Publié le 11 Octobre 2014

Rosen marche...

Depuis le 3 septembre, Rosen marche...

Elle marche pour l'abolition...

http://marchepourlabolition.wordpress.com/

Parce qu'elle a connu l'enfer de la prostitution,

Rosen marche...

Parce qu'elle veut voir changer la loi et secouer l'inertie des sénateurs,

Rosen marche,

Pour dénoncer l'exploitation sexuelle du corps des femmes,

Rosen marche,

Parce qu'elle s'en est sortie, pour que d'autres s'en sortent,

Rosen marche,

Pour que disparaisse cette domination masculine pluriséculaire,

Rosen marche,

Pour que s'éveillent les consciences aux réalités sordides de la vie des prostituées,

Rosen marche,

Pour que les réseaux de traite et les exploiteurs soient poursuivis,

Rosen marche

Pour que cette forme d'esclavage disparaisse enfin,

Rosen marche.

Rosen marche depuis Saintes, elle a parcouru près de 800 kms à travers la France, en passant par les différentes villes où elle a du se prostituer. Elle témoigne pour que le débat ne soit plus ni tabou ni biaisé par ceux qui tirent profit du commerce du corps des femmes - mais aussi parfois de celui des hommes.

Quelles que soient les raisons qui amènent un être humain à en laisser un autre user et abuser de son corps comme d'un objet, les conséquences sont désastreuses et les cicatrices profondes, souvent indélébiles. Rares sont les survivantes... La prostitution gangrène les corps et les esprits qui se perdent souvent dans l'alcool, la drogue ou/et la dépression pour affronter un quotidien insupportable et sans espoir...

Rosen marche pour qu'on ne pense et ne dise plus que c'est la liberté des hommes, des "clients", d'acheter le corps des autres - en particulier de femmes qui seraient "consentantes"... Cet acte de domination et d'humiliation n'a rien à voir ni avec l'amour ni avec un besoin "irrépressible". La plupart des clients sont mariés et font subir aux prostituées ce qu'ils n'osent ou ne peuvent faire à leurs épouses, d'autres répandent sur elles leur haine des femmes ou se vengent de leur impuissance sociale... Les prostituées sont les réceptacles dans lesquels ils déversent - parfois très violemment et souvent sous l'emprise de l'alcool - leurs frustrations de tous ordres. La plupart des acheteurs témoignent d'une insatisfaction dans ces relations qui les poussent à recommencer, mais rarement à se remettre en question. Ces relations n'en sont justement pas, ils abusent d'un corps qui leur échappe et réduit au maximum tous les contacts, d'où l'esprit souvent s'absente pour supporter cette forme de viol... Il n'y a ni amour ni plaisir, juste un acte dans lequel les hommes se soulagent brièvement, et cela ils pourraient le faire tout seul, sans détruire la vie des milliers de femmes qui sont condamnées à se vendre, que ce soit par la violence de proxénètes, par la misère ou en conséquence de violences subies dans l'enfance ou la jeunesse...

La prostitution n'a pas sa place dans les démocraties modernes qui prônent la liberté et l'égalité - des droits qui seraient cimentés par une fraternité bienveillante. A moins que cette fraternité ne soit qu'à l'usage des hommes et serve encore et toujours à opprimer les femmes !

Il y a des hommes qui ont une autre conception des relations femme/homme et qui sont capables de donner le meilleur d'eux-mêmes, que ce soit pour les séduire un jour ou les aimer toujours...

L'association Zéro macho les invite d'ailleurs à les rejoindre...

zeromacho.wordpress.com

Pour soutenir Rosen et faire aboutir dans les tous prochains mois la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, venez nombreux et nombreuses manifester dimanche 12 octobre devant le Sénat à 17h afin que le projet de loi soit inscrit à l’ordre du jour du Sénat dès octobre 2014.

Ou même marcher les derniers kms avec Rosen entre la place St Philippe du Roule (RV à partir de 13h30), départ pour le Sénat vers 15h.

le 11 octobre, Rosen a reçu la visite de plusieurs médias lors de sa traversée de l'Essonne...En plus de l'équipe de la télévision russe qui la suit depuis plusieurs jours, ITV, BFM et RMC, Essonne Infos et 50/50 sont venus l'interviewer, comme le Parisien l'avait fait la veille, ce dont ont témoigné plusieurs personnes rencontrées ce samedi et qui l'ont reconnue et encouragée - comme la jeune et sympathique équipe de garagistes de la N7 qui lui ont proposé un café... Les personnes croisées et interviewées par les journalistes soutenaient l'action de Rosen et étaient favorables à une loi qui responsabilise, voire pénalise si nécessaire, les clients de l'exploitation sexuelle des femmes.

