Publié le 23 Novembre 2012

A vos baskets, gants et bonnets...
allez donc courir ou marcher ce dimanche à la 3ème Mirabal,
c'est pour la très bonne cause !


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Et si vous ne pouvez pas y aller, il ya aussi une manifestation contre les violences faites aux femmes, Bastille (14h30)/place Vendôme ce dimanche...
Dans tous les cas, prenez la parole et ouvrez le débat contre ces violences omniprésentes - qu'elles soient verbales, physiques ou mentales,  et encore trop souvent meurtrières...

 

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Rédigé par Olympe

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Publié le 19 Novembre 2012

Pour intituler ce billet, je paraphrase le titre du beau documentaire de Pascale Diez, Par les yeux des filles. Son film, réalisé avec des cristoliennes de tous âges, s'attache à faire entendre la parole des femmes sur cinq sujets qui les touchent, dont le travail, l'amour, la politique...
Je retiens ici le commentaire de l'une d'entre elles qui dit que
quand un homme pense à la place d'une femme et bien, il pense mal... Si on ne peut que souscrire à cette assertion, on ne peut aussi que constater qu'encore trop souvent les hommes pensent et parlent à la place des femmes. Qu'ils rédigent ou appliquent les lois, prennent ou accaparent les pouvoirs, les lieux de production ou les terres - encore trop souvent par la force, interprètent ou écrivent les textes religieux, dessinent le visage du monde de demain... C'est souvent en ignorant les femmes, voire contre elles, qu'ils décident et organisent la marche du monde.
Des hommes encore qui décident comment le corps des femmes sera mis au service de la société  marchande globalisée, dans la publicité, la pornographie voire même la prostitution qui s'organise en réseaux transnationaux. Des hommes qui décident de leurs conditions de travail et de rémunérations, au mépris souvent de leurs compétences, qualités et besoins spécifiques. La maternité par exemple, qui devrait d'abord être pensée comme une expérience existentielle fondamentale, est transformée en service monnayable et vue comme un obstacle à la bonne marche et à la rentabilité des entreprises. Elle doit donc être asservie à la production et non la production adaptée aux besoins des femmes...

Ce sont le plus souvent des hommes qui décident aussi de ce qu'elles seront autorisées ou pas à faire de leurs vies et de leurs corps (éducation, travail, autonomie, mariage, [homo]sexualité, avortement, divorce...) en définissant les territoires qui leur seront réservés ou imposés....

Si les philosophes des Lumières ont entrouvert le monde des idées et de la science (aux hommes et) aux femmes dont certaines ont pu s'emparer dans les siècles suivants, j'ai parfois l'impression que notre époque - pétrie d'ambiguïtés et de contradictions inconciliables, tente aujourd'hui de redessiner les territoires et libertés accessibles aux femmes sous couvert du religieux, de la croyance et de la tradition et non plus de la raison, de l'égalité et de l'humanisme.
La laïcité est sans doute le premier outil de l'émancipation des femmes, et aujourd'hui il est attaqué de toutes parts. La connaissance est ravalée partout au niveau de la croyance à laquelle certains voudraient redonner la prééminence. La tentation de l'obscurantisme est grande et trop peu nombreux sont ceux qui osent défendre l'esprit des Lumières qui les a nourris, celui d'une liberté et d'une éducation qui se voulaient universelles et visaient à élargir toujours davantage les champs de la connaissance en déconstruisant les croyances, idéologies ou coutumes archaïques.

Devant le chaos du monde, les Lumières semblent donc parfois vaciller ou s'éteindre pour laisser place à un relativisme absolu qui permet aux pires injustices de prospérer sous couvert de "nécessités économiques" ou de "lois du marchés" devant lesquelles les individus se sentent impuissants quand leur tissu social est déchiré voire mis en lambeaux. Alors partout les sectes prospèrent (des Etats-Unis à l'Afrique en passant par l'Europe) et le religieux masque l'incurie, la violence et l'avidité criminelle des hommes derrière la volonté d'un dieu, comme
Richard Mourdock, un politicien américain républicain pour qui une grossesse issue d'un viol est "une volonté de Dieu" - après que Todd Akin ait affirmé que le corps d'une femme pouvait éviter la grossesse en cas de "viol forcé".(qu'il doit opposer au "viol consenti"...)  
Ces bien mal pensants mélangent la connaissance et la croyance et faute d'être capables d'assimiler des connaissances historiques et médicales qui contredisent leurs préjugés, je leur conseille de prendre connaissance du remarquable travail photographique de
Jonathan Torgovnik qui a réalisé une série de portraits de femmes rwandaises ayant subies des viols en 1994. Non seulement il les a photographiées avec les enfants issus de ces viols, mais il donne à entendre leurs témoignages sur ce qu'elles ont vécu. L'horreur et l'ignominie affleurent dans chacun d'entre eux et on ne peut qu'être bouleversés par les indicibles et irréparables souffrances qu'elles ont endurées, en charge d'enfants qu'elles ne parviennent pas toujours à aimer tant les circonstances de leur conception sont épouvantables et leurs grossesses réprouvées par la société dans laquelle elles vivent. Dans (presque ?) tous les pays du monde, les femmes victimes de viols sont aussi victimes de l'opprobre sociale qui les amène souvent à taire ce qu'elles ont subi plutôt qu'à saisir la justice, mais qu'une grossesse (non désirée) met au vu et au su de tous faute d'avoir pu recourir à son interruption.
(http://www.torgovnik.com/pages/gallery/39)


