Publié le 15 Avril 2010

La dernière fois je terminais en mentionnant un article où il est question de l'obscurantisme sexiste encore très présent dans notre 21ème siècle, j'y reviens parce que cette question a traversé en filigrane cette journée riche d'échanges. Dans tous les cas il impose ou tente d'imposer sa loi aux femmes par la force ou la coercition, et il est encore plus violent quand il se drape dans une religion qui se prétend outragée...

 

Le sourire éclatant de Darina al-Joundi n'est pas le sourire convenu des femmes qui remplissent les magazines pour nous vanter tel ou tel bien de consommation sans lequel nous ne saurions être heureux. Le sourire de Darina irradie d'une énergie intérieure qui alimente son bonheur d'être une femme libre et vivante. Elle a payé au prix fort et avec intérêts sa liberté de penser et de dire les choses telles qu'elle les pense, sa liberté de vivre sa vie telle qu'elle l'entend et de ne laisser personne choisir à sa place. Parce qu'elle a dit "non" à un système qui broie les femmes et les consciences, elle a été embastillée. Pour s'être opposée à une tradition patriarcale écrasante, elle a manqué perdre sa vie. Mais Darina est une femme de paroles, de tous ses maux mis en mots elle a tiré un livre bouleversant qui est devenu un spectacle. Spectacle que son talent et sa longue expérience de comédienne lui permettent de jouer avec bonheur. Jouer le rôle de sa propre histoire l'autorise sans doute à prendre de la  distance et à faire surgir, entre le rire et les larmes, des émotions et des interrogations qui nous concernent tous et toutes.

 

Le livre, écrit avec Mohamed Kacimi, est publié chez Actes Sud, et les dates du spectacle sont sur le site http://www..lejourouninasimoneacessedechanter.com

 

S'entretenir de la liberté de paroles des femmes avec Darina nous a amené à évoquer une autre femme libre qui paie aussi fort cher sa liberté, il s'agit de Taslima Nasreen qui vient de publier "Libres de le dire" avec Caroline Fourest. Elles étaient invitées des matins de France Culture la semaine dernière pour mettre en lumière, trop brièvement, les violences morales et physiques qui s'exercent quotidiennement sur des millions de femmes, sous couvert de traditions culturelles ou pour des motifs religieux.

Récemment plusieurs centaines de milliers de fanatiques se sont rassemblés pour protester violemment contre les prises de position de Taslima sur la burqa. Ils voulaient sa tête. Comment et pourquoi les paroles d'une femme seule peuvent provoquer une telle cristallisation de violence ? Qui a intérêt à l'attiser ? Comment peut-on encore brûler les livres (et leurs auteurs) à cause des mots qu'ils contiennent ? L'inquisition religieuse et le fascisme ne quitteront-ils donc jamais l'antichambre de notre humanité ? Ces pays qui se veulent pourtant démocratiques ont bien du mal à enseigner la tolérance à leurs citoyens. Le libre arbitre et la liberté de conscience n'y sont pas assez fortement posés comme la pierre angulaire d'un système toujours perfectible. Mais ne nous y trompons pas, en Europe nous ne sommes pas non plus des modèles du genre puisque nous avons tendance à oublier de faire usage d'un droit que nos aïeux ont conquis avec difficulté, celui de voter pour contribuer à l'amélioration du vivre ensemble sur nos territoires. Notre indifférence apathique diffuse un venin mortel dans ce que nous pensons encore être des modèles républicains. Pour qui au fait ?

Aujourd'hui Taslima connaît l'exil sans savoir où il la mènera, si peu nombreux sont les pays à lui offrir refuge.