Pour ceux qui veulent creuser le sujet et affiner leur réflexion, procurez-vous le livre de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama:

Les clients de la prostitution, l’enquête,
Paru aux Presses de la Renaissance en mars 2006.

Rosen marche...

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Rédigé par Olympe

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Publié le 26 Septembre 2014

Les corps à corps d'Eva et Niki...

Si la culture est ce qui résiste à la distraction - selon Pasolini - en nous offrant des multitudes de points de vue sur le monde qui font barrage aux tentations totalitaires de vérités univoques, elle est aussi notre principal rempart contre la barbarie en produisant à travers l'espace et le temps de subtils précipités de nos sensibilités et de nos intelligences.

Si les hérétiques, les sorcières ou les livres ont connu les mêmes flammes de l'Inquisition, si les totalitarismes politiques du XXe siècle ont fait des millions de morts, je ne vois pas de génocides qui se soient commis au nom de l'art - que ce soit de la littérature, de la poésie, de la musique, de la peinture ou du théâtre... Les différents se discutent dans l'arène artistique - parfois de façon musclée mais rarement en faisant couler le sang ou en ôtant des vies... Et pourtant les espaces de pensée et d'émotions qu'ouvrent la culture sont des plus précieux, de ceux qui nous permettent de grandir en humanité et en liberté. Que ce soit dans la vie de celles et ceux qui créent ou de celles et ceux qui reçoivent et partagent ces créations.

Si toute une part de la création découle des questionnements humains devant les mystères et la beauté du monde, ce sont souvent aussi des souffrances indicibles dans l'enfance qui s'actualiseront dans l'imaginaire créateur de l'âge adulte.
Pour Eva et Niki, il y a ce même crime perpétré dans leur enfance, ce même abus de leur corps par l'homme qui avait tout pouvoir sur elles et d'abord le devoir de les protéger et la nécessité de les aimer - mais qui utilisera cette autorité pour satisfaire des pulsions sadiques visant la destruction symbolique de l'existence de l'autre en tant qu'entité libre et séparée. Nées dans deux milieux très différents, le père de Niki était banquier et celui d'Eva beaucoup plus modeste, elle vont incorporer ce traumatisme chacune à leur manière dans leur façon de vivre leurs corps, leur vie de femmes et leurs rapports au hommes, aux autres et au monde.

C'est peut-être pour d'abord s'inventer d'autres vies que la sienne qu'Eva va choisir de devenir comédienne, pour mettre son corps à distance en multipliant les rôles, en prenant la parole pour dire son monde. Ce qu'elle fait avec la troupe des Trois Jeanne qui - en 1976 - commenceront à passer au crible et avec humour les rapports femmes/hommes. (Je te le dis Jeanne c’est pas une vie la vie qu’on vit.)

Dans son spectacle Crue et nue, qu'elle joue à Paris à 21h30 au théâtre de l'Essaïon (près de Beaubourg), seule sur scène, Eva nous raconte son tête à tête avec son corps depuis la petite enfance. Dans cette mise en scène de son livre éponyme, elle nous fait passer du rire aux larmes en mêlant avec pudeur et tendresse, avec crudeur et violence ou avec humour et sagesse, ce qui relève de son expérience personnelle et ce qui fait la commune sororité des femmes du XXIe siècle, en particulier dans les sociétés consuméristes. Notre corps étant convoité à la fois par les hommes, les publicitaires, les marchands de tous poils (cosmétiques, fringues, chirurgie esthétique, magazines, lessives, aspirateurs ou produits alimentaires etc), nous avons fort à faire pour garder la main sur son apparence, son usage et ses usagers qu'Eva décortique avec gourmandise et à propos.

