Un vent de liberté ?

Publié le 15 Janvier 2011

Je terminais l'article précédent en espérant voir abattus quelques tyrans en 2011, et ce matin la Tunisie est en joie après avoir fait fuir celui qui la gouvernait d'une main de fer depuis 23 ans...

J'espère maintenant que la démocratie va s'installer dans ce pays qui a tous les atouts pour la mettre en place - en particulier une population très bien éduquée et capable de prendre en main les postes clef de l'administration et du gouvernement.

 

 

Ces derniers temps, les événements se sont multipliés et je peine à vous en rendre compte au jour le jour. La préparation de la première exposition en mars m'absorbe totalement. Donc pour être brève, je voulais vous inviter à découvrir - pour celles qui ne la connaissent pas encore -  Nelly Trumel et l'émission " Femmes libres " qu'elle nous concocte tous mes mercredis de 18h30 à 20h30 sur radio libertaire (89,4 FM) , et ce depuis 1986. Avec ses invitées - historiennes, philosophes, féministes du monde entier, femmes politiques... - elle commente l'actualité d'un point de vue "anarcho-féministe".

Une voix bien différente du ronron médiatique qui nous environne quotidiennement, ouvrez grand vos oreilles ! Une partie des archives de l'émission est écoutable sur le site de la bibliothèque universitaire d'Angers :

http://bu.univ-angers.fr/index.php?S_file=archives/fiche.php&ref_archive=39

 

 

Nelly est l'une des dernières belles rencontres que m'a offert ce projet dont je dois maintenant assembler tous les éléments avant de vous le faire partager. Je vous invite également à découvrir sa peinture sur son site :

http://www.nellytrumel.fr/

et à comprendre pourquoi et comment elle a commencé à peindre des patates. Quand une féministe déclare " Faut que ça germe ! ", imaginez bien qu'elle ne parle pas que d'agriculture. Nelly file la métaphore d'une (très) belle et sensible manière...

 

Jeudi 13, une projection du films " Encore elles " de Constance Ryder et Josyane Szymanski à la mairie de Paris était suivie d'un débat orchestré par Audrey Pulvar, avec Geneviève Fraisse et Sylvie Schweitzer. L'égalité femme-homme : une réalité ?

 

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Les avis étaient très partagés parmi les participantes, à la fois convaincues des réels progrès accomplis depuis 40 ans, mais aussi très conscientes des difficultés rencontrées dès qu'on entre dans la vie professionnelle. Dans le temps des études, la mixité et l'égalité semblent à peu près acquises, les filles sont présentes (presque) partout et réussissent plutôt très bien. Mais quelques années après l'entrée dans la vie professionnelle, elles sont plus nombreuses à avoir des emplois précaires et moins bien rémunérés pour les mêmes diplômes. Et quand vient le temps de faire des enfants, les choses empirent encore tant les travaux ménagers et les soins aux enfants restent encore mal partagés en France (pris en charge à 80% environ par les femmes). Quand à accéder aux postes de pouvoir, de responsabilité ou de prestige... elles restent encore très souvent bloquées sous le plafond de verre tant la cooptation joue à plein dans la hiérarchie qui en s'élevant devient parfois exclusivement masculine. Dans la presse comme dans les autres secteurs d'activité, comme l'ont souligné plusieurs journalistes présentes dans le salle.

Une jeune femme qui veut faire un reportage sur les féministes d'aujourd'hui se heurte au manque d'intérêt de ses supérieurs hiérarchiques qui prétendent que cela n'intéressera personne...

Les barbues de La Barbe trouveront encore de nombreuses occasions de se manifester !


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"Encore elles" sortira prochainement en dvd, un excellent documentaire pour aborder un débat sur l'égalité femme-homme avec les jeunes. Une belle tranche de l'histoire des quarante dernières années du mouvement féministe, joyeuse et enthousiaste, une remémoration des différentes luttes  menées par les femmes pour leur émancipation, à faire découvrir à tous, filles et garçons. Les stéréotypes genrés dans l'éducation ayant la vie dure, un immense travail pédagogique reste à faire avec chaque enfant qui naît  ! (beaucoup de manuels scolaires, de livres, de jeux et de films pour enfants les répètent à l'envi avec des père qui lisent ou bricolent pendant que les mères cuisinent, nettoient ou les admirent béatement... )

 

Néanmoins, certaines femmes semblent penser que le féminisme est une vieille lune et s'imaginent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible !

Pourtant, comme le souligne inlassablement Geneviève Fraisse, tout ce qui a été fait peut être défait, et toute loi favorable à l'émancipation des femmes peut se voir remise en cause par une autre, ou tout simplement empêchée dans son application réelle comme le droit à l'avortement en ce moment, ou la parité en politique.

Le système patriarcal restant fortement dominant en France et dans le monde entier, de nombreuses luttes restent à mener pour que l'émancipation de toutes les femmes deviennent une réalité inaliénable.

La semaine se poursuivait vendredi avec la formidable pièce de Rayhana, "A mon âge, je me cache encore pour fumer ", actuellement jouée à la Maison des métallos à Paris (jusqu'au 29 janvier), et que je vous encourage tous à courir voir si elle passe près de chez vous. (en tournée ensuite passant par Grasse, Suresnes, Montpellier etc...)

Ces 8 femmes qui discutent dans l'intimité du hammam ne nous parlent pas seulement de la condition féminine en Algérie. Avec pudeur, avec douceur, avec colère aussi, dans les rires et les larmes, c'est des rapports millénaires des femmes avec les hommes qu'elles nous entretiennent. L'amour vient en premier, qu'il soit rêvé, fantasmé, espéré, vécu ou échappé... Et puis la sexualité, le mariage, la maternité, le divorce, la virginité et la violence des hommes sont abordés dans des dialogues qui nous parlent à toutes et nous font parfois rire autant qu'ils nous bouleversent en nous laissant au bord des  larmes. C'est aussi la force de la sororité que Rayhana dessine dans sa pièce, son fol espoir qu'elle puisse un jour éradiquer la violence des hommes envers les femmes, quand celles-ci cesseront de s'en faire les complices. Mais peut-être devrons-nous renoncer avant à quelques rêves frelatés que le patriarcat nous sert depuis des lustres...

La pièce était suivie d'un débat sur la résistance laïque avec Caroline Fourest,(chroniqueuse sur France culture, dont vous pouvez aussi lire les articles dans la revue Prochoix et sur son site : www.prochoix.org/ ) toujours aussi pertinente et percutante dans ses analyses du sort des femmes dans le monde contemporain - essentiellement sous le prisme des intégrismes de tous poils qui visent d'abord la soumission des femmes à la domination masculine et la maîtrise de leurs corps, à n'importe quel prix et par tous les moyens.

Ne nous y trompons pas et combattons les tous, où qu'ils se trouvent, et sans nous laisser duper ni impressionner par les oripeaux dont ils s'affublent parfois - comme celui du relativisme culturel qui conditionnerait le droit des femmes à l'émancipation, ou celui de leur liberté de choisir et de se soumettre à la domination masculine. Notre liberté à toutes, et la démocratie, ici et ailleurs, en dépendent !

Rédigé par Olympe

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