Femmes solidaires ?

Publié le 7 Avril 2010

C'est la question du portrait photographique que je voulais aborder aujourd'hui, mais l'actualité des ces derniers jours a bousculé mes projets. J'y reviendrai plus tard.

 

Si j'ai mis un point d'interrogation à mon titre, c'est suite à deux rencontres faites hier et avant-hier. La première est celle d'Adrienne Yabouza qui est venue à l'atelier pour participer à mon projet.

 

 

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Adrienne vit à Bangui, en République Centrafricaine. Sa rencontre avec Yves Pinguilly il y a quelques années dans les rues de Bangui a changé sa vie. Enfant, son avenir lui a été en grande partie volé lorsque son père ne l'a pas laissée aller à l'école au delà du CE2. Elle a du alors s'occuper de ses plus jeunes frères et soeurs qui n'avaient plus de mère. Plus tard, son père l'a mariée, lui dessinant un destin sans choix, ponctué de souffrances et de difficultés quotidiennes. Adrienne a eu 5 filles avant de perdre son mari. Et là-bas, quand une femme perd son mari, elle perd tout. La belle-famille vient récupérer tout ce qu'elle peut dans la maison, vidant souvent le compte en banque du défunt s'il en a un.  Pratiquant la coiffure, Adrienne s'est battue jour après jour pour nourrir ses filles et les envoyer à l'école, échappant de justesse à la mort lors des mutineries qui ont ensanglanté le pays au début du millénaire. Si Adrienne vous dit que sa plus jeune fille de 15 ans "fréquente", ne vous y trompez pas, ce n'est pas qu'elle a un galant mais qu'elle va à l'école. Même si elle a été pour sa part privée d'école, Adrienne parle plusieurs langues africaines en plus du français qui est la langue officielle de son pays. Et les langues d'Adrienne ont trouvé à se délier bellement et justement en compagnie d'Yves, avec lequel elle vient de terminer l'écriture d'un troisième roman qui sera prochainement publié. Ses histoires puisent dans la sienne, celles de ses amies et connaissances, dans le quotidien de son pays et dans les relations parfois troubles entre la France et l'Afrique. Je ne peux que vous recommander de commencer par la lecture de " La défaite des mères ", édité par Oslo (distribué par Pollen). Vous y découvrirez des vies de femmes souvent difficiles, mais contées avec beaucoup d'humour et sans misérabilisme. Ce qu'Adrienne voudrait voir se développer aujourd'hui, c'est davantage la solidarité entre les femmes, surtout les plus pauvres et illettrées qui manquent d'occasion de se regrouper pour contribuer à chasser la misère de leur pays. Car d'idées elles ne manquent pas pour cela, et elles comptent bien s'en mêler, n'attendant pas "qu'on vienne les sauver". Hier, Adrienne portrait une robe taillée dans "un pagne du 8 mars". C'est une tradition dans quelques pays d'Afrique centrale d'imprimer des tissus chaque année pour cette journée des femmes. Les hommes sont requis de l'offrir à leurs femmes ce jour-là ! L'imprimé est couvert de belles déclarations d'intentions que l'on aimerait voir mises en pratique ou respectées...


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Quand à ma seconde rencontre... après avoir vu "Fleur du désert" hier soir au cin'hoche de Bagnolet, j'ai assisté au débat qui a suivi. Ce film de Sherry Hormann est tiré du roman de Waris Dirie. Waris n'était âgée que de 3 ans lorsqu'elle a été excisée et infibulée par une matrone dans le désert somalien. Pour elle, c'est ce jour-là qui a changé sa vie ! Cette pratique d'un autre âge est encore infligée à de nombreuses fillettes aujourd'hui. Malgré cette souffrance indicible avec laquelle elle devait vivre quotidiennement, Waris avait un caractère bien trempé et sans doute une soif de liberté peu commune puisqu'à 13 ans elle va s'enfuir seule dans le désert pour rejoindre une grand-mère inconnue à Mogadiscio, plutôt que d'épouser un "vieillard" attiré par sa grande beauté. Elle survit à ce dangereux périple et se retrouve un peu plus tard bonne à tout faire à Londres, dans la famille de l'ambassadeur de Somalie. Je vous laisse découvrir la suite, avec le livre ou le film - parfois glamour car Waris va devenir mannequin et mettra sa notoriété au service de la lutte contre l'excision en tant qu'ambassadrice de l'Onu, glamour mais aussi très poignant.

 

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Pour en savoir plus sur ces pratiques et sur la situation des femmes africaines, vous pouvez lire aussi  "La parole aux négresses" d'Awa Thiam, un livre qui m'avait bouleversée quand j'étais jeune fille, et qui a contribué à l'époque à me faire prendre plus largement conscience des différences dans la condition féminine à travers le monde.

Pour animer le débat, deux femmes de l'association "Femmes solidaires" (on y revient)...

"Femmes Solidaires est un mouvement féministe, reconnu mouvement d’Education Populaire et bénéficiant d’un statut consultatif spécial auprès des Nations Unies. L’association défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité pour les droits des femmes, de paix et de liberté. cf son magazine "Clara". Elle est née des comités féminins de la Résistance en 1945. Elle est aujourd’hui présidée par Sabine Salmon qui anime un collectif d’environ 70 femmes représentantes des lieux d’implantation." (source http://femmes-solidaires.org/)

 

Simone et Aïcha (qui a fondé une association contre l'excision à Djibouti il y a déjà longtemps) vont ensemble sur le terrain pour tenter de convaincre les parents de cesser ces pratiques barbares sur leurs fillettes. Cela demande du courage à ces parents, celui de s'ouvrir à la modernité en allant contre les traditions de leurs communautés - surtout dans les campagnes - et de faire de leurs enfants des êtres "à part", du moins pour le moment. Pour soutenir et accompagner ces fillettes et leurs parents, Femmes solidaires propose des marrainages financiers pour des enfants d'Ethiopie. Ils sont soumis à la condition qu'elles soient envoyées à l'école, ce qui non seulement leur ouvre des portes pour l'avenir, mais les reconsidère aux yeux de leurs pairs. N'hésitez pas à contacter Femmes solidaires  si vous souhaitez devenir marraine. Il y a sûrement quelque chose dont vous pouvez vous passer sans trop de peine pour financer l'école d'une de ces fillettes. (http://femmes-solidaires.org/spip.php?article61)

Pour conclure, ça devient long, j'ai envie d'écrire maintenant " Femmes solidaires ! " sur les chemins de la vie et de la liberté...

et j'ajoute un lien vers cet article publié par le journal Le Temps à Genève pour vous rappeler que l'obscurantisme sexiste est partout à combattre, il est toujours prêt à renaître...

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d7074bbc-40f2-11df-9212-43b8b8430160/La_police_religieuse_sévit_dans_les_bus

Rédigé par femmesenmouvement.over-blog.com

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