Mine d'or pour certains, objet de désir ou propriété privée pour d'autres, notre corps est au fondement de notre identité toujours à construire - déconstruire- reconstruire, et de notre liberté à conquérir... Que nous soyons Fashion victim, esclave de notre balance, d'un homme ou de notre miroir, notre corps - la perception que nous en avons, celle que les autres en ont et l'image que nous souhaitons en donner - peut devenir une préoccupation de tous les instants, souvent douloureuse et parfois obsessionnelle... De la plante des pieds à la racine des cheveux, Eva nous invite justement à nous en libérer !

Niki quant à elle a choisi l'art plutôt que la folie pour expulser hors d'elle-même toutes ces émotions qui la malmenaient faute d'avoir pu être énoncées et reconnues par sa très bourgeoise famille. Il lui aura tout de même fallu des électrochocs et un psychiatre qui récuse l'inceste du père en le qualifiant de délire pour qu'elle s'aventure dans une création qui explorera le féminin sous toutes les coutures. Portée par l'immense puissance créatrice des femmes, malmenée par une époque de technologies toutes masculines qui éliminent l'expression des sentiments au profit d'une certaine rationalité toute mécaniste, après des années consacrées à une peinture qui lui permettra de mettre en scène ses peurs et sa violence contenue dans des explosions de couleurs, elle va construire des géantes - des mariées, des accouchantes -, puis créer ses premières nanas dont les formes surdimensionnées et généreuses - voire écrasantes - vont occuper joyeusement l'espace en irradiant de couleurs. Elle mènera également tout un travail graphique et autobiographique parallèle à sa création sculpturale. A partir des événements de la vie quotidienne, elle y développe sa vision du monde et de la place des femmes pour lesquelles elles ne cessera de revendiquer la liberté d'habiter leurs corps et de choisir leur vie, en rendant le monde plus beau.

Elle consacrera aussi de longues années à créer des pièces monumentales, dont celles du Jardin des Tarots en Toscane, constitué de 21 pièces de grande taille. Un pays des merveilles où Niki fait cohabiter démons et enchanteresses...

A voir et revoir au Grand Palais jusqu'en février 2015.

je suis absolument désolée par la pub qui envahit mon blog...

Les corps à corps d'Eva et Niki...

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Rédigé par Olympe

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Publié le 11 Septembre 2014

En cette période dite de "rentrée", l'actualité est riche et en demi-teinte.

Plusieurs événements intéressants, livres passionnants et films excellents pourront nous aider à surmonter une période peu glorieuse pour l'émancipation des femmes et le respect de leurs droits - que ce soit au niveau international, européen ou français.

Les différents conflits qui s'étendent de par le monde dans des pays où des traditions tribales archaïques sont encore vives voire dominantes et excluent toute idée de démocratie et de pluralisme politique ou religieux, occupent nos médias. Ils mettent en présence des groupes d'hommes armés décidés à imposer leurs pouvoir et volontés par la force, en semant la mort ou la terreur. Les femmes ne sont ni consultées ni associées, elles doivent se contenter de (re)produire des combattants, les soigner, les pleurer quand ils meurent au combat - ou leur servir, généralement par la force, de "réconfort sexuel", comme avaient été qualifiées les coréennes enlevées par les japonais pour leurs bordels de campagne lors de la dernière guerre mondiale ("Femmes de réconfort").
Côté médias, ce sont majoritairement des experts masculins qui viennent nous expliquer ce qui se passe au loin, ce qu'on doit penser et ce que nos gouvernements devraient faire - ou pas... Les livraisons et trafics d'armes se poursuivent, enrichissent les marchands (les armes sont payées en grande partie par les trafics de drogue et d'antiquités vendues sur le marché occidental), et les conflits s'éternisent dans des pays où la guerre devient la raison d'être de certains combattants tant la violence armée leur donne du pouvoir - voire même de la jouissance.
(cf les travaux de la sociologue Andrée Michel sur le complexe militaro-industriel)
La diplomatie et les droits humains sont mis à mal et les solutions négociées annonciatrices de paix remises aux calendes grecques. La démocratie peine à émerger, comme on peut le voir avec les fraudes massives autour des élections en Afghanistan qui pourraient bien refaire plonger le pays dans le chaos. (cf http://www.negar-afghanwomen.org/2/)

Plusieurs études démontrent actuellement, et un article sur slate.fr y revient, que faire participer davantage de femmes aux négociations de paix diminuerait la recours à la violence.