(écouter son interview sur France24 ici :

 www.france24.com/en/20100409-narine-author-free )

 

Ce serait l'honneur de la France qui s'enorgueillit si souvent d'être la patrie des droits de l'Homme de devenir réellement celle des droits des femmes et de l'accueillir avec force aux yeux du monde. (L'actuel président n'a-t-il pas fait une déclaration en ce sens au début de son mandat ?) Je préfèrerai que mes impôts servent à assurer sa protection plutôt que celle des villas de la cité Montmorency à Paris où vivent quelques (très) riches privilégiés sous la surveillance aussi pourtant de nombreuses caméras et de plusieurs gardiens. Je ne sache pourtant qu'ils soient sous la menace d'une fatwa...(quoique ?) mais peut-être de quelques paparazzi à l'affût de leur vie privée...

 

Il est urgent aussi de nous rappeler que la démocratie ne peut croître et embellir que dans des états où le fait politique et le fait religieux sont clairement séparés et où le droit de tous et les croyances de certains ne sont pas mêlés. Un état qui garantit la liberté de conscience met toutes les religions à égalité dans le domaine de la vie privée et permet à tous (et à toutes) d'en avoir une ou pas à condition que ses convictions personnelles ne portent pas entrave à celles des autres et à leur liberté des les vivre au quotidien.  

Il est grand temps que la société française et même européenne se positionne clairement sur ces questions et cesse de tergiverser avec les adversaires de la laïcité, leur donnant aujourd'hui les armes qui lui permettront de la battre demain.

 

Pour finir plus sereinement je vous recommande d'aller voir le travail de Gisèle Didi à la galerie Nicy, 40 rue de la Tour Maubourg à Paris (9) (jusqu'au 18 mai du lundi au vendredi de 13h30 à 19h30)

 

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Dans cette série intitulée "J'aime, J'aime pas", Gisèle brandit sa liberté de femme de paroles et d'images pour composer un ensemble graphique très sensible à partir de ses coups de gueule et de ses coups de coeur. Elle s'interroge sans tabou sur ce qui la fait vibrer aimer bouger avancer... mais aussi sur ce qui l'inquiète, l'empêche et l'effraie dans ce monde (é)mouvant magnifique mais trop souvent barbare qui nous accueille notre vie durant. C'est plein de légèreté, mais aussi de profondeur, et je rêve d'un monde où toutes les femmes auraient la possibilité de se livrer en toute liberté et avec bonheur à ce jeu du "J'aime, J'aime pas"... sans mettre leur vie en danger.

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Publié le 7 Avril 2010

C'est la question du portrait photographique que je voulais aborder aujourd'hui, mais l'actualité des ces derniers jours a bousculé mes projets. J'y reviendrai plus tard.

 

Si j'ai mis un point d'interrogation à mon titre, c'est suite à deux rencontres faites hier et avant-hier. La première est celle d'Adrienne Yabouza qui est venue à l'atelier pour participer à mon projet.

 

 

