Publié le 27 Décembre 2010

Il y a des jours où l'on aimerait pouvoir (re)plonger - telle Alice - dans le monde de l'enfance. Du moins dans celui des enfants qui rêvent, qui jouent, qui chantent... ceux auxquels on raconte des histoires de monstres pour qu'ils se blottissent dans vos bras en riant pour s'en protéger.... C'est toujours un peu ce que nous vend le marketing de Noël, une belle tranche d'enfance "de rêve" plus où moins sponsorisée...

 

Si j'espère que vous êtes nombreuses et nombreux à voir briller de bonheur les yeux des enfants qui vous entourent, je vous invite aussi à ne pas oublier la grande majorité des enfants qui souffrent, sont meurtris dans leurs chairs,  ceux qui meurent de faim, travaillent ou font la guerre, privés d'école, de soins, d'amour, d'avenir et de liberté...

Et si vous pouvez faire un geste (ou même deux) de partage ou d'engagement en cette fin d'année, je vous invite d'une part à aller soutenir Nasrin Sotoudeh sur le site de la LFDH, et d'autre part à soutenir (financièrement) le travail de Femmes Solidaires en Ethiopie où elles luttent contre l'excision des petites filles en les scolarisant. Il y a sûrement une poignée d'euros dont vous pouvez vous séparer...

En Iran, Nasrin Sotoudeh, avocate et mère de 2 jeunes enfants, a été emprisonnée en septembre dernier pour avoir fait son travail d'avocate et défendu ses clients menacés pour leurs opinions politiques ou leurs luttes pour les droits de l'homme. Au péril de sa vie, elle a entamé une grève de la faim puis de la soif, après avoir été mise à l'isolement. En signant la pétition sur le site de la Ligue internationale des droits de l'homme, vous pouvez soutenir la demande de sa mise en liberté, et je l'espère contribuer à sauver la vie de cette femme qui n'hésite pas à la mettre en péril pour défendre son idéal d'humanité et de démocratie. Un exemple encore du courage des femmes - dont il était question avec Antigone - qui rend nos combats d'occidentales vivant en démocratie beaucoup plus modestes. C'est le courage d'une femme debout qui n'hésite pas à s'opposer frontalement à l'un des régimes les plus tyranniques et les plus machistes qui soient, et non pas celui désespéré d'une femme qui entérine la violence des hommes en pansant les plaies qu'ils ont ouvertes. Le rétablissement de la démocratie en Iran serait le plus grand pas vers la paix que le monde puisse faire en 2011 !


http://www.fidh.org/Liberte-pour-Nasrin

 

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En Ethiopie, c'est le courage et l'obstination de quelques unes qui va aussi, du moins nous l'espérons, changer l'avenir de milliers de fillettes puis de femmes...

en savoir plus :

http://femmes-solidaires.org/spip.php?rubrique5


Enfin, pour celles et ceux qui voudraient penser un peu l'énorme chantier de transformations des rapports femmes/hommes (et de leurs conséquences) qui s'est ouvert depuis 50/60 ans dans les pays modernes - et auquel s'opposent vigoureusement - et par tous les moyens - les pays les plus attachés à la traditionnelle domination masculine, je vous conseille la lecture du passionnant ouvrage de Serge Hefez, " Dans le coeur des hommes", publié en 2010 chez Fayard dans la collection Pluriel. Il vous permettra peut-être de mieux comprendre ou décrypter les rapports que vous entretenez avec l'autre sexe - que ce soit vos parents, vos enfants, vos amis ou vos amours - que vous soyez une femme ou un homme... Psychiatre et responsable de l'unité de thérapie familiale du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Serge Hefez analyse les implications (dans le couple et la famille) de l'émancipation des femmes de leurs rôles les plus traditionnels, et comment ces mêmes rôles se redistribuent et se recomposent aussi bien dans le couple que dans la famille ou dans la société, et pourquoi ces mouvements de "tectonique des plaques "créent souvent des séismes même chez ceux qui se croyaient bien arrimés dans la vie... Les hommes doivent encore apprendre à composer avec leur part féminine, et savoir l'exprimer sans peur d'être pris pour " des femmes ". Les femmes aussi doivent recevoir ces changements avec confiance afin que les deux sexes - et la société toute entière - y gagnent dans des relations quotidiennes de mixité harmonieuse et de partage des pouvoirs et des taches et ne s'enlisent pas dans une guerre des sexes ou dans la domination (souvent violente) des hommes sur les femmes... La paix dans le monde passe d'abord par la paix et l'harmonie entre les femmes et les hommes...