Selon un rapport de l’ONU, en 2012 seuls 4% des participants à un processus de paix sont des femmes. Pourtant selon une enquête de la chercheuse américaine Laurel Stone, en cas de participation des femmes locales aux processus de paix on constate un retour à la paix plus rapide et durable et une baisse de la violence. Il y a donc urgence à soutenir l'émancipation des femmes au niveau mondial - leur empowerment comme disent les anglo-saxons est facteur de paix et de stabilité pour un pays - et donc de développement économique.

Au niveau franco-européen, on ne peu que déplorer le choix de Pierre Moscovici par François Hollande pour représenter la France à la commission européenne. Politiquement d'une part mais aussi parce que la France n'a pas entendu la demande de Jean-Claude Juncker de proposer des femmes aux postes de commissaires afin de tendre vers la parité. Pourtant la candidature d'Elisabeth Guigou était politiquement tout à fait recevable.

(cf http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20140730trib000842283/pourquoi-la-nomination-de-pierre-moscovici-est-un-mauvais-choix.html)

Avec moins d'un tiers de femmes commissaires européens, l'Europe est donc encore loin d'appliquer la parité qu'elle prône pourtant et qui devrait être effective dans toutes les instances européennes.

Le lobby européen des femmes fait campagne dans ce sens :

http://www.womenlobby.org/get-involved/ewl-campaigns-actions/50-50-campaign-for-democracy/50-50-campaign-2012-2014/

et une pétition est en ligne

http://womenforeuropeancommission.wesign.it/fr

Bien sûr au niveau français on s'inquiète de la disparition du ministère des droits des femmes - relégués dans un secrétariat d'état qui en affaiblit la visibilité et la puissance politique et médiatique.

Je cite Martine Storti à ce sujet :

Un ministère des droits des femmes de plein exercice a une double fonction. Une fonction symbolique, en tant que son existence indique une conscience de la transversalité de l’enjeu de l’égalité et de la liberté des femmes, une fonction d’aiguillon, de rappel à l’ordre, de propositions. Ces deux fonctions, déjà peu aisées lorsque le ministère est de plein exercice, ne peuvent être exercées par un secrétariat d’Etat rattaché à un ministère particulier.

(cf son article sur : http://blogs.mediapart.fr/blog/martinestorti/020914/si-une-plaque-ne-fait-pas-un-ministere-le-feminisme-ne-doit-pas-ceder-au-simplisme-politique)

La vigilance politique des femmes, et leur détermination à faire entendre d'autres voix que celles des experts qui occupent le terrain des médias - et donc de proposer des solutions alternatives à certains modèles obsolètes auxquels certains s'accrochent - est donc plus que jamais nécessaire tant nombreuses sont les questions vitales auxquelles il faut répondre aujourd'hui - et dont les réponses choisies engageront l'avenir non seulement de la planète mais surtout de l'humanité. A commencer par celles - essentielles - concernant le climat qui seront débattues le 23 septembre et sur lesquelles avaaz.org attire notre attention et fait appel à notre action le 21 à Paris.

https://secure.avaaz.org/fr/event/climate/Paris_Marche_pour_le_Climat_2/?source=blast&cl=5781445248&v=45183

D'ici là on peut retrouver l'association Femmes Solidaires à la fête de l'huma les 13 et 14 septembre au parc de la Courneuve, ou découvrir ses actions sur http://www.femmes-solidaires.org/ et bien sûr les rejoindre...

Le week-end du 27 et 28 septembre le festival Femmes en résistance qui se tiendra à Arcueil présentera de nombreux films documentaires et débats pour découvrir des actions menées ici et là-bas par des femmes qui s'organisent et résistent aux oppressions - qu'elles soient politiques ou (et) masculines.

le programme sur :

http://resistancesdefemmes.wordpress.com/

le 27 septembre également, la Cadac propose un colloque sur le thème: Luttes et réflexions féministes pour faire avancer la société. Il aura lieu à l'Hôtel de ville de Paris, il faut s'inscrire à cette adresse : colcadac@club-internet.fr , avant le 20 septembre.

Pour terminer,trois films de fiction récents présentent de très beaux personnages de femmes qui résistent, chacune à leur manière, aux assignations sociales et professionnelles faites aux femmes.