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Adrienne vit à Bangui, en République Centrafricaine. Sa rencontre avec Yves Pinguilly il y a quelques années dans les rues de Bangui a changé sa vie. Enfant, son avenir lui a été en grande partie volé lorsque son père ne l'a pas laissée aller à l'école au delà du CE2. Elle a du alors s'occuper de ses plus jeunes frères et soeurs qui n'avaient plus de mère. Plus tard, son père l'a mariée, lui dessinant un destin sans choix, ponctué de souffrances et de difficultés quotidiennes. Adrienne a eu 5 filles avant de perdre son mari. Et là-bas, quand une femme perd son mari, elle perd tout. La belle-famille vient récupérer tout ce qu'elle peut dans la maison, vidant souvent le compte en banque du défunt s'il en a un.  Pratiquant la coiffure, Adrienne s'est battue jour après jour pour nourrir ses filles et les envoyer à l'école, échappant de justesse à la mort lors des mutineries qui ont ensanglanté le pays au début du millénaire. Si Adrienne vous dit que sa plus jeune fille de 15 ans "fréquente", ne vous y trompez pas, ce n'est pas qu'elle a un galant mais qu'elle va à l'école. Même si elle a été pour sa part privée d'école, Adrienne parle plusieurs langues africaines en plus du français qui est la langue officielle de son pays. Et les langues d'Adrienne ont trouvé à se délier bellement et justement en compagnie d'Yves, avec lequel elle vient de terminer l'écriture d'un troisième roman qui sera prochainement publié. Ses histoires puisent dans la sienne, celles de ses amies et connaissances, dans le quotidien de son pays et dans les relations parfois troubles entre la France et l'Afrique. Je ne peux que vous recommander de commencer par la lecture de " La défaite des mères ", édité par Oslo (distribué par Pollen). Vous y découvrirez des vies de femmes souvent difficiles, mais contées avec beaucoup d'humour et sans misérabilisme. Ce qu'Adrienne voudrait voir se développer aujourd'hui, c'est davantage la solidarité entre les femmes, surtout les plus pauvres et illettrées qui manquent d'occasion de se regrouper pour contribuer à chasser la misère de leur pays. Car d'idées elles ne manquent pas pour cela, et elles comptent bien s'en mêler, n'attendant pas "qu'on vienne les sauver". Hier, Adrienne portrait une robe taillée dans "un pagne du 8 mars". C'est une tradition dans quelques pays d'Afrique centrale d'imprimer des tissus chaque année pour cette journée des femmes. Les hommes sont requis de l'offrir à leurs femmes ce jour-là ! L'imprimé est couvert de belles déclarations d'intentions que l'on aimerait voir mises en pratique ou respectées...


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Quand à ma seconde rencontre... après avoir vu "Fleur du désert" hier soir au cin'hoche de Bagnolet, j'ai assisté au débat qui a suivi. Ce film de Sherry Hormann est tiré du roman de Waris Dirie. Waris n'était âgée que de 3 ans lorsqu'elle a été excisée et infibulée par une matrone dans le désert somalien. Pour elle, c'est ce jour-là qui a changé sa vie ! Cette pratique d'un autre âge est encore infligée à de nombreuses fillettes aujourd'hui. Malgré cette souffrance indicible avec laquelle elle devait vivre quotidiennement, Waris avait un caractère bien trempé et sans doute une soif de liberté peu commune puisqu'à 13 ans elle va s'enfuir seule dans le désert pour rejoindre une grand-mère inconnue à Mogadiscio, plutôt que d'épouser un "vieillard" attiré par sa grande beauté. Elle survit à ce dangereux périple et se retrouve un peu plus tard bonne à tout faire à Londres, dans la famille de l'ambassadeur de Somalie. Je vous laisse découvrir la suite, avec le livre ou le film - parfois glamour car Waris va devenir mannequin et mettra sa notoriété au service de la lutte contre l'excision en tant qu'ambassadrice de l'Onu, glamour mais aussi très poignant.

 

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Pour en savoir plus sur ces pratiques et sur la situation des femmes africaines, vous pouvez lire aussi  "La parole aux négresses" d'Awa Thiam, un livre qui m'avait bouleversée quand j'étais jeune fille, et qui a contribué à l'époque à me faire prendre plus largement conscience des différences dans la condition féminine à travers le monde.

Pour animer le débat, deux femmes de l'association "Femmes solidaires" (on y revient)...

"Femmes Solidaires est un mouvement féministe, reconnu mouvement d’Education Populaire et bénéficiant d’un statut consultatif spécial auprès des Nations Unies. L’association défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité pour les droits des femmes, de paix et de liberté. cf son magazine "Clara". Elle est née des comités féminins de la Résistance en 1945. Elle est aujourd’hui présidée par Sabine Salmon qui anime un collectif d’environ 70 femmes représentantes des lieux d’implantation." (source http://femmes-solidaires.org/)

 

