Publié le 27 Septembre 2010

C'est le titre qui s'imposait en rentrant de ces 3 semaines de résidence à Saint-Martin, dans le Gers. J'y ai fait 25 portraits de femmes dans une ambiance très chaleureuse et un environnement particulièrement agréable. Vue sur les Pyrénées, vallons verdoyants, cieux somptueusement étoilés, petites routes charmantes où l'on croise plus d'animaux en tous genres - oies, crapauds et grenouilles, lapins, faisans, chevreuils, écureuils... que de véhicules. Loin du stress et de l'agitation des villes, j'ai rencontré des femmes de tous âges aux parcours variés, dégageant généralement une belle joie de vivre et une certaine sérénité.

Des plus jeunes aux plus âgées, elles semblaient dynamisées par cet environnement Campagn'Art chaleureux et stimulant qui leur offre différentes pratiques culturelles dans une belle ambiance amicale.

 

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La résidence s'est conclue par une présentation du travail réalisé pendant ces trois semaines par les deux artistes en résidence.(Le second était un jeune peintre Taïwanais qui réalisait des portraits peints : Taï Jen Peng)

 

VstM

 

Le public fut nombreux à venir découvrir l'aboutissement d'un processus que certains avaient suivi attentivement au fil des jours.

 

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Pour ceux qui n'auraient pu assister à cette soirée, ces travaux seront présentés pendant le salon d'art qui se tiendra à Saint-Martin du 2 au 10 octobre. Renseignements :

http://salondart.astarac.fr/

 

Après un séjour aussi plaisant, retrouver la capitale fut un peu rude, même si j'ai été de suite happée par les suites à donner au projet : films à développer et scanner, textes à saisir, enregistrements à traiter, nouveaux rendez-vous à prendre...

De retour de la campagne, on se sent agressé par la fièvre consumériste dont semblent atteints beaucoup plus gravement les citadins que les ruraux que je venais de quitter. Partout des magasins qui grouillent à la fois de marchandises et de badauds empressés, les bras chargés de sacs aux inscriptions variées. Contrairement aux précédents, ils consacrent plus de temps à cultiver leur apparence que leur potager. De même les routes et les transports sont pris d'assaut par des millions de fourmis qui perdent souvent de vue l'essentiel en s'agitant vainement.

 

Je suis donc restée plongée dans mon projet et dans le passionnant livre de Djemila Benhabib que j'ai conviée à s'inscrire dans le choeur des femmes. Djemila vit maintenant au Québec après avoir dû quitter l'Algérie et l'intégrisme religieux qui mettait violemment en péril la vie des citoyens qui voulaient vivre et penser librement. Dans " Ma vie  à contre-coran ", elle raconte son enfance et sa jeunesse algérienne, son goût pour la connaissance et la liberté (de penser) et comment elles ont été assassinées (la connaissance et la liberté de penser) dans son pays, par un contrôle de plus en plus grand des esprits. A Paris elle participait à une conférence de presse avec une jeune dessinatrice allemande qui subit les foudres de la censure religieuse pour avoir édité un livre de dessins humoristiques questionnant la vie sous la burqa. Ils sont pourtant inoffensifs à côté des burqalembours de Luz sur Charlie Hebdo !  http://www.charliehebdo.fr/burqualembours.html

 

Un voile de tristesse recouvre ces libertés qu'on assassine. Restons vigilants pour que ne s'éteignent pas les Lumières qui ont tant fait pour l'émancipation de millions d'européens et la naissance des démocraties modernes partout sur la planète. N'oublions pas que ce qui a été fait peut toujours être défait !

 

J'ai poursuivi mon interrogation sur l'émancipation des femmes en assistant au très instructif colloque " Faire et écrire l'histoire : Féminisme et lutte de classes de 1970 à nos jours " à l'hôtel de ville de Paris ce samedi 25 septembre.

Témoignages, projections & table ronde ont nourri une réflexion sur les libertés et la place que les femmes ont conquis de haute lutte dans la société française et le monde du travail depuis mai 68. Leurs droits et libertés, elles les ont souvent arrachés à des hommes qui voulaient conserver leurs privilèges en accusant les femmes de perdre leur féminité ou de ne pas savoir rester à leur place "naturelle". Disposer de son corps : contraception, avortement et libre choix de ses préférences sexuelles ont été suspectés de leur ouvrir la porte aux pires turpitudes tout en nuisant à la cellule familiale dont elles se devaient de rester les gardiennes ; les lois n'ont changé que sous une pression longue et continue - et aujourd'hui le planning familial et l'accès à l'avortement sont en danger.

Accéder aux professions réservées aux hommes (souvent plus qualifiées, plus rémunératrices et plus intéressantes), réclamer des salaires équivalents à travail égal et compétences égales, faire ouvrir des crèches et obtenir la mixité dans toutes les professions sans les dévaloriser sont des luttes qui sont loin d'avoir complètement abouti.