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Rédigé par Olympe

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Publié le 18 Décembre 2010

Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques...

 

...C'était l'intitulé du Congrès international féministe qui s'est tenu au Palais de la Femme à Paris les 3,4 et 5 décembre dernier. Soutenu par la mairie de Paris, en la personne de Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris chargée de l'égalité femme/homme, le congrès  a été préparé par une assemblée collégiale qui nous a été présentée par Martine Storti lors de l'ouverture du congrès.

 

 (Dont le récent livre "Je suis une femme, pourquoi pas vous ?", reprend les articles qu'elle a publié dans le journal Libération entre 1974 et 1979. Il retrace différents moments des luttes des femmes de cette époque pas si lointaine, et nous rappelle - ou nous apprend pour les plus jeunes - l'historique des grands combats contre le patriarcat à l'oeuvre à tous les niveaux de la vie sociale et privée. La maitrise de la fécondité (contraception, avortement),  la lutte contre le viol (malheureusement toujours d'actualité), la reconnaissance et la "déstigmatisation" de l'homosexualité, les droits au travail et l'émancipation conjugale et familiale... tous ces problèmes étaient pris à bras le corps par des jeunes femmes rebelles, pleine d'inventivité et de combativité dans un monde ou le masculin ne laissait que la portion congrue au féminin - et ne manquait pas de contrecarrer ou de railler ses tentatives d'émancipation.. Il ressort de ce très intéressant ouvrage de Martine Storti que les féministes d'alors - pour une grande partie issues de la mouvance de l'extrême gauche, étaient très politisées et assez radicales dans une lutte contre le patriarcat qui n'aurait dû cesser qu'une fois la victoire obtenue... Les jeunes féministes d'aujourd'hui, nombreuses à ce congrès,  semblent plus pragmatiques. Bénéficiant des acquis (tousjours susceptibles d'être remis en question) de leurs aînées, elles théorisent peut-être moins, se confrontant aussi à des réalités très différentes sur le terrain...

Au début des années 70, malgré le premier choc pétrolier, on vivait encore dans l'effervescence intellectuelle et politique créée par mai 68, un marché du travail encore assez fluide et une relative confiance devant l'avenir. Cet élan a connu un second souffle au début des années 80 avec l'élection de la gauche au pouvoir qui, pour beaucoup, signifiait l'entrée dans une ère de changements sociaux bénéfiques aux femmes et aux plus démunis. Il a fallu déchanter assez vite, et constater comment l'intégration et l'émancipation de la nouvelle classe de prolétaires des banlieues de grandes villes n'avaient pas été pensées, à peine accompagnées pour ne pas dire oubliées. Et quand le chômage a touché les masses, la "paix sociale" a été achetée à vil prix, nous ne finissons pas d'en payer les conséquences. Certaines banlieues ont pris des airs de lieux de relégation, peu accessibles, ignorées ou oubliées des pouvoirs publics. Avec leurs habitats dégradés et leurs services publics de moins en moins performants,  le quotidien de leurs habitants était de moins en moins en accord avec les valeurs de la république qui n'y respectait plus son contrat social. De trop nombreuses injustices à répétition ont engendré de la misère, de  la haine, des replis communautaristes et aussi parfois des intégrismes religieux que les femmes ont dû subir faute d'avoir eu les moyens de les endiguer... Qui s'est sérieusement soucié d'alphabétiser et d'émanciper les femmes (et parfois leurs enfants) arrivés  lors du regroupement familial et dans les années suivantes ? Avec quels outils ont-elles dû faire face à la vie dans les grands ensembles, à l'éducation et à la scolarisation de leurs enfants, elles qui pour la plupart n'avaient jamais - ou bien peu - été à l'école et ne connaissaient souvent pas la langue française... Qui a fait respecter leur droit à la liberté, à l'égalité et à la fraternité ? Trop nombreuses à subir la violence physique ou psychologique des hommes - pères, maris, fils ou même employeur - elles furent bien rares à pouvoir l'exprimer ou à obtenir réparation devant la justice de la république laïque dans laquelle elles vivaient. N'ayant pas toujours conscience ou connaissance de leurs droits, elles n'avaient pas les moyens de les faire appliquer. Et les réponses n'étaient pas toujours appropriées à leur situation. La longue chaîne de la soumission s'est répercutée dans la génération suivante qui a intégré ou subi une domination masculine conquérante. L'énorme travail accompli dans les quartiers ces trente dernières années par les associations leur a sans doute permis de ne pas se désintégrer complètement malgré des taux de chômage exorbitants et une paupérisation grandissante. Après la marche des Beurs, l'association "Ni putes ni soumises" a pris  la défense et l'émancipation des femmes à bras le corps dans les quartiers, avec des moyens toujours insuffisants. D'autres associations ont vu le jour, les Femmes relais y sont aussi très actives, mais leurs efforts continuent à se heurter au fléau du chômage qui handicape les familles et leur barre gravement les chemins de l'avenir.  Mais cet accompagnement des plus démunis et des plus fragiles est sans cesse remis en cause par la politique actuelle de diminution des subventions aux associations - quand ce n'est pas leur suppression pure et simple. Pourtant leur présence et leur travail de terrain seront indispensables tant que l'Etat ne saura garantir à tous ses citoyens et à leurs enfants filles & garçons une égalité des chances devant l'éducation et l'emploi, une fraternité active et une liberté sans condition... Le chantier y est immense pour améliorer l'égalité femme/homme et relancer l'émancipation féminine. Mais aujourd'hui c'est dans toute la société française qu'il faudrait relancer le débat sur l'émancipation des femmes tant la publicité et les médias continuent à véhiculer des stéréotypes sexistes.)