Simone et Aïcha (qui a fondé une association contre l'excision à Djibouti il y a déjà longtemps) vont ensemble sur le terrain pour tenter de convaincre les parents de cesser ces pratiques barbares sur leurs fillettes. Cela demande du courage à ces parents, celui de s'ouvrir à la modernité en allant contre les traditions de leurs communautés - surtout dans les campagnes - et de faire de leurs enfants des êtres "à part", du moins pour le moment. Pour soutenir et accompagner ces fillettes et leurs parents, Femmes solidaires propose des marrainages financiers pour des enfants d'Ethiopie. Ils sont soumis à la condition qu'elles soient envoyées à l'école, ce qui non seulement leur ouvre des portes pour l'avenir, mais les reconsidère aux yeux de leurs pairs. N'hésitez pas à contacter Femmes solidaires  si vous souhaitez devenir marraine. Il y a sûrement quelque chose dont vous pouvez vous passer sans trop de peine pour financer l'école d'une de ces fillettes. (http://femmes-solidaires.org/spip.php?article61)

Pour conclure, ça devient long, j'ai envie d'écrire maintenant " Femmes solidaires ! " sur les chemins de la vie et de la liberté...

et j'ajoute un lien vers cet article publié par le journal Le Temps à Genève pour vous rappeler que l'obscurantisme sexiste est partout à combattre, il est toujours prêt à renaître...

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d7074bbc-40f2-11df-9212-43b8b8430160/La_police_religieuse_sévit_dans_les_bus

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Publié le 28 Mars 2010

La beauté semble profondément ancrée au coeur de l'histoire humaine. Elle illumine les civilisations et les cultures. La naissance de l'idée du beau a peut-être même contribué à nous humaniser en nous dépouillant d'une part de notre animalité. Elle a développé notre faculté de penser, de décrire, de comparer, de juger... Nos yeux découvrent de la beauté dans les plus anciens objets produits par la main de l'homme. Recherche d'harmonie - voire de perfection - dans les proportions, la beauté fut souvent exception, qualité rare ou don des dieux. Cadeau du ciel ou produite par la main de l'homme ou les hasards de la nature, elle existait d'abord par un regard conscient posé sur elle. Elle était essentiellement le fruit d'une relation.. Qu'elle soit attachée à un lieu, un objet ou un humain, elle fut pendant longtemps associée aussi à des valeurs morales, à l'idéal de l'époque - qu'il fut mystique, naturaliste ou rationaliste... Pour Démocrite "La beauté du corps, découronnée de celle de l'âme, n'est un ornement que pour les animaux ".

Chaque époque a reformulé sa conception de la beauté, le XXème siècle l'a rendue convulsive pour nous livrer aujourd'hui à la tyrannie des apparences. Après avoir standardisé et rationalisé notre quotidien en le formatant dans ses machines, l'industrialisation du monde poursuit son développement en modélisant la beauté des femmes à grande échelle. Les fabricants de cosmétiques ou de vêtements, les chirurgiens esthétiques, les magazines féminins et la plupart des grands médias qui vivent de la publicité, les laboratoires pharmaceutiques, certaines industries alimentaires - et j'en passe - font leurs (parfois immenses) fortunes en s'appuyant sur la tyrannie des apparences qui investit la presque totalité du globe... Jetant aux orties les canons esthétiques d'une époque, d'une sensibilité, d'une morphologie ou d'une culture spécifiques, ils imposent aux femmes du monde entier des schémas identiques et reproductibles en série. Avant de devenir une réalité biologique par le clonage, le formatage est à l'oeuvre dans les esprits. Il faut avoir la peau claire et lisse, la taille fine et le ventre plat, la poitrine et la croupe bien galbées. Une certaine image de la femme s'impose, par tous les moyens, pour déclencher nos ressorts de consommatrices. La frustration en est un - très efficace - et il est soigneusement organisé en mouvement perpétuel. Les femmes qui nous sont proposées - imposées ? - comme modèles sont assemblées, retouchées, remodelées à l'aide de palettes graphiques au plus grand mépris de la morphologie féminine. Films et photographies font la promotion d'un "idéal féminin" irréaliste. Vous me direz que c'est le propre d'un idéal, qu'on ne peut que tendre vers lui, s'en approcher sans jamais l'atteindre. Mais la caractéristique de celui-ci est non seulement de ne s'attacher qu'aux apparences en étant dénué de toute qualité ou valeur intrinsèques, mais de s'imposer de l'extérieur et non d'être choisi. Totalement inaccessible à la plupart des femmes, il pousse les africaines à se blanchir la peau ou défriser les cheveux car elles ont intégré que la beauté était "blanche". Même sous un tchador, les riches iraniennes vont recourir au botox, aux implants ou à la chirurgie esthétique pour tenter de se modeler l'apparence supposée "idéale".Quand aux occidentales... même les plus modestes sont nombreuses à se ruiner en cosmétiques miraculeux, en chirurgies coûteuses, en régimes draconiens ou en impérieuses garde-robes !

