Femmes de paroles...

Publié le 12 Octobre 2012

Même si le temps me manque en ce moment pour développer tous les sujets qui le demanderaient concernant le sort des femmes dans le monde - et ils sont nombreux, je veux partager ici avec vous deux évènements qui se sont passés cette semaine. Je ne doute pas qu'ils alimenteront votre réflexion.


Lundi à Paris, Djemila Benhabib recevait le prix international de la laïcité 2012. Djemila travaille depuis des années sur l'importance de la laïcité dans la société pour que soit respecté ou rendu possible le droit des femmes à l'émancipation. Dans les années 1990,elle a du quitter l'Algérie du GIA qui assassinait les femmes libres qu'il ne réussissait pas à soumettre par l'intimidation ou la violence, et après un passage en France elle s'installera au Québec où elle a poursuivi ses études de sciences politiques. Elle travaille maintenant sur ces questions pour le gouvernement canadien. Partout elle doit faire face aux mêmes interrogations et à un retour en force du religieux qui tente d'interdire, réduire ou supprimer le respect pour les femmes des premiers articles des droits de l'homme et du citoyen de 1948.

Je la cite : " (...) Cette confrontation vient mettre à nu la nature profonde entre deux visions du monde antagoniques, l’une mettant l’individu et ses préoccupations au centre de la cité, faisant de lui un acteur de changement et l’autre mettant la Cité sous la tutelle de communautés assujetties chacune à son propre dieu, faisant de lui le régisseur de nos consciences et ouvrant la porte à une surenchère entre tous les Dieux possibles et inimaginables.

Cette prolifération des religions s’illustre notamment par un exemple évocateur, où les débats à Queen’s Park, le parlement provincial de l’Ontario, sont précédés chaque jour par la récitation intégrale de 8 prières ! En effet, depuis 2008, on a décidé de conserver le Notre Père et d’y ajouter d’autres prières : autochtone, bouddhiste, hindouiste, musulmane, juive, baha’ie et sikhe. Par comparaison, au Québec, depuis 1976, les travaux à l’Assemblée nationale débute par une minute de silence c’est-à-dire un moment de recueillement.

Même la secte des mormons en Colombie britannique défie le Code Criminel en revendiquant la polygamie au nom de leur liberté de religion. En 2010, deux polygames mormons, qui avaient respectivement 19 et 3 épouses, ont soutenu que la loi violait leur liberté de religion, ont décidé de contester l’article 293 du Code criminel devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour demander que la polygamie soit décriminalisée. Fait sidérant, croyez-le ou pas, les mormons prétendent que la polygamie est avantageuse pour les femmes. D’ailleurs, des universitaire femmes de l’université montréalaise de McGill sont venues appuyer leurs propos !

On devine à travers tous ces exemples, un lien évident entre les droits des femmes et la laïcité. Le féminisme ne s’inscrit pas dans le vide et ne prend pas racine dans le néant. Il se projette dans un espace temps bien défini dans lequel s’articule toutes ces problématiques sociétales. Ces convulsions s’enracinent également dans un contexte international marqué par le retour du religieux aussi bien à l’échelle des pays pris individuellement qu’à l’échelle des institutions onusiennes. 

Je réalise, jour après jour, le degrés des préoccupations communes des citoyens du monde. Ici comme ailleurs, le débat est marqué par la présence d’éléments récurrents et de questionnements déterminant pour l’avenir :

Quelle étendue donner à la liberté religieuse ? quel contenu donner à la laïcité, quels gestes poser face à l’exacerbation des particularismes et à la montée des communautarismes ? quelles balises établir pour consolider le vivre ensemble ? "

 

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Mardi, Malala, une écolière de 14 ans qui avait selon eux le tort de revendiquer l'accès à l'éducation pour les filles, était victime d'une tentative d'assassinat par les taliban au Pakistan. Je vous rapporte l'information diffusée par France 24 :

" C'est presque un miracle. L'adolescente blogueuse pakistanaise de 14 ans Malala Yousafzai a survécu, ce mardi 9 octobre, à une tentative d'assassinat revendiquée par les Talibans. Son crime ? Avoir dénoncé leurs atrocités et fait campagne pour le droit des femmes à l'éducation dans le nord-ouest du pays. 

« C'est une fille à la mentalité occidentale qui passe son temps à nous dénoncer. Quiconque critiquera les Talibans subira le même sort », a expliqué Ehsanullah Ehsan, le porte-parole du Mouvement des Taliban du Pakistan (TTP), principal groupe rebelle du pays et allié d'Al-Qaïda. 