 

Faisant suite à une série de manifestations ayant cette année pour but de commémorer les 40 ans du mouvement de lutte des femmes, ce congrès a rassemblé - tant à la tribune que dans la salle - un nombre important de celles qui ont construit la réflexion et les luttes féministes ces 40 dernières années, et de celles qui imagineront celles à venir - du moins nous l'espérons. En tous cas, il y avait beaucoup de jeunes femmes dans le public.

A la tribune, se sont succédées les deux premiers jours plus de 20 femmes issues de différents pays du globe. Sociologues, historiennes, philosophes, anthropologue, économiste, géographe ou responsables associatives, toutes ces intellectuelles nous ont posé des questions cruciales sur les conditions de vie privée et sociale ou professionnelle qui sont faites aux femmes aujourd'hui ici et là-bas, et sur l'état d'avancement de l'émancipation des femmes dans le monde, de la marchandisation de leurs corps...

Fatima Lalem, Martine Storti, Françoise Picq, Barbara Loyer, Sana Ben Ashour, Sophie Bessis, Helena Hirata, Léna Lavinas, Rose-Myrlie Joseph, Michèle Ferrand, Janice Raymond, Sheela Saravanan, Paula Banerjee, Jules Falquet, Malka Marcovich, Monique Dental, Mama Koite Doumbia, Ioanna Cirtocea, Monqiue Sélim, Chala Chafiq, Liliane Kandel et Wassyla Tamzali ont donc pris la parole sur tous ces sujets. Le dimanche matin, Genéviève Fraisse était chargée de conclure en donnant son point de vue de philosophe sur les interventions et d'ouvrir un débat sur "Qu'est-ce qu'une politique féministe aujourd'hui ?"

De ses propos très riches je ne vous rapporterai que quelques pistes de réflexion :

 

- Pouvons-nous nous donner une commune mesure en tant que féministes ?

- A quelle aune mesurons-nous l'espace public dans lequel nous nous trouvons ?

- Ne pas cliver les analyses de la domination et celles de l'émancipation.

- Pratiquer les concepts de liberté et d'égalité. L'égalité est un opérateur de la pensée.

 

Pour celles et ceux qui souhaitent nourrir leur réflexion de la pensée de Geneviève Fraisse, elle vient de publier un nouvel ouvrage :  "A côté du genre - sexe et philosophie de l'égalité" aux éditions Le Bord de l'Eau. J'y reviendrai !

 

 

Toujours est-il que si nous n'avançons pas toutes ensemble, les reculs resteront partout possibles.  Qu'ils s'agissent des instances internationales chargée du droit des femmes, des notions d'universalisme, de la marchandisation du corps des femmes, des mutations géopolitiques ou du retour du religieux, les nombreux sujets développés par ces oratrices passionnées et passionnantes nous ont (re)découvert l'ampleur des combats qui restent à mener sur le chemin de l'égalité femme/homme. Filmé par le centre Simone de Beauvoir, nous espérons que ce congrès sera prochainement retransmis sur internet, en passant par http://re-belles.over-blog.com

 

Enfin, pour celles et ceux qui voudraient se pencher sur ces questions plus légérement, ils peuvent lire l'album "Mon oeil" (aux éditions Des ronds dans l'O) de Florentine Rey.