Portée par l'invention de la star d'un cinéma qui prenait son essor en imposant son image sur toute la planète, la tyrannie des apparences s'est imposée avec la société de consommation qu'elle dynamise. Telle la marâtre dans Blanche-Neige, ce n'est plus dans le regard des autres que nous apprenons à nous aimer telles que nous sommes et à nous construire selon nos aptitudes et nos goûts mais dans la stupide réflexion d'un miroir sans coeur qu'on laisse trop souvent nous tourmenter.

 

Autorisons-nous à inventer notre idéal de beauté (et de vie), au lieu de subir celui des publicitaires, en méditant ces propos d'Elena Gianini Belotti : "Si la sensibilité et l'indépendance sont indispensables à la

manifestation et à la réalisation de la créativité, il devient impossible à la plupart des petites filles de la préserver, justement parce leur élan spontané vers une indépendance équivalente à celle des garçons vient se briser lorsque commence un type d'éducation qui a précisément pour objet  principal la dépendance.

A cela s'ajoute une incitation continuelle à détourner leur attention des problèmes politiques, intellectuels, sociaux, artistiques, etc...pour s'occuper de problèmes contingents, mesquins, insignifiants, opération qui restreint automatiquement l'horizon culturel des petites filles. Pour donner libre cours à la créativité, il est nécessaire d'avoir suffisamment accès à notre patrimoine culturel, il faut posséder l'indépendance intellectuelle, la liberté de critiquer, de refuser, et de se détacher des valeurs reçues pour en aborder de nouvelles : il faut être fort."

("Du côté des petites filles", éditions des femmes, 1977)


BlogMC

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Publié le 23 Mars 2010

" Sois belle et tais-toi ! " ... une "plaisanterie" que nous avons toutes entendue un jour ou l'autre dans notre vie...
(et qui nous renvoie aussi au précédent texte de Michel Tournier )
Un résumé (lapidaire je vous le concède) de ce qui est (principalement) attendu des femmes depuis des siècles.
Qu'elles soient séduisantes et pas contrariantes...(on devient vite une "emmerdeuse" quand on veut se faire entendre).

BlogCG
Les magazines sont remplis d'images muettes de femmes "interchangeables", soigneusement remodelées par ordinateur. Tellement loin de la réalité quotidienne des femmes vivantes qu'à vouloir leur ressembler vous vous dévalorisez trop souvent injustement.
C'est parce les femmes "réelles" ne ressemblent pas à ces femmes de papier glacé que je vous invite à venir faire votre portrait. Toutes ! Comme vous êtes, petites et grandes, jeunes et moins jeunes, maigres ou rondes... sans complexe ! Je sais que c'est difficile tant la pression médiatique formate et normalise l'image des femmes dès la naissance.