« Nous l'avions prévenue plusieurs fois qu'il fallait qu'elle cesse de parler contre les Talibans, qu'elle arrête de soutenir les ONG occidentales et qu'elle prenne le chemin de l'islam », a-t-il ajouté. 

 

Prise pour cible à la sortie de l'école

L'attaque avait eu lieu mardi, à la sortie de son école de Mingora, la principale ville de la région de Swat, au nord-ouest du Pakistan. Malala Yousafzai a été blessée au crâne et à l'épaule. « Malala montait dans l'autobus scolaire après sa journée de classe lorsque deux hommes armés ont ouvert le feu sur elle. Elle a été blessée », a déclaré à l'AFP un responsable de la police locale, Rasool Shah.

 

« Une balle a heurté son crâne, mais son cerveau n'a pas été touché. Elle est hors de danger », a d'abord affirmé le docteur Taj Mohammed, de l'hôpital Saidu Sharif de Mingora. Mais les nouvelles étaient moins rassurantes en début de soirée, un médecin de l'hôpital militaire de Peshawar, où la jeune blogueuse a été transférée, estimant qu'elle se trouvait dans un état « critique ».

 

Malala Yousafzai s'est fait connaître du public en 2009, grâce à son blog « Le Journal d'une écolière pakistanaise », hébergé sur le site en langue ourdou de la chaîne britannique BBC. Âgée d'à peine 11 ans, la fillette racontait, sous le pseudonyme de Gul Makai, son quotidien dans la vallée de Swat, tombée brièvement entre les mains des Talibans.

 

« Aujourd'hui, c'était notre dernier jour d'école. Nous avons décidé de jouer un peu plus longtemps dans la cour de récréation », avait raconté la fillette dans l'un des billets de blog, lorsque les Talibans avait banni l'éducation pour les filles, précise la BBC. « Je suis persuadée que l'école rouvrira un jour, mais, en quittant les lieux, j'ai regardé le bâtiment comme si je n'allais jamais y revenir. »

 

Figure de proue du droit des enfants

L'an dernier, Malala Yousafzai a reçu le premier prix national pour la paix créé par le gouvernement pakistanais. L'adolescente avait également fait partie des nominés pour le prix international des enfants pour la paix, attribué par la fondation néerlandaise Kids Rights.

« Les habitants de la vallée de Swat ne sont pas des terroristes », avait déclaré Malala Yousafzai à la chaîne Al-Jazira, en 2010, (Lire la video) alors que les Taliban s'étaient retirés de la région. « Si on ne donne pas de stylos à cette jeune génération, les terroristes leur donneront des armes ».

 

L'an dernier, deux autres militants pour l'éducation des femmes ont été tués par des activistes pakistanais, d'après Amnesty International. Pour l'ONG, citée par le magazine américain « Time », le gouvernement pakistanais doit démontrer par ses actions sa détermination à fournir aux filles, mais aussi aux femmes, les mêmes chances qu'aux garçons et aux hommes, malgré les menaces ». 

 

On pourrait évoquer aussi les déclarations récentes de certains membres de l'église catholique contre le mariage pour tous ou contre l'avortement ou la contraception pour se rappeler que les religions sont généralement prosélytes et soucieuses d'imposer leurs dogmes aux lois nationales, et qu'au coeur de leur pouvoir se tient presque toujours la maîtrise du corps des femmes (par les hommes bien sûr qui sont généralement les seuls interprètes autorisés de la parole de leur dieu).

Lorsque les religions se sentent puissantes ou dominantes elles revêtent facilement les habits de la théocratie - plus ou moins "éclairée", dont seule une laïcité vivante et assumée peut nous protéger. Il a fallu la loi de 1905 pour qu'on cesse vraiment de prendre la France pour la fille aînée de l'église (catholique). Et en 2007, le président de la république française d'alors déclarait encore que

“ l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ”, alors que c'est bien par là que commence la laïcité, en assurant à tous une éducation éclairée par la raison, éducation qui vise l'émancipation de l'individu et le développement de son libre-arbitre et de ses facultés, à l'écart des croyances magico-religieuses qui apportent (ou imposent) leurs propres conceptions du monde, de sa création et de son évolution. Qu'ensuite son libre arbitre lui fasse embrasser l'une ou l'autre des nombreuses religions professées sur la planète doit être son droit le plus élémentaire, à condition qu'il ne tente pas de l'imposer aux autres par la force ou en essayant de détourner la loi à son profit comme le montre l'exemple des mormons polygames au Canada.


Femmes de tous pays, veillons au respect de la laïcité...et de la liberté de conscience, elles sont garantes de nos droits et de notre émancipation des tutelles masculines. Et cela commence par l'accès à une éducation de qualité pour toutes les petites filles de la planète !   

Rédigé par Olympe

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