Cet album a obtenu le prix Olympe de Gouges en 2010.  Il nous raconte l'histoire de Louise qui voudrait bien changer le monde, et surtout le sort des femmes. Inquiète de se lancer dans l'action sans en connaître les conséquences (ce qui est pourtant le propre d'une bonne part des actions humaines) elle use de tickets qui lui donnent droit à des projections des grands moments du passé, et même de l'avenir pour voir les conséquences d'une action commencée... Mélangeant une critique de la société "où la consommation est élevée au rang de religion" avec toute la misogynie et les stéréotypes qui la font fonctionner ("Qui va garder les enfants ?") et un retour sur le chemin parcouru par quelques grandes féministes du passé, l'histoire est parfois un peu confuse mais elle permet de poser des jalons pour une discussion avec des ados filles et garçons avant d'aborder directement la lecture des textes essentiels qui ont permis les avancées du féminisme depuis la révolution française.

En tous cas n'oublions pas qu'en chacune d'entre nous réside une part du combat à mener ensemble et que le sort des femmes ici ou/et là-bas est avant tout un enjeu (géo)politique ! 

 

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Rédigé par opium

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Publié le 2 Décembre 2010

 

Première Mirabal en Val de Marne.


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C'est en mémoire des trois soeurs Mirabal, assassinées par la dictature dominicaine de Rafael Trujillo le 25 novembre 1960, que cette date du 25 novembre a été choisie comme journée d'action contre les violences faites aux femmes.


Dans le Val-de-Marne, sous l'égide de l'association Tremplin 94, http://www.tremplin94-sosfemmes.org  -  un groupe de femmes courageuses et tenaces a surmonté tous les obstacles pour initier cette première édition de la Mirabal, première course (mixte) dédiée à lutte contre les violences faites aux femmes. Malgré le froid, ils étaient plus de 300 ce dimanche 28 novembre dernier à prendre le départ pour une course de 10 kms à la base de loisirs de Créteil. Les coureurs étaient accueillis par toute l'équipe organisatrice et différents stands d'informations installés sous le chapiteau dressé pour l'occasion. 



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Ensuite ils pouvaient s'échauffer en musique avant de prendre le départ de la course

 

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encouragés par les rythmes endiablés et revigorants par ce froid glacial,

d'une batucada enthousiaste.

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Après avoir dominé la course, Aurélia Truel, dossard 324, l'a remportée avec panache !

 

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loin devant ceux qui avaient encore quelques kilomètres à courir...


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avant de faire les étirements réparateurs...


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A ceux qui avaient oublié baskets et survêt, une marche de 4 kms était proposée avec gants et bonnets. De nombreux groupes des environs avaient fait le déplacement en nombre pour marquer leur soutien à cette première Mirabal et aux luttes contre les violences faites aux femmes, ici ou là-bas.

En première ligne une délégation de l'association Femmes solidaires

 

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Un groupe de Villeneuve Saint-Georges,

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une classe de joyeux lycéens Val de Marnais...

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Enfin après tous ces efforts un peu de réconfort musical,


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ou plus tangible sous la forme d'un trophée pour les vainqueurs,

 

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ou d'un en-cas préparé par l'équipe du centre social Petits Prés Sablières de Créteil.

 

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Toutes nos félicitations aux vaillantes organisatrices qui se reconnaitront !

Nous souhaitons longue vie à cette courses (bien qu'on aimerait vite qu'elle n'ait plus lieu d'être) en espérant que vous serez encore beaucoup plus nombreux l'an prochain à prendre vaillamment son départ...

 

Et pour ceux qui pensent que tout ça c'est du folklore et qu'il y a des problèmes plus urgent à résoudre que l'oppression des femmes, je recommande sur ARTE Tv7, le très intéressant documentaire consacré à Taslima Nasreen et à son combat pour le respect des droits des femmes.


http://videos.arte.tv/fr/videos/taslima_nasreen_sans_domicile_fixe-3551394.html

 

Et pour terminer sur une note de poésie, un poème de 2003, de Taslima Nasreen, que l'une d'entre vous est venue me lire...

 

Les mauvaises femmes n'écoutent jamais l'avis de personne,

Vont où bon leur semble,

Rient aux éclats

Et crient à tue-tête,

Les mauvaises femmes sèment la pagaille

Les mauvaises femmes se lèvent tard,

Se couchent tard,

Et quand tout le monde va à droite, elles vont à gauche

Elles embrassent qui leur plaît,

Bourrent de coup de pied qui leur déplaît,

Ne respectent aucune règle.

Les gens leur crachent au visage,

Les gens leur pissent dans le dos,

Les gens les fuient,

Les gens bien, les gens comme il faut.

Les mauvaises femmes foncent droit devant,

Elles ne craignent pas la tempête avant d'affronter l'océan.

J'ai terriblement envie d'être une mauvaise femme.

 


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Rédigé par opium

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