Le Collectif national pour les Droits des Femmes a besoin de votre soutien pour continuer son précieux travail de défense de toutes les femmes. N'hésitez pas à consulter son site et à y adhérer...

www.collectifdroitsdesfemmes.org/

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Rédigé par opium

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Publié le 1 Septembre 2010

Soit, admettons avec Jean Ferrat que la femme soit l’avenir de l’homme, mais l’homme est-il l’avenir de la femme ?

Rien de moins sûr au jour d’aujourd’hui !

Ces derniers siècles, les femmes ont lutté pour conquérir le droit de vote et à l'éducation – que certaines ne détiennent toujours pas – et obtenir un statut personnel et social tendant vers l’égalité avec celui des hommes et leur donnant une réelle autonomie. Elles sont encore bien loin d’y être parvenues. Les pays les plus avancés servent de vitrine à une émancipation qui s’essouffle et qui est toujours violemment contestée à de trop nombreuses femmes.

Presque tous les modèles sociaux et politiques en vigueur se basent sur des valeurs masculines de domination, de compétition et de possession ; l’avoir l’emporte généralement sur l’être, acceptant de moins en moins de limite et d’éthique. Les valeurs d’égalité, de coopération, de mutualisation et de partage sont largement décrédibilisées par un capitalisme sauvage et dominateur qui ne veut voir aucune activité humaine échapper au profit, aucun bien offert par la nature qui ne puisse être mis en coupe réglée – comme les forêts, les minerais, les énergies naturelles… au détriment des générations à naître.

Le corps des femmes en fait d’ailleurs partie pour certains et son exploitation très souvent portée au bilan officiel ou officieux (par le biais des mafias de tous poils particulièrement douées pour faire usage des nouvelles technologies et des facilités de circulation offertes aux biens, services et capitaux par la concurrence mondiale) de nations avides de voir progresser leur PIB à tous prix. (cf le passionnant ouvrage de Malka Marcovich, déjà cité : « Les nations désunies »)

 

C’est du point de vue de l’agro-industrie que la réalisatrice Coline Serreau (dont l'un des premiers films en 1973 - " Mais qu'est-ce qu'elles veulent? " - était un documentaire sur le féminisme)  décrit et analyse la violence de notre système économique mondial dans son dernier film « Solutions locales pour un désordre global », vu récemment dans une salle du Gers où je suis en résidence, pour aller à la rencontre des femmes et faire leur portrait.

 

Elle explique comment les industries florissantes pendant les deux dernières guerres mondiales se sont reconverties pour devenir les fournisseurs incontournables d’une activité qui s’en passait fort bien jusque là : l’agriculture.

Au fondement de la vie humaine, les activités agricoles nourricières faisaient appel aux compétences des hommes et des femmes pour s’équilibrer – parfois difficilement - dans le maintien de la (sur)vie de l’espèce. La terre mère fournissait des semences que traditionnellement les femmes sélectionnaient et conservaient. Elles s’occupaient aussi en grande partie du bétail et des cultures vivrières. Certains gros travaux demandeurs de main d’oeuvre s’effectuaient avec toute la communauté villageoise et marquaient les temps forts de la vie rurale qui occupait encore la majorité de la population en France au milieu du siècle dernier.

 Depuis les années 50 en Europe, cet équilibre pluri-millénaire a été mis à mal, provoquant un exode rural massif et un afflux de main d’œuvre dans l’industrie et le secteur tertiaire qui s’est développé de manière exponentielle, mais permettant aussi une élévation du niveau de vie et le développement de la société de consommation - rendu possible par une nette diminution de la part prise par l’alimentation dans le revenu des ménages. Pour mener à bien cette révolution sociétale, les tanks se sont transformés en puissantes machines agricoles à destination des hommes, augmentant les rendements mais mettant aussi nombre de bras au chômage. Les ingénieurs ont développé des recherches qui ont également amélioré les rendements mais dépossédé les agriculteurs de leurs savoir faire, des semences hybrides ont été mises au point par des entreprises qui en ont conçu un monopole de plus en plus puissant, les industries chimiques ont transformé leurs gaz toxiques et autres produits destructeurs en produits phytosanitaires. On savait perturber les neurones humains, ce fut presque un jeu d’enfant de s’attaquer aux parasites des plantes et aux prédateurs des cultures.

La science des neurotoxiques et autres substances actives mortelles s’est développée et appliquée à neutraliser plantes et insectes. Herbicides et insecticides étaient nés et se sont imposés à tous les agriculteurs par un système de promotion et de distribution très bien encadré. Dans le même temps leurs zélateurs s’ingéniaient à susciter une haine de la « mauvaise herbe » et du « parasite » et un désintérêt – voire une méfiance - pour tout ce que la nature nous offrait « gratuitement ». Fruits et légumes se devaient d’être dûment calibrés et formatés avant d’être achetés dans les filières appropriées – aujourd’hui essentiellement les supermarchés qui distribuent 70% de l'alimentation consommée en France (et qui écoulent aussi environ 75% des produits viticoles).