BlogCM

(je vous recommande le livre de Nicoletta Bazzano, Une femme parfaite - Histoire de Barbie, édité chez Naïve, qui en parle avec humour et clarté.) 
Nous finissons toutes par intégrer ces injonctions plus ou moins malgré nous...
D'ailleurs vous êtes nombreuses à refuser l'épreuve de la photo à cause de cette dictature des apparences contre laquelle je m'insurge pourtant dans ce travail !
Et c'est pour aller au-delà de ces apparences que je vous propose de vous faire entendre en ajoutant votre voix aux images, en offrant vos paroles à tous ceux qui voudront bien vous écouter dans votre diversité et la richesse de vos personnalités. faute de pouvoir mettre du son sur ce blog, je vous propose un nouveau texte :

Un regard

Ca démarre

Tu me touches

De ta bouche

Moi je fourmille

De mille aiguilles

Dans un calice

De purs délices

C'est si bon

Que tout fond

Si bon

Que l'on

Pourrait bien vivre

Tout-à-fait îvre

Pour ça

Pour ça

 

Je te mange

Mon bel ange

Tu me tues

Et je rue

Folle cavale

Aux reflets pâles

Dans la vapeur

De nos sueurs

C'est si bon

Que tout fond

Si bon

Que l'on

Pourrait bien vivre

Tout-à fait îvre

Pour ça

Pour ça

 

Quand ça flambe

Bras et jambes

Sont jetés

Au brasier

Le reste brûle

Dans une bulle

D'or transparent

 

Chauffés à blanc

C'est si bon

Que tout fond

Si bon

Que l'on

Pourrait bien vivre

Tout-à-fait îvre

Pour ça

Pour ça

Si bon

Que l'on

Pourrait bien vivre

Tout-à-fait îvre

Pour ça

Pour ça

 

vous aurez peut-être reconnu "Délices et orgue" de Brigitte Fontaine...

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Publié le 20 Mars 2010

Si c'est à Simone de Beauvoir que j'ai emprunté le titre de mon nouveau projet artistique, c'est parce qu'il met en forme mes interrogations sur la condition féminine en 2010.

Le XXème siècle semblait avoir fait largement progresser la condition féminine dans le monde. Olympe de Gouges,(
http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/FR_03.htm) Louise Michel, Clara Zetkin, Simone de Beauvoir et leurs descendantes nous ont permis d'obtenir le droit de vote, l'égibilité, l'autonomie, le droit à l'éducation, la maitrise de notre fécondité, la liberté de conscience... Ce n'est vrai que pour les plus favorisées d'entre nous... un tout petit pourcentage à l'échelle mondiale.
En ce début de XXIème siècle, on a l'impression que ce moteur de l'émancipation se grippe un peu partout, qu'il tousse, voire même qu'il tombe en panne. Que Simone Veil ne soit que la sixième femme admise sous la coupole depuis 1635 et parmi 720 reçus ne semble guère encourageant, elle fait partie des exceptions qui confirment la règle...
 
blogGD

Les philosophes des Lumières ont permis à l'Europe d'imaginer la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen, mais déjà la première citoyenne à revendiquer l'inclusion des femmes dans cette universalité s'est fait couper la tête pour son audace. Et si aujourd'hui hommes et femmes sont censés être libres et égaux en droits, les femmes sont trop souvent, comme bien des minorités opprimées, "moins égales" que les hommes. Plus inquiétant, un peu partout la notion d'universalité est remise en question sous prétexte de coutumes ou de traditions qui permettent de ...frapper, violer, lapider les femmes, ou de les contraindre de toutes sortes de façons. Lorsque même des juges européens recoivent ces prétextes dans la défense des agresseurs, on peut s'interroger.
Quant aux pays qui se targuent d'être à la pointe de la modernité et du progrès, ils ne manquent pas d'outils d'oppression non plus, même si ceux-ci semblent à première vue moins agressifs ou contraignants. Dans tous les cas, ils permettent une domination masculine qui cherche encore un peu partout à s'affirmer.
Ceux qui en doutent peuvent visionner l'édifiant documentaire de Patric Jean ou le site de son film
http://www.ladominationmasculine.net/home.html
Il a le mérite de nourrir notre questionnement de données récentes, et il y a bien peu d'espaces - publics ou privés - qui ne soient pas concernés - plus ou moins - par ce sujet.

