aident à les faire valoir...

A ce sujet je vous recommande le très beau documentaire tourné par Jean-Pierre Thorn, sorti en 2006, "Allez, Yallah ". Il a suivi la caravane des femmes pour le droit des femmes dans différents lieux au Maghreb (Algérie et Maroc) et dans certaines cités de la banlieue lyonnaise. Ces femmes engagées, accompagnées de médecins et d'avocat(e)s encouragent les femmes à éduquer leurs filles, à limiter les naissances et à faire valoir leurs droits.

 

Mais partout, le premier obstacle à l'égalité des hommes et des femmes reste trop souvent ce sentiment d'infériorité et de soumission que les femmes ont intériorisé et continuent de transmettre à leurs enfants par une éducation différenciée qui donne tous les droits aux fils et tous les devoirs aux filles - à commencer par celui d'être soumise à l'autorité masculine et effacée sous peine de s'entendre dire qu'elle a mérité ce qui lui arrive en contrevenant à ce code de comportement, au cas où elle aurait " un problème ".

N'oublions pas qu'elles sont encore beaucoup trop nombreuses - dans le monde mais aussi en France, à payer de leurs vies le fait de dire non à cette disposition machiste à imposer son point de vue par la violence et la coercition. Il est d'ailleurs tout aussi important d'encourager l'éducation des garçons afin qu'ils s'expriment plus facilement avec les mots qu'avec leurs poings !

 

Pour terminer sur une note plus optimiste, je vous invite à relire (ou réécouter) les paroles de cette chanson de Jean Ferrat, " La femme est l'avenir de l'homme " qui m'a été lue récemment :

 

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Entre l'ancien et le nouveau
Votre lutte à tous les niveaux
De la nôtre est indivisible
Dans les hommes qui font les lois
Si les uns chantent par ma voix
D'autres décrètent par la bible

Le poète a toujours raison
Qui détruit l'ancienne oraison
L'image d'Eve et de la pomme
Face aux vieilles malédictions
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Pour accoucher sans la souffrance
Pour le contrôle des naissances
Il a fallu des millénaires
Si nous sortons du moyen âge
Vos siècles d'infini servage
Pèsent encor lourd sur la terre

Le poète a toujours raison
Qui annonce la floraison
D'autres amours en son royaume
Remet à l'endroit la chanson
Et déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Il faudra réapprendre à vivre
Ensemble écrire un nouveau livre
Redécouvrir tous les possibles
Chaque chose enfin partagée
Tout dans le couple va changer
D'une manière irréversible

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face aux autres générations
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

 

 

Et sortons enfin du Moyen-âge pour que nos siècles d'infini servage pèsent de moins en moins lourd sur la terre et que la domination masculine ne soit plus le modèle prépondérant sur la planète !

 

 BlogMTLN

 

Mères, n'oubliez pas d'apprendre la liberté (aussi) à vos filles... et le respect à vos fils.

Rédigé par opium

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