Les céréales avaient subi le même formatage pour être plus facilement cultivées, transportées, conservées, transformées et stockées par des machines. Bientôt ce fut l’élevage qui fut également amélioré,modifié et séparé des cultures pour lesquelles il fournissait un engrais naturel et gratuit. La division du travail, mise au point pour l’industrie, s’est imposée au monde agricole sans qu’on semble se demander s’il y aurait un prix à payer. On entasse aujourd’hui tellement les animaux que l’on doit les gaver d’antibiotiques pour repousser les maladies et les estropier pour éviter qu’ils ne s’entretuent.

 Si la recherche a bien souvent permis d’améliorer connaissances et compétences pour mieux nourrir l’espèce humaine, appliquées à l’échelle industrielle, elles se sont doublées d’une culture de mort qui a contribué aux déséquilibres et aux crises connues par l’humanité ces dernières années.

La terre est épuisée, stérilisée même dans certains endroits où rien ne pourrait pousser sans un apport massif d'engrais. Les nappes phréatiques sont vidées ou polluées, les agriculteurs (et les consommateurs) développent de nouvelles maladies liées aux produits toxiques pulvérisés sur les cultures ou ingérés par les animaux et présents dans presque tous nos aliments. Même à micro-doses, consommés tout au long - et dès le début - de la vie, peut-on rsérieusement penser qu'ils ne peuvent affecter notre santé ? L'agriculture bio a de sérieux arguments pour devenir autre chose qu'une mode pour "bobos" des villes.

 

Loin de se limiter à l’Europe et à l’Amérique du nord, ce modèle agrochimique a été diffusé et imposé au reste de la planète par les firmes propriétaires des brevets ad hoc. L’achat de grandes surfaces de terres par certaines multinationales, entraînant parfois l’expropriation des petits paysans locaux, les agricultures occidentales subventionnées et le développement du transport généralisé de toutes les denrées alimentaires à l’échelle mondiale, associés parfois à la désertification ou à d’autres catastrophes plus ou moins naturelles, ont poussé nombre de paysans des pays pauvres à l’exode rural ou à la ruine. Ils vont grossir la masse des habitants des bidonvilles, souvent sans ressources. En Inde ils sont des milliers à se suicider chaque année faute de pouvoir payer leurs dettes aux fournisseurs de produits agricoles qu'ils ingèrent pour se donner la mort (semences, herbicides et pesticides). Dans de nombreux pays ils ne peuvent plus assurer les cultures vivrières qui ont laissé leur place aux plantations pour l’exportation et dont les récoltes ont vu leur cours chuter régulièrement face aux productions industrialisées et/ou subventionnées des pays riches. Même au cœur de l’Afrique les producteurs dépendent maintenant des cours mondiaux des matières premières agricoles (céréales, coton, cacao, café…) sur lesquels ils n’ont aucune prise.

C’est bien au niveau mondial que l’agriculture a été remodelée pour les plus grands profits d’un petit nombre.

Si les innovations et la recherche du siècle écoulé auraient pu permettre de nourrir tous les humains, la recherche acharnée du profit et la confiscation du métier d’agriculteur par l’industrie en diffère éternellement tout espoir. D’ailleurs cette confiscation s’intensifie avec les cultures d’OGM qui visent d’abord à « privatiser » et breveter le vivant pour concentrer tous les profits liés à l’alimentation humaine dans les « mains » de 4 ou 5 groupes agroalimentaires…

Vous trouverez peut-être que je me suis éloignée de mon sujet, et pourtant cette violence faite à la terre et au vivant dans un esprit de domination absolue n'engendre pas une amélioration de la condition des femmes, premières touchées avec leurs enfants par les spoliations massives, les famines et les pollutions... (cf la naissance des enfants malformés liée aux produits utilisés pour la culture des ananas au Costa Rica et les conséquences actuelles de la diffusion de l'agent orange sur la terre Vietnamienne)

Je vous renvoie aussi au travail de Vandana Shiva qui, en Inde, consacre sa vie à la sauvegarde des semences et à leur diversité. Semences qu’elle met à la disposition des agriculteurs qui retrouvent rendements et profits avec un travail plus respectueux de leur environnement et de notre santé à tous. Une des plus belles images du film de Coline Serreau est celle de cet indien qui nous fait visiter sa petite mais très luxuriante exploitation, libérée des produits chimiques. Avec sa petite fille sur les épaules il semble avoir repris le contrôle de sa vie et retrouvé la fierté de nourrir les siens sainement, en harmonie avec sa terre.

Cette parenthèse sur ce film  me renvoie aussi à mes travaux précédents sur la place de l’alimentation dans nos sociétés.

 

Merci encore à Coline Serreau d’avoir réalisé ce documentaire qui nous donne à penser notre avenir autrement. Vous verrez que les femmes ont une vraie parole à prendre et à faire entendre dans ce domaine. Courez vite au cinéma voir si le bonheur est dans le pré !

Pour en savoir plus sur ce film :

www.solutionslocales-lefilm.com/accueil

 

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Rédigé par opium

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