On ne naît pas femme, on le devient...

Publié le 20 Mars 2010

Si c'est à Simone de Beauvoir que j'ai emprunté le titre de mon nouveau projet artistique, c'est parce qu'il met en forme mes interrogations sur la condition féminine en 2010.

Le XXème siècle semblait avoir fait largement progresser la condition féminine dans le monde. Olympe de Gouges,(
http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/FR_03.htm) Louise Michel, Clara Zetkin, Simone de Beauvoir et leurs descendantes nous ont permis d'obtenir le droit de vote, l'égibilité, l'autonomie, le droit à l'éducation, la maitrise de notre fécondité, la liberté de conscience... Ce n'est vrai que pour les plus favorisées d'entre nous... un tout petit pourcentage à l'échelle mondiale.
En ce début de XXIème siècle, on a l'impression que ce moteur de l'émancipation se grippe un peu partout, qu'il tousse, voire même qu'il tombe en panne. Que Simone Veil ne soit que la sixième femme admise sous la coupole depuis 1635 et parmi 720 reçus ne semble guère encourageant, elle fait partie des exceptions qui confirment la règle...
 
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Les philosophes des Lumières ont permis à l'Europe d'imaginer la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen, mais déjà la première citoyenne à revendiquer l'inclusion des femmes dans cette universalité s'est fait couper la tête pour son audace. Et si aujourd'hui hommes et femmes sont censés être libres et égaux en droits, les femmes sont trop souvent, comme bien des minorités opprimées, "moins égales" que les hommes. Plus inquiétant, un peu partout la notion d'universalité est remise en question sous prétexte de coutumes ou de traditions qui permettent de ...frapper, violer, lapider les femmes, ou de les contraindre de toutes sortes de façons. Lorsque même des juges européens recoivent ces prétextes dans la défense des agresseurs, on peut s'interroger.
Quant aux pays qui se targuent d'être à la pointe de la modernité et du progrès, ils ne manquent pas d'outils d'oppression non plus, même si ceux-ci semblent à première vue moins agressifs ou contraignants. Dans tous les cas, ils permettent une domination masculine qui cherche encore un peu partout à s'affirmer.
Ceux qui en doutent peuvent visionner l'édifiant documentaire de Patric Jean ou le site de son film
http://www.ladominationmasculine.net/home.html
Il a le mérite de nourrir notre questionnement de données récentes, et il y a bien peu d'espaces - publics ou privés - qui ne soient pas concernés - plus ou moins - par ce sujet.

Pour autant, mon projet ne s'inscrit pas dans un discours militant, même s'il s'est nourri au départ de réflexions et d'articles sur ces questions. Depuis de nombreuses années, mon travail s'élabore à partir de l'observation du monde qui m'entoure, de la vie quotidienne des humains ici ou là. C'est à chaque fois surprenant, différent et passionnant.

Photographe, j'invite donc des femmes - de tous âges, origines et conditions - à participer à mon projet " On ne naît pas femme, on le devient ". De chacune je fais un portrait noir & blanc, à chacune je demande de me lire un texte de son choix, important pour elle dans son parcours, ses choix de vie ou son éthique personnelle. J'enregistre cette lecture.

BlogJN

J'exposerai en  2011 les portraits accompagnés des voix de leurs sujets. Car c'est bien de femmes sujets dont je fais le portrait, pas de modèles formatés, apprêtés, clônés ou retouchés. Chacune est invitée à offrir sa voix à cette polyphonie pour qu'advienne un jour un monde où naître femme ne soit plus vécu nulle part comme une fatalité ou une malédiction, mais comme un bonheur à partager avec des hommes qui n'auraient plus peur ni de leur part féminine, ni de notre incontournable altérité qui ne nous empêche nullement d'être égaux dans notre humanité...

Que celles qui participent au projet puissent se croiser et échanger dans cet espace virtuel, ouvert à tous ceux qui ont envie d'apporter témoignages ou réflexions susceptibles d'enrichir le propos.


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Je termine pour aujourd'hui en soumettant à votre méditation un texte enregistré il y a quelques jours :

Il y a dans la vie d'une petite fille un instant crucial, une épreuve décisive après laquelle plus rien n'est comme avant. Regardez-les se bousculer à la sortie d'une école. D'un simple coup d'oeil vous reconnaîtrez les innocentes, celles qui n'ont pas encore subi l'épreuve. Elles sont maigrichonnes ou dodues, gracieuses ou gauches, radieuses ou mélancoliques, mais visiblement elles ne s'en soucient pas, elles ne le savent même pas.

Les autres, les éprouvées, les initiées se reconnaissent au miroir qu'elles portent au fond du coeur. Celles-ci se sont posé un jour maudit la question fatidique et pourtant si dérisoire : "suis-je jolie ? ".

A ce moment, c'est toute l'aliénation de la condition féminine qui leur est tombée sur les épaules.

Oui les femmes devraient militer pour qu'on leur accorde comme aux hommes le droit à la laideur. Il faudrait aussi en finir avec cette convention ignoble qui veut qu'on ne demande pas son âge à une femme de plus de trente ans, qu'on évite même d'y faire allusion, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse...  "Suis-je jolie ?". Ce n'est pas à mon miroir que j'ai posé la question, c'est à ma mère. J'avais onze ans. Elle m'éblouissait par sa beauté, son élégance... J'entends encore la réponse de ma mère. Elle s'est tatouée à tout jamais sur ma peau : "Non, mais tu as l'air sympathique et intelligent, et ça vaut beaucoup mieux ". J'étais désespérée. Car la sympathie et l'intelligence ne signifiaient rien pour moi. Il n'y avait qu'une alternative : jolie ou malheureuse...

... Sympathique et intelligente au lieu de jolie et élégante. Il m'a fallu des années pour prendre mon parti de ce destin. J'ai fini par admettre que si ce n'était pas  "beaucoup mieux ", ce n'était pas non plus forcément une malédiction. Encore que ces deux qualités paraissent parfois s'exclure. Est-ce un signe d'intelligence ? J'ai un sens aigu de la bêtise et un flair infaillible pour la détecter. Quand aux hommes chez lesquels je l'ai repérée, j'oscille entre un rejet immédiat, et une indulgence amusée, un mépris teinté d'attendrissement. " Je t'en supplie : sois beau et tais-toi ! ". J'en ai fait fuir plus d'un avec cette prière.

Le médianoche amoureux, Michel Tournier, ed Folio p14/16

 

BlogCG



Rédigé par femmesenmouvement.over-blog.com

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Nath 15/04/2010 21:57


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