Les combattants, de Thomas Cailley, avec la formidable Adèle Haenel

Le beau monde, de Julie Lopez-Curval, avec la très subtile Ana Girardot

Sils Maria, d'Olivier Assayas, construit autour de personnages féminins qui nous parlent de jeu, de théâtre, mais aussi du désir et de notre difficulté à faire face au passage du temps, à nous confronter à notre image d'où la jeunesse s'enfuie. Kristen Stewart et Juliette Binoche s'y donnent magnifiquement la réplique et la jeune Chloë Grace Moretz est très juste et troublante dans son personnage de perturbatrice.

Quand au passionnant livre de Silvia Federici, Caliban et la sorcière (Editions Entremonde), j'y reviendrai dans le prochain billet ! Vous pouvez le trouver chez Violette and Co, chez qui vous pourrez aussi rencontrer la philosophe Geneviève Fraisse pour la sortie de son essai "Les excès du genre",

le mercredi 24 septembre 2014 à 19h.

http://www.violetteandco.com/librairie/spip.php?article725

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Rédigé par Olympe

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Publié le 13 Août 2014

Une histoire de médaille...

L'été ne nous apporte guère de raison de nous réjouir sur le front de l'égalité, de la paix ou de la justice... Aussi ne boudons pas notre plaisir en apprenant que, pour la première fois depuis sa création en 1936, la prestigieuse médaille Fields - l'équivalent du prix Nobel pour les mathématiques - a enfin été décernée à une femme. Cette première lauréate - gageons qu'il y en aura d'autres maintenant que le bastion est tombé - Maryam Mirzakhani, est originaire d'Iran. Agée de 37 ans, (le prix est réservé au moins de 40 ans) elle enseigne dans la prestigieuse université de Stanford, en Californie.

N'oublions pas que la Perse a vu naître nombre de savants et d'intellectuels dans des périodes anciennes, et que l'Iran, malgré le régime d'apartheid ("séparation, mise à part") réservé au femmes, a encore un très bon niveau de scolarisation de sa population - même si les débouchés manquent souvent aux diplômées...

Profitons donc de l'été pour lire et voir des œuvres susceptibles de nourrir nos réflexions. Tout d'abord je ne saurais trop vous recommander l'excellent "Retour à Reims" de Didier Eribon. Dans cet essai, le sociologue revisite sa propre histoire pour tenter de théoriser la ségrégation sociale et sa reproduction non seulement dans les instances de pouvoir mais aussi dans une institution scolaire de plus en plus incapable d'intégrer ceux qui ne répondent pas aux normes, us et coutumes de la bourgeoisie dominante (même "bohême" !). Le post modernisme de la mondialisation victorieuse semble avoir effacé les notions de classes sociales et de déterminismes sociaux au profit de la prépondérance des responsabilités et volontés individuelles chères au libéralisme politico-économique. Éribon nous démontre pourtant combien il est difficile d'échapper à l'implacable répétition de classe quand tous les codes vous font défaut pour prendre un ascenseur social qui de toutes façons ne fonctionne plus. L'école de la république ne sait plus accueillir tous ses enfants pour leur apprendre à cultiver le meilleur d'eux mêmes afin de se construire un avenir engageant et de trouver une place dans la société. Elle ne sait plus que reléguer les enfants issus des milieux les plus modestes, hétérogènes ou défavorisés dans ses marges et ses banlieues... En développant le culte de la performance, elle joue la compétition et non la collaboration entre les enfants. Ceux qui ne sont pas soutenus efficacement par leur famille au cours de leur parcours scolaire sont le plus souvent disqualifiés avant même le cours préparatoire et l'apprentissage de la lecture. Il nous montre aussi comment des mécanismes se mettent en place pour que cette disqualification sociale soit vécue comme un choix personnel afin d'être supportable (ne pas aimer l'école, ne pas avoir le goût des études, développer des goûts - sportifs, socio-culturels etc- très souvent fortement genrés, qui correspondent à "son milieu" d'origine et qui vous y cantonnent...).

Cette fabrique du consentement n'est pas réservée à la domination masculine qui continue pourtant à asseoir son pouvoir sur elle... en particulier par le biais des conservatismes et intégrismes religieux si virulents en Europe et de par le monde aujourd'hui.

