Toutes pour une et une pour toutes...

Publié le 17 Mai 2010

Pour en revenir à des lectures récentes, je voulais évoquer le livre de Sonia Rolley qui nous raconte le Tchad vu de l'intérieur.(" Retour du Tchad - carnet d'une correspondante ", Actes sud 2010.) Correspondante pour RFI et l'AFP, elle démonte la complaisance de la France avec un gouvernement autoritaire, violent et corrompu. Elle rapporte les faits le plus clairement possible, sans les soumettre à la langue de bois diplomatique, ni les simplifier pour un public lointain et peu au fait des guérillas incessantes entre les différentes factions en présence, toujours susceptibles de changer de camp...Les expatriés français en charge des relations bilatérales à N'Djamena ne semblent pas toujours très bien les maîtriser non plus. Elle nous parle aussi du tabou des enfants soldats, de la compromission des politiques de tous bords, du "pré carré africain" des français auquel ils ne veulent pas renoncer... Du coeur de ce jeu de dupes dont elle finit par connaît tous les acteurs et découvrir tous les rouages qu'elle tente de démonter, elle nous relate sans fard les rebondissements politiques incessants qui font le quotidien d'un pays au bord du collapsus. Ce qui finit par frapper dans cette description des arcanes du pouvoir Tchadien, de ses opposants et des rebelles en présence, c'est qu'il faut avoir lu 100 pages avant que n'apparaisse un personnage féminin africain. (Il y a deux femmes en présence, ce sont des journalistes occidentales) Dans cette médiocre parodie de démocratie, tous les acteurs sont masculins. Le pouvoir, la richesse et la gloire ne semblant s'obtenir qu'à la kalachnikov, les femmes paraissent disqualifiées dès le départ d'une compétition dont on peut douter qu'elles souhaitent y participer avec ces règles là.. Ne sont-elles que quantité négligeables dans ces provinces, tout juste bonnes à engendrer les futurs combattants qu'on n'hésite pas à enrôler très jeunes et souvent de force, avec la complicité passive des pays marchands d'armes ou veillant sur leurs intérêts locaux ?  Quand elles sont enfin mentionnées, c'est souvent qu'il y a un enfant mort à pleurer, un époux disparu à rechercher, des zones de combat à fuir ou des viols et agressions à y subir...  Personne ne se demande si cette moitié de la population baillonnée ne prônerait pas l'usage de la parole et de la négociation dans la résolution des conflits plutôt que celui d'une force barbare dont elles fait toujours les frais. (cf "La défaite des mères " d'Adrienne Yabouza dont il a été question précédemment.) Toujours est-il que la seule femme dont la parole soit libre et la petite voix portée à la connaissance de tous dans ce livre, c'est Sonia Rolley, journaliste, blanche et émancipée... dans un des pays les plus pauvres du monde où la manne pétrolière n'apporte ni l'éducation ni le développement aux populations autochtones  (indice de niveau de vie 171/177) et dont les gouvernants s'enrichissent sur le dos de leur population, avec la complicité des pays occidentaux qui semblent préférer leur vendre des armes plutôt que de les inciter fermement à construire des écoles et des hôpitaux et à y installer une réelle démocratie.

Sa liberté de parole et sa soif de justice ont conduit Sonia Rolley à l'expulsion du Tchad qu'elle commençait à bien connaître et comprendre. Français ou Tchadien, les gouvernements ne souhaitaient pas être contredits dans leurs affirmations péremptoires, souvent belliqueuses ou lapidaires, par un jeune femme qui voulait changer le monde et tentait de privilégier la vérité au détriment de leurs intérêts respectifs. Certains taxeront Sonia Rolley de naïveté, d'autres apprécieront sa conscience professionnelle qui l'a souvent menée au coeur de combats où elle risquait parfois sa vie pour qu'en France, loin des claquements de fusils et des rafales de mitrailleuses, nous sachions vraiment comment vivent les populations tchadiennes et ce que l'armée française fait là-bas... Continuons à nous poser la question et à interroger nos gouvernants tout en cultivant une soif de justice et de liberté pour toutes et tous !

Rédigé par opium

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