Pour autant, mon projet ne s'inscrit pas dans un discours militant, même s'il s'est nourri au départ de réflexions et d'articles sur ces questions. Depuis de nombreuses années, mon travail s'élabore à partir de l'observation du monde qui m'entoure, de la vie quotidienne des humains ici ou là. C'est à chaque fois surprenant, différent et passionnant.

Photographe, j'invite donc des femmes - de tous âges, origines et conditions - à participer à mon projet " On ne naît pas femme, on le devient ". De chacune je fais un portrait noir & blanc, à chacune je demande de me lire un texte de son choix, important pour elle dans son parcours, ses choix de vie ou son éthique personnelle. J'enregistre cette lecture.

BlogJN

J'exposerai en  2011 les portraits accompagnés des voix de leurs sujets. Car c'est bien de femmes sujets dont je fais le portrait, pas de modèles formatés, apprêtés, clônés ou retouchés. Chacune est invitée à offrir sa voix à cette polyphonie pour qu'advienne un jour un monde où naître femme ne soit plus vécu nulle part comme une fatalité ou une malédiction, mais comme un bonheur à partager avec des hommes qui n'auraient plus peur ni de leur part féminine, ni de notre incontournable altérité qui ne nous empêche nullement d'être égaux dans notre humanité...

Que celles qui participent au projet puissent se croiser et échanger dans cet espace virtuel, ouvert à tous ceux qui ont envie d'apporter témoignages ou réflexions susceptibles d'enrichir le propos.


Blogmd

Je termine pour aujourd'hui en soumettant à votre méditation un texte enregistré il y a quelques jours :

Il y a dans la vie d'une petite fille un instant crucial, une épreuve décisive après laquelle plus rien n'est comme avant. Regardez-les se bousculer à la sortie d'une école. D'un simple coup d'oeil vous reconnaîtrez les innocentes, celles qui n'ont pas encore subi l'épreuve. Elles sont maigrichonnes ou dodues, gracieuses ou gauches, radieuses ou mélancoliques, mais visiblement elles ne s'en soucient pas, elles ne le savent même pas.

Les autres, les éprouvées, les initiées se reconnaissent au miroir qu'elles portent au fond du coeur. Celles-ci se sont posé un jour maudit la question fatidique et pourtant si dérisoire : "suis-je jolie ? ".

A ce moment, c'est toute l'aliénation de la condition féminine qui leur est tombée sur les épaules.

Oui les femmes devraient militer pour qu'on leur accorde comme aux hommes le droit à la laideur. Il faudrait aussi en finir avec cette convention ignoble qui veut qu'on ne demande pas son âge à une femme de plus de trente ans, qu'on évite même d'y faire allusion, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse...  "Suis-je jolie ?". Ce n'est pas à mon miroir que j'ai posé la question, c'est à ma mère. J'avais onze ans. Elle m'éblouissait par sa beauté, son élégance... J'entends encore la réponse de ma mère. Elle s'est tatouée à tout jamais sur ma peau : "Non, mais tu as l'air sympathique et intelligent, et ça vaut beaucoup mieux ". J'étais désespérée. Car la sympathie et l'intelligence ne signifiaient rien pour moi. Il n'y avait qu'une alternative : jolie ou malheureuse...

... Sympathique et intelligente au lieu de jolie et élégante. Il m'a fallu des années pour prendre mon parti de ce destin. J'ai fini par admettre que si ce n'était pas  "beaucoup mieux ", ce n'était pas non plus forcément une malédiction. Encore que ces deux qualités paraissent parfois s'exclure. Est-ce un signe d'intelligence ? J'ai un sens aigu de la bêtise et un flair infaillible pour la détecter. Quand aux hommes chez lesquels je l'ai repérée, j'oscille entre un rejet immédiat, et une indulgence amusée, un mépris teinté d'attendrissement. " Je t'en supplie : sois beau et tais-toi ! ". J'en ai fait fuir plus d'un avec cette prière.

Le médianoche amoureux, Michel Tournier, ed Folio p14/16

 

BlogCG



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