A ce propos, le film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, Lion d'Or à Venise en 2002, n'a pas pris une ride et on peut le voir, le revoir ou le montrer aux ados pour en discuter avec eux. Les derniers établissements de cette congrégation ont fermé en 1996 - autant dire hier - et ils ont interné plus de 30 000 femmes considérées comme "pécheresses", que leurs familles ou la bien pensance catholique d'une Irlande rigoriste ont condamné à la relégation et au travail forcé suite à une grossesse hors mariage, un viol, ou une trop vive séduction. Les soeurs de ces établissements étaient les "bras armés" - au sens propre et figuré - d'un ordre moral particulièrement coercitif pour les femmes, mais qui ne pouvait être maintenu qu'avec la complicité et la participation d'un certain nombre d'entre elles qui - se sentant "respectables" et éclairées par Dieu, s'autorisaient à juger et condamner des jeunes femmes que la société des hommes qui les avaient entraînées "dans le péché" allait s'empresser de mettre violemment à l'écart - parfois pour leur vie entière.

"Tous les hommes sont des pêcheurs, par conséquent ils sont prêts à succomber à la tentation et dans un pays de croyants, pour sauver les hommes d'eux-mêmes, il faut supprimer la tentation..." C'est ce que dit la mère supérieure à l'une de ses jeunes pensionnaires pour la convaincre du bien-fondé de son internement qui n'est ni consenti ni le résultat d'une décision de justice. Quand donc en finirons-nous avec cette notion de "pureté" imposée aux femmes et avec cette haine du corps féminin qui justifie toutes les exactions masculines à son égard ?

A celles et ceux qui voudraient terminer l'été sur une note littéraire, plongez-vous dans "Le goût des pépins de pommes" de Katharina Hagena. Ce récit intimiste d'une jeune femme qui revient sur l'histoire de sa famille - en particulier celle des femmes - au moment où elle hérite de la maison de sa grand-mère après la mort de celle-ci, explore à la fois des souvenirs d'enfance liés aux goûts et aux odeurs du jardin et de la maison, mais aussi des questionnements sur ce qui fait le sel de la vie, l'apprentissage de soi-même, l'amour, l'amitié, la liberté... et sur le délitement de la vie au fil du temps...

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Rédigé par Olympe

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Publié le 20 Juin 2014

Les mots (des femmes)

L'art de la parole est un art que les femmes cultivent depuis fort longtemps - derrière les murs de la maison sinon toujours dans l'espace public qui leur a longtemps été sinon interdit du moins d'un accès restreint - alors que les hommes monopolisaient la parole publique et d'autorité, l'écriture de la loi, du droit et des textes religieux et de leur interprétation depuis la nuit des temps. Le monde s'articule encore le plus souvent sur des rapports de force presque toujours défavorables aux femmes dans la mesure où le féminin est encore partout sinon complètement dévalorisé du moins le plus souvent écarté des rouages du pouvoir - même dans le jeu démocratique. A celles et ceux qui en douteraient encore, je propose quelques pistes de réflexions estivales.

Tout d'abord l'essai de Leila Miñano et Julia Pascual : "La guerre invisible -Révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française" aux Éditions des Arènes. (http://www.arenes.fr/spip.php?article3519) Nous y apprenons que si L’armée française est la plus féminisée d’Europe, avec 15 % de femmes sur un effectif de 320 000. En caserne, en mer ou en opérations extérieures (Afghanistan, Mali, Centrafrique), les femmes de l’armée française sont trop souvent vécues comme des intruses et parfois traitées comme des objets sexuels.

Les deux journalistes ont enquêté pendant deux ans auprès de femmes qui avaient été victimes de ces violences et avaient le plus souvent dû quitter une armée qu'elles avaient d'abord rejointe avec passion et dévouement. Si la hiérarchie militaire avait toujours dénié l'existence de ces violences, la publication de ce livre a fait sauter les verrous et diligenter une enquête immédiatement suivie de mesures à l'encontre des militaires qui commettraient de tels actes à l'avenir. La parole a été libérée et nous pouvons espérer que les comportements vont changer dans la mesure où ils ne seront plus couverts par un silence complice et une culture de la virilité exacerbée. Mais il faut des années et une éducation à l'égalité vigilante pour changer les mentalités. Or le recul du gouvernement sur les Abcd de l'égalité ne peut que nous inquiéter à cet égard. Cette action pilote dans quelques écoles maternelles cette année aurait dû être étendue à la rentrée prochaine. Elle visait à construire une culture de l'égalité dès le plus jeune âge et à déconstruire les inégalités qui s'ancrent dans des préjugés archaïques sur une prétendue essence féminine (ou masculine), et qui sont le plus souvent distillés dès la petite enfance par des jeux, des livres, des films, des comportements différents de la part des adultes ou des activités séparées.

