Du droit des femmes à disposer de leur corps...

Publié le 26 Septembre 2011

26 septembre, journée mondiale de la contraception...

p2Encore un domaine où l'on piétine en France, voire même régresse, pourtant il nous concerne tous. Mettre un enfant au monde ne devrait plus être vécu comme une fatalité ou une catastrophe. Au niveau mondial le constat est encore pire. La majeure partie des femmes n'a pas accès à la contraception et subit ses maternités avec plus ou moins de bonheur - et trop souvent de malheur, bénéficiant rarement d'un suivi médical minimum autour de la grossesse et de l'accouchement qui la met encore trop souvent en danger de mort. Et beaucoup d'hommes ne s'en préoccupent même pas, associant fertilité et virilité et laissant les femmes assumer dans leurs corps les conséquences de leurs désirs "irrépressibles" et "impérieux".


Aujourd'hui le planning familial, parent pauvre d'une santé publique attaquée de toutes parts par ceux qui visent de gros profits privés, est insuffisamment soutenu par l'Etat et trop peu présent auprès des jeunes et des femmes des milieux les plus défavorisés.

Certes on peut trouver toutes les informations nécessaires dans les bibliothèques ou sur internet (sur le site doctissimo par exemple), encore faut-il être en mesure d'y accéder, de les comprendre et de les mettre en pratique. Et pour cela la médiation humaine reste indispensable.
Les jeunes ont besoin d'entendre des adultes s'exprimer clairement sur ces questions en leur rappelant leurs droits respectifs. (et défaire certaines rumeurs qui peuvent circuler chez les ados...) Non le corps des femmes n'est pas un bien de consommation comme un autre pour les hommes - même si la publicité encourage l'imaginaire masculin à naviguer dans ces eaux troubles où sont manipulés les ressorts du désir et du plaisir pour engendrer de la consommation addictive... (et contre laquelle nous devrions bien plus souvent protester vigoureusement, avec les chiennes de garde par exemple. )

http://www.chiennesdegarde.com/

Avec une omniprésence dans la vie quotidienne qui la rend agressive, la publicité contribue aussi, plus ou moins profondément, à l'élaboration de notre imaginaire et de notre vision du monde.
Si nous acceptons que les femmes y soient sans cesse représentées comme des objets sexuels dont on peut jouir à bon droit et sans limite, ou au moins que l'image de leurs corps (souvent très dénudés et parfois malmenés) soit utilisée pour associer une pulsion sexuelle à une pulsion consumériste pour du fromage ou une voiture... ne nous étonnons pas que nous ayons parfois du mal à faire progresser le respect de notre altérité et de notre intégrité physique.

Si nous acceptons que les radios qui colonisent les oreilles, et l'esprit, des adolescents (NRJ, Skyrock...), leur disent quotidiennement, qu'avec quelques claques bien senties ils amèneront leurs copines à se soumettre à leurs désirs, n'espérons pas qu'ils  considèrent un jour les femmes comme des alter-ego ! (cf article du journal Politis ) Si certains objectent qu'ils font de l'humour et que vous êtes quiche de vous en offusquer, proposez-leur de faire le même humour en remplaçant le groupe "femmes" dans leur humour par celui de "noirs", d'"arabes" ou de "juifs"... Cela ferait sans doute sauter le standard de la Halde... http://www.halde.fr/Missions-et-pouvoirs,11013.html

Qu'attendons-nous pour contrer le racisme quotidien contre les femmes ? Non, nous ne sommes pas obligé(e)s de rire de ce sexisme ordinaire... La noblesse de l'humour est de faire appel au second degré, hors nous avons affaire à des fanfarons qui ne dépasseront jamais le premier degré, celui qui confond souvent l'humour avec la méchanceté, celui qui se repaît d'attaques contre ceux qui sont différents, en position de faiblesse, minoritaires, en dehors de la norme...

J'ai sans doute l'air de m'égarer un peu dans cet article, mais je crois qu'on ne peut pas séparer les problèmes les uns des autres et les extraire de la complexité du monde dans laquelle ils sont enchâssés.  
La contraception est une révolution majeure du XXème siècle pour l'émancipation des femmes, elle implique qu'elles peuvent accéder à une maitrise de leur corps pleine et entière en vue d'une sexualité épanouissante, ce que la société patriarcale a encore beaucoup de mal à accepter, la notion de sexualité sous-entendant encore très largement la mise à disposition du corps des femmes pour le plus grand plaisir des hommes (et très rarement celui des femmes, ne nous y trompons pas), mise à disposition encouragée, encadrée ou interdite par le pouvoir masculin et récupérée par le système marchand...

Que ce soit par le biais des religions ou de cette marchandisation croissante du corps des femmes (légale ou illégale) que représentent dans ses aspects les plus violents l'industrie de la pornographie ou le trafic prostitutionnel et leurs épiphénomènes, c'est (presque)toujours les hommes qui maîtrisent - par la persuasion ou par la force - le corps et la sexualité des femmes, c'est eux qui disent le droit ou font appliquer leurs propres règles en ce qui concerne la vie sexuelle des femmes, même si ces règles sont contraires à leur santé, à leur liberté ou à leur bonheur ...("civil" ou "arme de guerre", la question du viol demanderait un article à elle seule.)

La contraception reste bien un combat fondamental pour l'émancipation des femmes, et que celles et ceux qui en ont la disponibilité n'hésitent pas à rejoindre le planning familial et prendre part à ses actions d'information et de soutien sur le terrain, mais ce combat ne peut être mené en dehors de celui qui vise l'émancipation des femmes dans une société qui ferait respecter le droit à l'égalité de tous les individus qui la compose, et dans tous les aspects de la vie sociale (travail, santé, éducation...). C'est bien un combat politique, un projet de société à défendre...
(la fermeture de services de gynécologie ou de centres d'IVG rend l'accès à l'avortement de plus en plus difficile aujourd'hui en France, cet été le planning parisien a du accompagner plus de  70 femmes à l'étranger faute de place en temps et en heure...). Une politique de planning familial ambitieuse et dotée de moyens devrait viser à rendre la Maternité heureuse pour toutes les femmes vivant sur le territoire...

Je termine en vous recommandant le très bel article de Nancy Huston sur le site de Libération, il alimentera vos réflexions sur ce sujet du droit des femmes à disposer de leurs corps..

http://www.liberation.fr/societe/01012361259-il-y-a-deux-ans-disparaissait-une-fille-de-joie

Rédigé par Olympe

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