En gardant donc en point de mire le respect universel - non négociable, des droits humains, je souscris au principe de Caroline Fourest pour qui la boussole reste toujours orientée vers ceux des femmes, de leurs droits, de leur liberté et de leur intégrité physique et morale. Et je tiens dans ce billet à lui adresser un message de ce soutien suite à l'agression subie (ainsi que les membres de Femen) ce week-end lors de la manifestation contre le mariage pour tous, qu'elle couvrait en tant que journaliste - journaliste investiguant particulièrement sur les questions liées aux intégrismes religieux. (Ce sont des intégristes catholiques qui avaient appelé à manifester).

A ceux qui prétendent que le mariage homosexuel est "contre nature" je rappelle que le mariage n'est en rien une manifestation naturelle de notre classe de mammifère un peu particulière, mais bien une institution humaine créée pour mettre en oeuvre un certain ordre social, assurer aux plus riches des droits pour leurs héritiers et maintenir les femmes sous domlnation masculine puisque pendant des siècles le mariage les a maintenues en France dans un statut de mineures devant la loi, inféodées qu'elles étaient à leurs époux après l'avoir été à leurs pères.
Si après 68 les luttes libertaires revendiquaient plutôt la suppression du mariage, symbole de l'oppression petite-bourgeoise des femmes, notre époque plus conservatrice défend cette institution tout en souhaitant la rénover. Elle constitue aussi pour certain(e)s un repère dans une époque qui semble en manquer parfois cruellement et nous livrer à l'arbitraire économique, social et politique.
Si le mariage est vu aujourd'hui par nos concitoyens avant tout comme une institution permettant de revendiquer publiquement son engagement amoureux et de le sceller par un contrat social à long terme qui en protège les deux parties, il doit bien être accessible à tous, qu'elle que soit son orientation sexuelle. L'amour est d'abord une construction relationnelle avec une personne, c'est un choix - ou une aventure, qui relève de nos libertés et préférences individuelles, et nul n'a le droit d'en décider à la place d'autrui. Cette loi permettra peut-être à certains de voir reconnaître la légitimité de sentiments qu'ils vivent le plus souvent clandestinement puisque des études estiment qu'environ les 2/3 des homosexuels cachent leurs préférences amoureuses - au moins à leur environnement professionnel et parfois social et familial. Faire tomber un pan de l'hypocrisie sociale vieux de quelques siècles va certainement modifier un peu le visage de notre société, mais on ne peut que s'en réjouir et il semble assez stupide de prétendre que ce nouveau droit va créer des "vocations"...

Pour conclure sur ces deux sujets, deux livres à lire, méditer et partager,

"Le bleu est une couleur chaude", la très belle et sensible bande dessinée de Julie Maroh chez Glénat qui permet d'accompagner les adolescent(e)s dans leur questionnements identitaires en rappelant à tous que l'homosexualité n'est ni un crime ni une maladie et que l'homophobie est une forme de racisme aussi intolérable que les autres et qui, comme telle, doit être combattue avec la même force par tous les défenseurs des droits humains. Elle génère souffrances et violences pour les (jeunes) gens qui la subissent, et entrave leur développement, les conduisant parfois au suicide.

Enfin puisque que nous approchons du 25 novembre, journée dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes (toute l'année elles), je vous recommande aussi le livre de Philippe Brenot, "Les violences ordinaires des hommes envers les femmes", chez Odile Jacob. Psychiatre et thérapeute, il analyse leurs mécanismes et ouvre des pistes pour les combattre, en commençant par l'instauration d'une attitude égalitariste dès le plus jeune âge et un refus de toute violence verbale et physique chez les enfants à l'égard de leurs camarades. Les violences des adultes résultent le plus souvent de comportements enracinés dans l'enfance, de modèles parentaux, d'un déficit de paroles et surtout de l'absence de prise en compte de la différence de l'autre féminin qui est inféodé à une volonté de puissance androcentriste qui supporte mal d'être entravée ou remise en cause. En tout état de cause ces violences ne cesseront pas tant qu'un travail sur une mixité égalitaire et pacifique ne sera pas fait dès le plus jeune âge. On ne fait que subir de la part des adultes des comportements qui ont été mis en place dans l'enfance mais qui, comme le rapporte fort à propos Philippe Brenot, peuvent être désappris comme ils ont été appris. A condition de les reconnaître et de ne pas se cacher derrière une personnalité immuable, "je suis comme ça et n'y peut rien..."
Quoiqu'il en soit tous les milieux sont concernés, riches ou pauvres ,lettrés ou ignorants, nous connaissons tous une femme qui subit des violences ou un homme qui en inflige...voire même les deux comme le raconte avec beaucoup de sensibilité Yves Jamait dans sa chanson Je passais par hasard...
 http://www.youtube.com/watch?v=z_DSNRzujTw

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Rédigé par Olympe

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