On ne pensait plus possible de dénier ce que tous les spécialistes de la petite enfance nous ont démontré depuis des décennies. Elena Gianinni Belotti nous avait ouvert les yeux dans les années 1970 avec "Du côté des petites filles", mais la fronde de quelques excité-es rétrogrades et malfaisants, qui s'est appuyée sur la désinformation et la calomnie, aura eu raison de ce projet majeur. Majeur car c'est bien dans l'enfance que se forme une culture de l'égalité et que se construit la figure d'une altérité dans le respect de la différence et non dans la hiérarchisation des sexes qui est encore à l'œuvre en tous points du globe. On a mis en place de nombreux outils pour lutter contre le racisme, mais il est bien difficile d'en faire autant pour lutter contre le sexisme !

Cette hiérarchisation des sexes passe par les mots bien sûr, et je vous invite toutes et tous à lire le passionnant - et très concis - essai d'Eliane Viennot "Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin - petite histoire des résistances de la langue française" aux Éditions iXe.

Il nous fait voyager dans le temps et mieux comprendre que les racines de la langue française, entre le XVIIe et le XIXe siècle, plongent tout autant dans la misogynie et le dénigrement du féminin par une Académie et des hommes de lettres qui cultivaient sciemment la domination masculine dans le traitement de la langue et de ses vocables, que dans l'étymologie grecque ou latine. Domination qui a été renforcée aux XIXe et XXe siècle par les institutions de l'écrit - le droit, l'école, l'administration... Après sa lecture, on ne doute plus du poids des mots et de l'urgence qu'il y a à donner toute la visibilité nécessaire aux actes des femmes. Qu'elles soient autrices, directrices ou générales, nous ne devrions plus accepter qu'elles soient dissimulées par un masculin qui n'a rien de neutre et qui concourt non seulement à leur invisibilité dans l'espace public mais à leur manque de confiance en elles puisqu'on ne peut exister pleinement dans les habits d'un autre. La langue est vivante, la société des humains ne cesse de se modifier, c'est à la langue de s'adapter, elle le fait très bien avec les apports des langues étrangères, des tournures familières ou des nouvelles technologies , pourquoi résiste-t-elle tant à la féminisation ?

Aux parisien-nes, je recommande l'excellente pièce "Suzanne, une femme remarquable" de et avec Laurence Février, qui se joue au Lucernaire jusqu'au 4 juillet - tous les jours sauf le lundi. Cette réflexion sur la construction du droit français et sur la place qui y est faite aux femmes est aussi jubilatoire qu'éclairante sur la nécessité d'instaurer la parité à tous les niveaux des instances publiques ou financées par l'argent public - et pas seulement en politique. Elle entrainerait de fait un changement des mentalités et une plus grande égalité entre les femmes et les hommes dans la mesure où ils et elles auraient également accès à tous les rouages du pouvoir, tous postes de la fonction publique, bourses et concours. Développer la mixité c'est aussi changer son regard sur l'autre et apprendre à vivre ensemble, la majorité des salariés vivent encore dans des espaces professionnels non mixtes qui favorisent l'entre-soi, la cooptation et la perpétuation de tous les stéréotypes les plus affligeants...

Enfin celles et ceux qui passeraient dans le 3e arrondissement de Paris pourront découvrir 9 nouveaux portraits d'Infinités Plurielles sur les grilles du Cnam, 292 rue Saint-Martin jusqu'au 22 août. Des mots de femmes encore, qui vous raconteront la science de l'intérieur, des intelligences en tous genres à écouter aussi sur le site du cnam pour approcher les complexités de notre monde.

(http://culture.cnam.fr/infinites-plurielles/infinites-plurielles-671602.kjsp)

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Rédigé par Olympe

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