Le courage des femmes...

Publié le 21 Octobre 2010

Le courage des femmes...

C'était l'intitulé du débat qui s'est tenu à la maison des métallos dimanche dernier (www.maisondesmetallos.org/ ), à l'issue des représentations des 2 spectacles :  "Le Groenland" de Pauline Sales et  " Le cri d'Antigone" d'après Henry Bauchau et mis en scène par Géraldine Bénichou.

 

Geneviève Fraisse(philosophe), Thérèse Clerc (présidente de la maison des femmes de Montreuil) et Nadine Jasmin (Maître de conférence de littérature française à l'Université de Strasbourg, fondatrice d'Eclats de voix, auteur de Exploitées ? Le travail invisible des femmes) apportaient le fruit de leur expérience et de leur réflexion aux questions qui leur étaient posées.

Si je ne peux que vous encourager à aller voir "Le cri d'Antigone" s'il est joué près de chez vous (je n'ai pas vu "Le Groenland" dont je ne parlerai donc pas davantage ici...), vous pouvez aussi lire les récits d'Henry Bauchau "Oedipe sur la route" et "Antigone" aussi riches par la dimension poétique de la langue de Bauchau que par la portée universelle des questionnements qui les traversent.

 

Antigone est une femme qui a su dire "non", "non" à la loi des hommes quand elle est injuste, "non" au pouvoir du roi lorsqu'il devient tyran... Sa soumission lui aurait sauvé la vie, elle a préféré la mort à l'injustice avec un courage peu commun qui fait la force du mythe.

 

Aujourd'hui la soumission des femmes est souvent déguisée en consentement car consentir au pouvoir dominant semble généralement moins douloureux qu'une incertaine révolte qui appelle, sinon la mort, du moins presque toujours l'exclusion et la mise au ban de son groupe social. Et puis dans le consentement on peut nourrir l'illusion gratifiante d'avoir choisi ce qui nous était imposé !

 

Geneviève Fraisse a appelé de ses voeux la création d'un mythe original qui pourrait porter l'émancipation des femmes vers de nouveaux horizons, pour sa part Thérèse Clerc continue à porter une parole de résistance et de combat sur le terrain auprès des jeunes filles, à une époque où le dit féministe s'essouffle alors que les violences morales, physiques et psychologiques faites aux femmes restent très courantes. Si le droit a progressé au cours du XXème siècle en France, on ne peut que constater sur le terrain la persistance d'inégalités et de rapports de force qui oblitèrent de fait l'accès de nombre de femmes à leurs droits les plus élémentaires.

En nous appuyant sur les fondamentaux de la démocratie que sont la liberté et l'égalité, passons par exemple au crible les chiffres du monde du travail qui sont toujours très défavorables aux femmes. Et relevons un certain nombre de contradictions qui semblent souvent rester impensées.

On nous rebat les oreilles du fait que les filles sont plus travailleuses et obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons, sans se demander pourquoi elles sont quelques années plus tard moins payées, sous-employées, si peu nombreuses dans l'encadrement supérieur et les postes de direction, et souvent vouées à la pauvreté dans l'âge de la retraite si elle n'ont personne pour les épauler !

 

Instruites ou pas, émancipées ou pas, les femmes doivent toujours faire preuve d'un courage exceptionnel soit pour résister à une domination masculine globalement toujours à l'oeuvre, soit pour l'endurer tout en articulant au mieux leur vie professionnelle et familiale sans sacrifier au passage leur épanouissement personnel.

 

Pour terminer sur cette question du courage des femmes, quelques mots du superbement écrit et souvent poignant dernier livre de Fatou Diome, Celles qui attendent, (Editions Flammarion 2010)dont je recommande la lecture à tous.

En cette période où la haine de l'autre s'exprime ouvertement dans notre société déboussolée en quête de boucs émissaires plutôt que de remise en question de son fonctionnement, l'histoire de ces mères africaines qui essaient de prendre leur destin en main pour survivre à la misère qui les cerne d'un peu plus près chaque jour, nous interroge profondément sur nos "valeurs" et certitudes occidentales . Organiser la migration d'un fils en le faisant embarquer nuitamment sur une pirogue à la destinée plus qu'incertaine devient l'objectif de ces femmes malgré des périls trop bien connus. Meurtries par le poids de la pauvreté et des traditions, elles inventent des échappatoires qui se révèlent parfois plus douloureuses encore. Mais quand les bateaux-usines européens ont décimé les réserves halieutiques et que l'avenir des pêcheurs est défaillant, cette jeunesse courageuse et désespérée n'hésite pas à reconvertir ses pirogues pour traverser l'océan et aller grossir les rangs des sans-papiers en Europe. Cet eldorado où - s'ils y arrivent - ils seront exploités et mal-aimés avant d'être expulsés violemment pour ceux qui n'auront pas la chance d'être régularisés malgré leur ardeur au travail. Eldorado d'où ils pourront épisodiquement, au prix d'une (sur)vie de chien, envoyer des poignées d'euros à leurs familles par western union. Poignées d'euros qui permettront parfois à 15 ou 20 personnes de survivre dans un pays sans services publics ou sociaux. 

Le mot pauvreté ne recouvre pas les mêmes réalités en Europe et en Afrique, mais il exige partout - avec la même violence - le courage des femmes ...

Rédigé par opium

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